Tuerie à l'Université Virginia Tech - «J'ai vu les balles frapper le corps des gens. Il y avait du sang partout.»
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«Il est parti environ 30 secondes, il est revenu et il a recommencé exactement la même chose [...]. Alors nous nous sommes pressés contre la porte pour qu’il ne puisse pas revenir. Mais la porte ne voulait pas fermer», a-t-elle expliqué. «Il a essayé de forcer le passage encore trois fois, et il a commencé à tirer à travers la porte», a précisé l’étudiante.
Armé d’un pistolet, le tireur «mesurait environ 1,80 mètre, il avait l’air jeune, asiatique, mais il portait une tenue de type scout. Il portait une veste à boutons brun-roux, et une veste noire, peut-être pour les munitions», a dit Mme Sheehan, étudiante en première année d’ingénierie mécanique. Finalement, seulement elle et trois autres étudiants ont pu sortir, escortés par deux policiers qui leur ont dit de partir en courant: «Tous les autres étaient inconscients, soit morts soit grièvement blessés», y compris le professeur. Il y avait environ 25 personnes dans cette classe.
Trey Perkins, un étudiant d’ingénierie mécanique qui se trouvait dans la salle de classe dans le bâtiment de Norris Hall, lieu de la seconde fusillade, a déclaré au Washington Post que le forcené a surgi dans la pièce à environ 9h50, ouvrant le feu pendant une minute et demie, lors desquelles 30 coups ont retenti. Selon lui, le tueur a d’abord tiré une balle dans la tête du professeur d’allemand, avant d’ouvrir le feu sur les étudiants. Selon ce témoin, le tueur avait environ 19 ans et arborait «un regard très sérieux, mais très calme».
De son côté, Tiffany Ottey, étudiante de l’université, se souviendra longtemps de la peur qui l’a saisie tandis que le bruit des détonations a commencé à résonner dans les couloirs de son établissement. La jeune femme a dit avoir entendu une cinquantaine de détonations à l’étage inférieur au sien. «Un moment, nous avons entendu des cris et des gens qui couraient pour sortir du bâtiment. Nous étions tous effrayés», a-t-elle expliqué à CNN. «Qui sait si le tireur n’allait pas grimper à notre étage?», a-t-elle ajouté.
Des chaînes de télévision et des radios ont aussi fait entendre des enregistrements de conversations téléphoniques entre des étudiants et leurs proches. On y entend le bruit des balles qui couvre le son de voix affolées. Des images captées par une caméra de téléphone cellulaire et qui permettaient d’entendre près d’une trentaine de coups de feu tirés en moins d’une minute ont également été diffusées en boucle toute la journée.
Panique généralisée
Plusieurs témoins ont en outre raconté que des étudiants avaient sauté par les fenêtres pour échapper au tueur. «J’ai dû être le huitième ou le neuvième à sauter, et je crois que j’étais le dernier», a déclaré Alec Calhoun, 20 ans, à l’Associated Press. Il a atterri dans un buisson et s’est enfui en courant. Il s’est dit persuadé que les deux étudiants qui se trouvaient derrière lui ont été atteints par les balles, mais qu’il pensait qu’ils avaient eu la vie sauve. Juste avant de sauter, il a déclaré s’être retourné pour chercher son professeur du regard. Ce dernier, qui était resté dans la salle, peut-être pour bloquer la porte, a été tué, selon M. Calhoun.
«Nous avons entendu des coups de feu et avons commencé à courir. Tout le monde essayait d’aller le plus loin possible», a raconté une étudiante, Kostayne Link, au Roanake Times. «Il y avait entre 300 et 400 étudiants en train de courir pour s’éloigner du bâtiment», a-t-elle ajouté.
Peu après le début de la seconde fusillade, et alors que des centaines d’étudiants affolés cherchaient à se mettre à l’abri, les haut-parleurs de l’administration disséminés sur les mille hectares du campus lançaient cette mise en garde: «C’est une urgence. C’est une urgence. Mettez-vous immédiatement à l’abri à l’intérieur. Restez loin des fenêtres et demeurez à l’intérieur».
Jason Piatt, étudiant à Virginia Tech, a toutefois dénoncé la manière dont les autorités universitaires ont réagi après les premiers tirs. «Je suis révolté par le fait qu’alors que quelqu’un a été tué par balle dans un dortoir à 7 heures du matin, le premier courriel à ce sujet ne parlait pas de fermer le campus ni d’annuler les cours, a dit M. Piatt à CNN. Ils se contentaient de dire qu’ils enquêtaient sur les tirs. C’est ridicule. Et pendant qu’ils envoyaient ce courriel, 21 personnes ont été tuées.»
Traumatisme
Selon Gerard Toal, professeur à Virginia Tech, le drame devrait profondément affecter le personnel et les étudiants. «C’est bien sûr un grave événement, qui bouleversera le cœur de l’université», a-t-il dit à l’Agence France-Presse, soulignant du même coup que l’État de Virginie a «une forte culture des armes».
Un centre de conférence du campus a justement été aménagé pour accueillir les familles, et plusieurs cellules de soutien psychologique ont été mises en place. L’université accueille au total 28 000 étudiants pour des cursus très diversifiés mais essentiellement scientifiques dans un campus qui comprend une centaine de bâtiments sur un millier d’hectares.
«Je n’ai vraiment pas envie de revenir sur le campus de sitôt», a admis Tiffany Ottey. «Surtout dans le bâtiment où la fusillade s’est produite», a-t-elle ajouté. «Cela vous touche au cœur. C’est d’autant plus choquant pour moi [...] que lorsque la liste [des victimes] sera publiée, je sais que je vais y voir des amis, et cela me glace le sang», a dit pour sa part Daniel Smith, étudiant lui aussi, avouant qu’il n’aurait jamais pensé qu’un tel drame pourrait secouer son université.
«Nous sommes en état de choc, a expliqué un autre étudiant, Timothy Owen, à la BBC. Le fait que plus de 30 personnes aient été tuées sur mon campus est complètement impensable et incroyable.» «Malheureusement, par le bouche à oreille, même si ce n’est pas encore officiel, nous savons déjà qui sont certaines des victimes», a poursuivi Liz Hart.
L’université a déjà connu un sérieux incident en août, le jour de la rentrée lorsqu’un malfaiteur a échappé à la police et s’est réfugié sur le campus tuant un policier et un garde. «Deux tueries en un an, c’est fou», a commenté Erin Mabry, qui fréquente l’établissement.
Selon Helen Stubbs, du Higher Education Center, qui aide les universités à gérer les questions de violence, les campus ont, en raison de leur surface étendue, du mal à garantir la sécurité, chose plus facile dans les lycées, souvent dotés de détecteurs de métaux aux entrées. Un responsable de Virginia Tech a déjà indiqué qu’à l’avenir les responsables chercheraient à mettre en place un système d’alerte par SMS. «Le problème, c’est que le réseau cellulaire est vite limité», a-t-il noté.
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Avec l’Agence France-Presse, la BBC, CNN et Reuters

