De Ségo à Sarko, les Français du Québec aux urnes
Mots clés : vote, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, Gouvernement, Élection, France (pays)

Photo: Jacques Nadeau
«En 2002, plusieurs personnes se sont présentées pour voter au deuxième tour sans être inscrites et n'ont donc pas pu voter», rappelle François Lubrina, représentant québécois de l'Assemblée des Français de l'étranger, et partisan de Nicolas Sarkozy. Selon lui, le «tsunami politique» alors ressenti a fait prendre conscience aux Français de l'extérieur de l'importance de voter. «Surtout que cette année, l'élection marque un tournant: la politique française sera très différente de ce qu'on avait vu.»
On remarque la même chose au comité de soutien de la candidate socialiste, Ségolène Royal. «Autant dans nos contacts directs que par l'intermédiaire du "web", nous constatons qu'il y a un grand intérêt pour cette élection, note Fouzia Benyoub, chargée de la communication avec les médias au PS. «Il y en a qui craignent un 21 avril bis», dit-elle en référence à l'élection de 2002.
L'intérêt de la campagne hexagonale commence donc à se refléter sur le terrain québécois. Entre les débats prévus (il en reste un le 15 avril à la Mutualité française) et d'autres activités de mobilisation, des équipes soutenant les trois principaux candidats en lice sont à pied d'oeuvre pour faire sortir le vote.
Hier, les partisans du candidat de la droite Nicolas Sarkozy (UMP -- Union pour un mouvement populaire) ont inauguré leur «local» électoral, rue Van Horne dans Outremont. C'est une première au Québec pour un parti français. D'ailleurs, plusieurs se demandaient hier si le local respecte ou non la loi française, qui proscrit «toute propagande électorale à l'étranger». Il s'agit en tous cas d'un petit bureau où des affiches de Sarkozy cachent les tablettes où l'on vend normalement du matériel informatique. «Nicolas, j'y crois», lit-on sur les murs, alors que des chandails blancs clament qu'«ensemble, tout devient possible».
«Il y a deux enjeux pour nous, a indiqué François Lubrina aux médias, hier. L'élection de Nicolas Sarkozy, bien sûr, mais aussi de faire en sorte que la participation électorale soit bonne, peu importe que les gens votent à gauche ou à droite.» M. Lubrina refuse l'argumentaire de certains expatriés qui ne veulent pas s'immiscer dans un processus électoral qui ne les concerne plus au premier plan. «Si les Français de l'étranger ne votent pas, la France va cesser de s'intéresser à eux», dit-il.
La campagne montréalaise pro-Sarko se fera discrètement: pas de pancartes ni de tracts. Pour convaincre les électeurs, on mise sur la discussion, les débats et sur le pouvoir d'attrait des propositions de Sarkozy pour les Français qui vivent à l'étranger (notamment en ce qui a trait à la scolarité dans les lycées et à l'augmentation des bourses pour les Français qui les fréquentent). Pour Aurélia, une jeune sympathisante rencontrée sur place, le soutien à Sarkozy va de soi. «Il est le seul à proposer des mesures concrètes pour que tout redevienne possible», dit l'étudiante aux HEC.
Entre autres activités, les pro-Sarko tiendront un rassemblement partisan le 16 avril à l'Union française. Ce sera quatre jours après celui des socialistes, prévu jeudi à l'Union française. On y présentera alors «le programme pour les Français à l'étranger, la politique étrangère de Ségolène Royal et son pacte présidentiel», annonce la section montréalaise du PS.
Plutôt qu'un local -- qu'ils estiment illégal --, les socialistes misent quant à eux sur le réseau Internet pour faire connaître Mme Royal. Selon Fouzia Benyoub, «des tracts seront distribués tous les jours dans certaines stations de métro, des cafés, des marchés. Mais c'est surtout par Internet que nous rejoignons les gens. De toute façon, une permanence coûte cher et nous n'avions pas Alain Juppé avec nous l'an dernier pour aider...»
Pour sa part, l'UDF (Union pour la démocratie française) du candidat centriste François Bayrou compte principalement sur un blogue pour faire connaître M. Bayrou. Pas de bureau là non plus, ni de tracts. Cette semaine, le sénateur Joseph Kergueris avait toutefois été délégué pour faire une tournée de conférences à Montréal.
Ainsi, pour ce politicien centriste, la montée en popularité du candidat François Bayrou «veut dire quelque chose». «Il y a cinq ans, on a fait 6 %, puis environ 10 % aux régionales de 2004. Passer ensuite à 20 % signifie quelque chose. On est réellement les "challengers"», a-t-il dit au cours d'une rencontre avec des journalistes.
«L'opinion des Français de l'étranger est très importante à cause du "Net"», a exprimé M. Kergueris. Selon lui, les expatriés comprennent mieux les contraintes imposées par la mondialisation parce qu'ils les vivent plus directement. Ils seraient ainsi moins portés vers l'inertie ou l'immobilisme que leurs compatriotes.
«Chaque fois qu'on a tenté une réforme de fond, ou bien elle a été acceptée parce qu'on s'est arrêté en cours de route (comme pour la réforme des retraites) ou bien elle été dissoute dans la rue. Que signifie un pays où la majorité qui fait les lois est défaite par la rue? C'est un pays où on ne se parle plus. [...] On voit Royal et Sarkozy qui s'invectivent. Dresser les uns contre les autres, est-ce ça la politique? Est-ce qu'on n'a pas le droit de dire le contraire?»
Les électeurs franco-québécois exprimeront-ils ce contraire? Chose sûre, ils ont comme ailleurs dans le monde de bonnes chances de voter différemment du reste de la France. Le journal Le Monde notait d'ailleurs cette semaine que le vote des expatriés est quelque peu atypique. «Lors du premier tour de l'élection présidentielle de 2002, [...] cet électorat s'était laissé beaucoup moins entraîner dans l'éclatement des suffrages observé en France. Le président Chirac avait obtenu 30,54 %, Lionel Jospin 22,75 % et Jean-Marie Le Pen 6,49 %», pouvait-on lire.
À Montréal, 35 % des inscrits étaient venus voter en 2002. Les résultats avaient donné Lionel Jospin (PS) gagnant au premier tour (30 %), contre 23 % pour Jacques Chirac. Au second tour, Jacques Chirac avait balayé M. Le Pen en récoltant plus de 86 % des suffrages.
Cette année, les élections auront lieu les 21 avril et 5 mai prochains, soit 24 heures avant le vote en France.
Vos réactions
Faire dire n'importe quoi au chiffre !!! - par marcel leblanc
Le lundi 16 avril 2007 08:00
Les français intelligents quittent le navire qui coule - par Christian Tallon
Le mercredi 11 avril 2007 15:00
de la représentation électorale - par oneil bouchard
Le lundi 09 avril 2007 11:00
Attendez de voir le chiffre que va faire "Sarko" ;-) - par marcel leblanc
Le dimanche 08 avril 2007 23:00
6,49% pour Le Pen!!! - par jacques noel
Le samedi 07 avril 2007 08:00

