Vos réactions

Le Québec, capitale nord-américaine de la cruauté envers les animaux

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Mathieu Saindon
Envoyé Le lundi 16 avril 2007 21:00



Cet article a été récemment publié dans L'Esquisses, le journal étudiant du Cégep de Lanaudière à L'Assomption.

« On reconnaît la grandeur et la valeur d'une nation à la façon dont celle-ci traite ses animaux. » S'il fallait s'en remettre à ce proverbe du sage mahatma Gandhi, le Québec ferait piètre figure et pour cause!

Force est d'admettre que la situation des animaux de compagnie au Québec est déplorable. À cet égard, elle nous a même valu la triste réputation d'être devenu la « capitale nord-américaine de la cruauté envers les animaux ». Cela fait souvent l'objet de reportages médiatiques. D'ailleurs, récemment, soit en automne dernier, c'est l'émission JE, sur les ondes de TVA, qui diffusait un reportage sur les chenils. Savez-vous d'où provient le chien que vous achetez dans une animalerie? Dans quelles conditions a-t-il été élevé? Telle est la nature des questions fréquemment posées par le consommateur. Or, si ce dernier pose les bonnes questions, les réponses sont souvent nébuleuses, voire trompeuses. C'est ce que JE nous apprend. L'équipe de reporters a en effet visité plusieurs animaleries et lieux d'élevage et a ainsi pu constater que des propriétaires de commerces font croire à l'acheteur que les animaux proviennent d'élevages familiaux alors que la vérité est tout autre. JE a obtenu des images saisissantes où les conditions d'élevage sont déplorables : cages extrêmement malpropres, absence de chauffage et de ventilation, chiens malades; certains complices de JE qui se sont introduits dans des chenils ont même trouvé des animaux morts, certains à demi brûlés dans un four à bois.
Du côté de la SPCA (Société pour la Prévention de la Cruauté envers les Animaux), cette situation est loin de lui être inconnue et perdure depuis trop longtemps déjà. Il est à noter qu'en Amérique du Nord une réglementation ferme existe déjà dans la totalité des États américains ainsi que dans neuf provinces canadiennes - seul le Québec en est dépourvu, ou plutôt en possède une (bien que lacunaire), en l'occurrence la loi P-42, mais l'applique avec peu de moyens financiers. Anima Québec, l'organisme mandaté par la province, opère en effet avec un maigre budget. Il ne reçoit que 150 000 dollars par année du Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec; pire encore, il n'y a que trois inspecteurs pour couvrir notre grande province.
Au Québec, les statistiques démontrent que 45 % des familles possèdent un chien ou un chat (ce qui représente un peu plus de 2 millions de chats et chiens). Il appert que les animaux de compagnie ont, depuis quelques années, pris une place prépondérante au sein de la famille québécoise. Ce phénomène d'explosion du nombre d'animaux domestiques, nous explique Pierre Barnoti, directeur général de la SPCA de Montréal, est en partie scientifiquement expliqué par les familles éclatées dont les membres, vivant seuls et en mal d'affection, adoptent ces animaux qui deviennent pour eux une source d'affection. Les personnes âgées ne font d'ailleurs pas exception à cette règle et utilisent ces compagnons à des fins affectives, rôle qui leur est de plus en plus dévolu. Avec la société de consommation que nous connaissons, une gigantesque industrie, hautement lucrative (elle représente un enjeu financier évalué à plusieurs milliards de dollars), est née. Mais cette industrie a également généré un marché parallèle très important, trop souvent cruel, qui profite aussi pleinement de cette manne que représente notre amour des animaux. Ce marché clandestin comprend, entre autres, les usines à chiots et à chatons, les fourrières, les écoles de dressage, etc. Et, sans surprise, c'est au Québec que prospère en toute impunité cette industrie, laquelle tire bien sûr profit du système désuet de lois qui encadre la protection et le bien-être des animaux. Notre province sert en quelque sorte de refuge à nombre d'éleveurs indésirables (fuyant la réglementation étrangère) qui pratiquent chez nous un élevage de piètre qualité, notamment d'animaux issus de reproductions consanguines, avec des conséquences désastreuses qui ont, au fil des ans, terni la réputation du Québec quant à la qualité des animaux qui y sont produits.
