BCE songe à se vendre aux fonds de retraite

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François Desjardins
Édition du mercredi 18 avril 2007

Mots clés : fonds de retraite, BCE, Investissement, Entreprise, Canada (Pays), Québec (province)

Après trois semaines de rumeurs, BCE a reconnu hier qu'elle se pose de sérieuses questions sur son avenir et songe à se vendre à un consortium de fonds de retraite qui inclut la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Obsédée par le cours de son action, qui ne décolle pas malgré une énorme restructuration de cinq ans, BCE a indiqué qu'elle tient «des discussions avec un groupe d'importants fonds de retraite en vue d'explorer la possibilité que l'entreprise, dont les actions sont actuellement vendues dans le public, soit transformée en société fermée».

Ces fonds sont l'Office d'investissement du régime de pensions du Canada (OIRPC), la Caisse de dépôt et placement du Québec et l'Office d'investissement des régimes de pensions du secteur public (Investissements PSP). Les pourparlers avec le consortium incluent aussi le fonds d'investissement américain Kohlberg Kravis Roberts (KKR), qui jouerait un rôle de partenaire minoritaire. La loi canadienne fait en sorte que la propriété étrangère d'un groupe de télécommunications ne doit pas dépasser 46,6 %.

Lorsqu'il a pris les commandes de Bell en 2002, Michael Sabia, un ancien haut fonctionnaire fédéral, a mis en oeuvre un programme visant à sortir des secteurs non essentiels. Plusieurs filiales, dont BCE Emergis et Telesat, ont été vendues. Des milliers d'emplois ont été abolis. Le conglomérat abandonnera d'ailleurs bientôt le nom de BCE pour redevenir Bell Canada. Malgré tout, le cours de l'action s'est toujours négocié entre 25 $ et 30 $, d'où le désir, pour la direction de l'entreprise, de le redynamiser.

L'annonce de Bell a excité les investisseurs. Son titre, qui se nourrit des rumeurs depuis la fin de mars, a bondi de 6,5 % à 38,60 $, un territoire qu'il n'a pas vu depuis cinq ans et demi. À ce prix et avec 811 millions d'actions en circulation, la compagnie vaut environ 31 milliards, sans compter la prime de 15 à 20 % qu'on offre généralement aux actionnaires lors d'une acquisition.

Teachers regarde encore

Les fonds de retraite, a dit Bell, ont signé une «entente de non-divulgation et de moratoire avec BCE sur une base non exclusive». Ce caractère non exclusif des pourparlers signifie que Bell a le loisir de solliciter d'autres acheteurs intéressés à faire une offre d'achat.

Les rumeurs des dernières semaines soulevaient l'hypothèse d'une offre d'achat venant de Teachers, le fonds de retraite des enseignants ontariens qui est le plus grand actionnaire de Bell, avec 5 %. Or le communiqué de Bell ne faisait aucune mention de Teachers. Plus tard en journée, le fonds ontarien s'est donc manifesté. «Nous sommes heureux de voir que ce processus n'est pas exclusif et nous continuerons d'évaluer nos options, y compris un consortium canadien alternatif», a dit son vice-président, Jim Leech.

Certains analystes ont estimé que le dossier se dirige peut-être vers une surenchère. «Nous avons les ingrédients d'une situation très intéressante», a dit Iain Grant, du groupe de recherche SeaBoard. «Car Teachers a une longue feuille de route dans les investissements en télécommunications.»

La présence de la Caisse de dépôt au sein du consortium soulève toutefois un problème, car la Caisse est présentement actionnaire de Quebecor Media, qui regroupe Vidéotron, concurrent de Bell dans tous ses secteurs névralgiques. «Évidemment, la taille de l'investissement de la Caisse dans une éventuelle transaction concernant BCE tiendra compte de son investissement dans Quebecor Media», a écrit la Caisse dans un communiqué.

Bien qu'elle soit extrêmement rentable, Bell subit depuis un an et demi l'assaut des câblodistributeurs en téléphonie résidentielle. Vidéotron et Rogers mettent les bouchées doubles pour gruger des parts de marché. De plus, Vidéotron ne cesse de chercher des façons d'accélérer la vitesse de son accès Internet par câble, de sorte que l'acheteur de Bell devra peut-être investir massivement pour lui tenir tête, a dit Iain Grant. Bref, a-t-il résumé, un changement de propriétaire ne change rien à l'agressivité de la concurrence.

Le facteur Telus

Il n'y a aucune assurance que le processus aboutisse, a précisé Bell. D'ailleurs, la compagnie a tenu à signaler qu'elle «continuera également d'explorer d'autres possibilités d'accroître davantage la valeur pour les actionnaires». Aux yeux de Valeurs mobilières Desjardins (VMD), cela ouvre la porte à une fusion avec Telus, l'ancien monopole de l'Ouest canadien. «Les synergies qui pourraient être réalisées auraient un effet supérieur à celui que générerait une transaction avec un groupe d'investisseurs privés», a-t-il écrit.

Une telle fusion se retrouverait sous la loupe du Bureau de la concurrence. Selon M. Mackay, il faudrait notamment décortiquer l'effet dans le secteur de la téléphonie sans fil, où la nouvelle entité aurait une présence significative.

De son côté, M. Grant ne pense pas qu'une fusion serait refusée froidement par les autorités réglementaires. «On pourrait dire, par exemple, que Telus n'est gros que dans certains coins du Québec, en Alberta et en Colombie-Britannique, et que les chevauchements sont minces. Il y en a dans les services aux entreprises, mais on pourrait céder ça à Manitoba Telecom.»

Ce genre de transaction pourrait cependant donner des maux de tête aux politiciens, selon lui. «Une telle fusion, c'est peu probable, a dit M. Grant. Ça irait à l'encontre de ce qu'essaie de faire Ottawa, c'est-à-dire stimuler la concurrence.» Encore faudrait-il que Telus veuille se marier, a-t-il rappelé, en ajoutant que la compagnie n'en a probablement pas le goût puisque les choses vont bien.

VMD a estimé que, même si elle ne fusionne pas avec Bell, Telus est soudainement une proie. L'action de Telus a donc pris 3 % à 64,57 $.


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