Le sang coule encore à l'université
Mots clés : École, fusillade, Virginia Tech, Décès, États-Unis (pays)
32 personnes assassinées sur un campus de Virginie

Photo: Agence France-Presse
L'Université située à Blacksburg, en Virginie, n'a pas été fermée immédiatement après les tirs survenus à la résidence pour étudiants. Les autorités pensaient alors qu'il s'agissait d'un incident isolé, a expliqué le responsable de la police sur le campus, Wendell Flinchum. «Nous avons agi selon les meilleures informations que nous avions. On ne va pas poster un garde devant toutes les classes, tous les jours de l'année», a-t-il dit.
Parents et étudiants ont exprimé leur colère devant le laxisme apparent de l'université. Les informations sur la première fusillade ont été communiquées sur le campus par courriel à 9h26, soit deux heures et onze minutes après les faits.
L'identité de l'assassin n'était pas encore connue au moment de mettre sous presse. «Le tireur s'est suicidé», a confirmé M. Flinchum. Son identification s'avère complexe, car il n'avait aucune carte d'identité sur lui et il s'est défiguré en retournant son arme contre lui. Tout indique que l'homme a agi seul, malgré le fait que cette thèse n'était pas encore confirmée de source officielle en fin de soirée. Personne n'était encore en mesure de dire pourquoi, ni comment il a pu perpétrer un tel carnage.
Des témoins interrogés sur les chaînes de télévision américaines ont raconté avoir entendu des dizaines de coups de feu, et évoqué «le chaos» qui régnait dans les locaux de cet immense campus. De nombreuses vidéos amateur sont vite apparues sur Internet, l'une des plus percutantes provenant de Jamal Albarghouti, qui a filmé avec son téléphone cellulaire les policiers, à l'extérieur de Norris Hall, pendant que résonnait l'écho des coups de feu à l'intérieur.
Justin Merrifield a indiqué à Reuters qu'il n'avait pas tout de suite compris l'ampleur du drame, même s'il a entendu un avertissement émanant du système de communication de l'école. «Une voix [dans un haut-parleur] disait et répétait: "Tireur sur le campus, restez à l'intérieur, éloignez-vous des fenêtres"», a-t-il précisé.
Un étudiant anonyme a rapporté sur Internet le témoignage de sa petite amie, qui a reçu une balle dans la main. Le tireur, «qui avait l'air asiatique», a fait irruption dans la salle de cours où elle se trouvait, et il a tiré 8 à 12 fois avant de partir vers une autre salle, a rapporté l'AFP. Les étudiants se sont barricadés et ont apporté les premiers soins aux blessés.
Le tireur est revenu, mais il n'a pas pu entrer, et s'est contenté de tirer à travers la porte, sans toucher personne cette fois.
Selon CNN, les quatre hôpitaux de la région ont accueilli au moins 29 blessés. Certains ont été touchés par des tirs, d'autres se sont blessés en sautant par les fenêtres des salles où, selon des témoignages, le tireur aurait placé des chaînes pour empêcher les gens de fuir.
Après avoir demandé à tout le monde de s'enfermer et de ne pas s'approcher des fenêtres, l'université a progressivement levé l'alerte en fin de matinée. Un centre de conférence du campus a été aménagé pour accueillir et informer les familles, et plusieurs cellules de soutien psychologique ont été mises en place.
L'université plus que centenaire de Virginia Tech accueille plus de 26 000 étudiants, principalement dans les domaines scientifiques. Une cérémonie de deuil est prévue en début d'après-midi. Les cours ont été annulés jusqu'à demain, mais plusieurs étudiants doutent qu'ils reprennent vraiment, alors que les examens de fin d'année commencent dans moins de trois semaines. «Norris Hall est une scène de crime, triste et tragique, et nous en sommes à identifier les victimes», a déclaré le président de l'université, Charles Steger. «C'est un acte vide de sens, incompréhensible et atroce», a-t-il ajouté.
Bush horrifié
À la Maison-Blanche, le président George W. Bush s'est dit horrifié par la «terrible tragédie». «Notre pays est choqué et attristé par la nouvelle de la fusillade de Virginia Tech», a-t-il dit.
«Notre pays partage le chagrin de ceux qui ont perdu des êtres chers à Virginia Tech, nous faisons une place aux victimes dans notre coeur, nous les incluons dans nos prières, et nous demandons à un Dieu rempli d'amour de réconforter ceux qui souffrent», a ajouté M. Bush.
Les écoles devraient être des «sanctuaires», a rappelé le président Bush. «Et quand on viole ce sanctuaire, ce sont toutes les salles de classe d'écoles américaines et toutes les communautés américaines qui en éprouvent l'impact», a-t-il dit.
Le ministre de la Justice, Alberto Gonzales, a fait part de sa «tristesse» et de sa «colère» devant «ces actes de violence insensés». Il a assuré que les services fédéraux apportaient toute leur aide dans l'enquête. Les deux chambres du Congrès ont pour leur part observé une minute de silence.
Le débat sur les armes
Le bilan très lourd de cette tuerie a vite relancé le débat sur le contrôle des armes aux États-Unis. Depuis mars 1998, c'est au moins la huitième fois qu'un établissement scolaire est transformé en scène de crime par un dément. C'est à l'école Columbine que l'épisode le plus tragique de l'histoire récente (du moins jusqu'à hier) avait été écrit. Le 20 avril 1999, deux étudiants de cette école secondaire du Colorado avaient abattu 12 camarades et un professeur avant de se suicider eux aussi. Plus récemment, en octobre 2006, un employé d'une entreprise de transport de lait est entré dans une école de la communauté Amish, en Pennsylvanie, où il a séquestré une dizaine de fillettes âgées de 6 à 14 ans. Il en a tué cinq et blessé cinq avant de se suicider.
Avant le massacre de Virginia Tech, la tragédie la plus meurtrière en milieu scolaire remontait cependant au 18 mai 1927. Un commissaire scolaire désabusé par une taxe spéciale levée pour la construction d'une école à Bath, au Michigan, avait placé des bombes dans le nouveau bâtiment, planifiant son attentat des mois à l'avance. Bilan: 45 morts et 58 blessés, principalement des enfants.
Le massacre de l'Université du Texas, le 1er août 1966, a aussi marqué la mémoire collective de l'Amérique car il s'agissait de la pire fusillade avant celle d'hier. Un tireur d'élite juché au 27e et dernier étage d'une tour du campus de l'université avait tué 13 personnes. La veille, l'ex-marine avait aussi tué sa mère et son épouse.
«Nous vivons dans une société où les armes à feu sont plutôt bien acceptées», a dénoncé Jim Sollo, membre de l'association locale Virginians Against Handgun Violence. «Il y a quelque 200 millions d'armes en circulation dans cette société et, à l'évidence, certaines sont entre de mauvaises mains.»
«Qu'avons-nous fait au cours des huit années écoulées depuis Columbine face à ce problème? Nous avons aggravé la situation par notre incapacité à répondre à la prolifération des armes dans notre pays», a déploré de son côté Paul Helmke, président du Centre Brady pour la prévention de la violence armée. Aucune loi n'a été votée sur le contrôle des armes à feu depuis Columbine, a-t-il rappelé avec justesse.
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Avec l'Agence France-Presse, Reuters, CNN et le New York Times
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