Parmi ces conséquences, mentionnons que plus de 100 000 cas de morsures de chiens rapportés annuellement au Québec peuvent s'expliquer largement par un comportement génétique affaibli dû au croisement consanguin, au manque total de règles d'élevage, aux maladies génétiques et au manque de sociabilité des animaux en bas âge. Qui plus est, les animaux issus de ces élevages, en plus de leurs nombreuses tares génétiques, sont souvent porteurs de zoonoses, c'est-à-dire des maladies, infectieuses ou parasitaires, pouvant être transmises naturellement des animaux à l'homme (la gale, la rage, la teigne, la toxoplasmose, etc.). Précisons qu'actuellement, il n'y a toujours aucun contrôle qui est effectué pour dépister les bêtes malades.
Une autre conséquence, maintenant inhérente au bas coût des animaux achetés, est l'abandon. En effet, cette facilité de produire à peu de frais des animaux - qui peuvent être beaux à voir, certes, mais souvent porteurs de maladies génétiques - a permis de les mettre en vente au Québec à des prix très en dessous des standards nord-américains. Or, s'il est facile de se procurer un chiot ou un chaton, il est tout aussi facile de l'abandonner. D'ailleurs, à titre de comparaison, The Human Society of the United States établit que 7% des animaux domestiques seront abandonnés annuellement aux États-Unis. Au Québec, ce chiffre se situe, selon la SPCA, entre 25% et 27% ! Les pourcentages mentionnés ci-haut, précise M. Barnoti, ne comprennent même pas les animaux exotiques, dont la mode grandissante a des résultats catastrophiques sur l'écologie mondiale. Alors qu'ailleurs le prix à l'achat et la réglementation sont tels qu'ils constituent une mesure préventive aux abandons, au Québec, vu la grande mollesse juridique et les raisons précédemment mentionnées, 500 000 chats et chiens sont abandonnés bon an mal an. Parmi ceux-ci, 24 000 auront été abandonnés durant l'année 2006 à la SPCA de Montréal et de Laval. La plupart, après avoir été contrôlés par un vétérinaire, aux frais de la SPCA, pourront être mis en adoption, mais le nombre de familles d'accueil est loin d'être suffisant et, par conséquent, il est, en dernier recours, nécessaire d'euthanasier certains animaux. Et pourtant, le client, se permet de rajouter M. Barnoti, est gagnant en adoptant un animal mature dans les refuges de la SPCA, et non chez un éleveur ou à l'animalerie, qui encouragent bien souvent à notre insu le marché clandestin dont il a été question. À la SPCA, l'animal est déjà vacciné et stérilisé, sa personnalité, connue, et, en plus, cela permet de désengorger les refuges. De plus, les coûts d'adoption sont comparables à ce que nous pouvons payer chez l'éleveur ou à l'animalerie, la SPCA étant à but non lucratif et ne chargeant que des frais, d'une part, pour financer ses opérations et, d'autre part, pour s'assurer que le futur propriétaire ait véritablement les moyens d'assumer les dépenses relatives à son animal de compagnie.
Aux antipodes, certains pays à l'avant-garde, du fait qu'ils se sont dotés de mesures préventives et punitives très adéquates ayant trait au bien-être des animaux domestiques, rendent jaloux plusieurs organismes de protection des animaux. Citons la Suisse, où les communes perçoivent une taxe annuelle pour la détention de chaque chien pouvant se chiffrer jusqu'à 200 francs suisses (environ 200 dollars). De surcroît, pour un usager du transport en commun qui voyage avec son chien, il lui en coûtera 650 francs suisses pour son compagnon pour un abonnement général annuel (train, autobus, bateau). Aussi, chiens, chats ainsi que d'autres animaux domestiques doivent-ils être obligatoirement, sous peine d'amendes salées, contrôlés et enregistrés, aux frais du propriétaire, dans une banque de données; certaines villes exigeant même l'identification par une puce électronique. Il va sans dire que le taux d'abandon dans ce pays est nettement inférieur à ce que nous connaissons par chez nous; les personnes désirant un animal de compagnie, mais qui n'en ont pas les moyens - donc des individus potentiellement susceptibles d'abandonner l'animal après quelque temps - n'ont tout simplement pas l'opportunité d'en avoir, contrairement à ici.
Dans le reste du Canada, les provinces se sont dotées du « SPCA Act », une loi réglementant le bien-être et la sécurité des animaux. Aussi, la SPCA locale, donc de la province, est-elle chargée de veiller à la sécurité et au bien-être des animaux. L'Ontario SPCA, à titre d'exemple, compte en ce moment 205 inspecteurs qui détiennent les mêmes pouvoirs qu'un policier au regard de l'application de la loi sur la protection des animaux. On est très loin de là où nous en sommes. Au Québec, la dizaine d'inspecteurs des SPCA à travers la province, qui n'ont pas de pouvoir judiciaire reconnu pour l'application de la loi P-42 (rappelons que c'est Anima Québec qui détient officiellement le mandat du gouvernement provincial), sont payés par les SPCA du Québec, elles-mêmes uniquement financées par les dons. Ailleurs dans le Canada, ce sont également les SPCA qui paient les inspecteurs, toutefois il y a une nuance à apporter, nous dit M. Barnoti. En ce moment, au Québec, les municipalités ont comme règle de donner au plus bas soumissionnaire le contrat de contrôle des animaux de la municipalité. Or, étonnamment, ce n'est pas la SPCA, qui pourtant fonctionne en partie avec des bénévoles, a des dons et ne charge pas de taxe. En réalité, les plus bas soumissionnaires sont les fourrières. Celles-ci, en plus de tuer de façon brutale près de 90% des animaux estimés abandonnés au Québec - le demi-million déjà évoqué - ne respectent aucune règle de biosécurité, utilisent du personnel non diplômé, souvent rémunéré au noir, et ne rencontrent aucune des normes de base nord-américaines. Ailleurs dans le pays, ce principe du plus bas soumissionnaire n'existe pas. La tâche est confiée aux sociétés qui opèrent de façon éthique (notamment la SPCA) au coût du service. À ce moment-là, les municipalités réglementent elles-mêmes l'identification du chien, du chat, ce qui leur permet d'endiguer certains problèmes comme le phénomène d'abandon et de réduire ainsi les frais d'exploitation de ces sociétés dont elles acquittent de toute façon en partie les coûts.
La SPCA possède 138 ans d'expertise au service des animaux et du public québécois : de loin le plus vieil organisme du genre au Canada. Son expérience et son professionnalisme sont sans conteste. La SPCA et ses affiliés offrent au gouvernement d'assumer tous les coûts reliés à l'application de la loi P-42 lorsque le mandat leur sera confié par le gouvernement du Québec, au même titre qu'ils ont obtenu du gouvernement canadien le droit d'appliquer le Code criminel en matière de cruauté envers les animaux, et ce, depuis son entrée en vigueur en 1892. La société met également à la disposition du gouvernement québécois son infrastructure, son expertise ainsi que ses inspecteurs qualifiés. Après treize années de négociations infructueuses avec les instances gouvernementales, la SPCA a décidé de mettre en ligne une pétition adressée à l'Assemblée nationale afin que le gouvernement intercède en faveur de sa requête. Cette pétition est disponible au www.spcamontreal.com et doit être imprimée. Plus efficace qu'une pétition, nous pouvons écrire à notre député; une ébauche de lettre est à cet effet disponible sur le même site.
Concluons en disant qu'avoir un animal, ce n'est pas un droit, c'est un privilège qui vient avec des responsabilités. En tant que peuple au sein de l'Occident, il est urgent de se doter d'une réglementation digne des standards européens ou nord-américains qui régissent la protection et le bien-être des animaux. Il est impératif de rectifier la réputation du Québec une fois pour toutes et de rendre à la province ses lettres de noblesse!

Mathieu Saindon

Haut de la page

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com