Revue de presse - De la bière et des jeux

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Manon Cornellier
Édition du samedi 07 et du dimanche 08 avril 2007

Mots clés : dépanneur, loterie, Stephen Harper, Gouvernement, Média, Canada (Pays)

Stephen Harper continue à faire parler de lui... Mais si on s'intéressait à autre chose. Comme au scandale qui secoue la Société des loteries et des jeux de l'Ontario (OLG) et qui met le gouvernement libéral de Dalton McGuinty sur la défensive. Tout commence l'automne dernier quand l'émission Fifth Estate, de la CBC, révèle que des propriétaires de dépanneur ont empoché les lots de leurs clients. Le détenteur de billet se présentait, faisait vérifier sa combinaison, entendait les clochettes. On lui disait alors qu'il avait gagné un billet gratuit ou seulement quelques dollars. Il repartait et le commis ou le propriétaire réclamait le pactole à sa place.

L'émission évoquait le cas d'un retraité, Bob Edmonds, qui a ainsi perdu 250 000 $. Quand il a découvert le stratagème, il a porté plainte à l'OLG, mais en a été quitte pour de longues procédures judiciaires. À la suite du reportage, l'ombudsman de la province, André Marin, a fait enquête. Son rapport est tombé il y a deux semaines et depuis, les partis d'opposition se déchaînent. Surtout qu'ils voient venir les élections provinciales en octobre, l'Ontario étant une des trois provinces ayant des élections à date fixe.

L'affaire fait évidemment couler beaucoup d'encre en Ontario. Selon le rapport Marin, au moins 78 propriétaires de dépanneur et 131 commis ont gagné des prix importants entre 1999 et 2006. Le total dépasse les 100 millions de dollars. Dans un cas, le lot atteignait 12,5 millions. Fraude, duperie, déni, Marin n'a pas mâché ses mots, mais il a aussi souligné l'engagement du ministre des Infrastructures et responsable d'OLG, David Caplan, à corriger la situation. Rien à faire. Samedi dernier, Christina Blizzard, du Toronto Sun, exigeait la démission du ministre, pour une semaine de réponses ineptes et pour avoir d'abord traité la question comme un enjeu de relations publiques. Elle en veut pour preuve une réunion de stratégie tenue au lendemain du reportage de la CBC entre des libéraux bien connus, dont le vice-président d'OLG et ancien bras droit de McGuinty.

Ian Urquhart, du Toronto Star, ne doute pas de la gravité des faits, mais il s'interroge sur le ton de la réplique conservatrice, surtout les publicités négatives lancées par le PC. Les conservateurs ontariens ne cessent d'accuser le ministre Caplan de camouflage sans offrir de véritables preuves. Urquhart note que OLG est une société d'État indépendante et si le ministre connaissait les faits avant le reportage de la CBC, il en aurait été de même de son prédécesseur conservateur, le scandale ayant commencé sous le gouvernement précédent. Le chroniqueur ne nie pas que les libéraux aient fait preuve d'amateurisme en matière de communication, mais pour lui, la question la plus sérieuse et inscrite dans le rapport Marin est la suivante: «La province de l'Ontario est devenue dépendante des revenus du jeu.»

Murray Campbell, du Globe and Mail, estime pour sa part que la réputation des libéraux ne peut que sortir entachée de cet épisode. Il convient que l'opposition n'a pas réussi à prouver que le gouvernement était au fait des irrégularités avant la diffusion du reportage, ou qu'il n'a cherché qu'à limiter les dommages par la suite. L'opposition a toutefois demandé des notes et des documents reliés à des rencontres entre des conseillers libéraux et la haute direction d'OLG. Le gouvernement a refusé. Campbell en conclut que «la performance de M. McGuinty et de son ministre laisse croire qu'ils cherchent davantage à se tirer de cette controverse qu'à faire quelque chose pour les gens qui ont été privés de leurs lots, même après qu'OLG se savait sous la loupe de la CBC. C'est un jeu dangereux. Les notes et courriels demandés par l'opposition vont éventuellement faire surface. En attendant, les attaques continuent, accaparant des ressources stratégiques du gouvernement et minant avec constance sa réputation».

Un petit verre avec ça?

On se demande, dans ce contexte, ce qui a pu pousser un député de la péninsule du Niagara à présenter un projet de loi pour permettre la vente de vins et de bières ontariens dans les dépanneurs. Tous les journaux en ont parlé et ça a fait jaser. Kim Craitor, lui, ne voit pas le problème, citant l'exemple du Québec et des commerces qui assurent ce service au nom de la LCBO dans les régions isolées. Mais voilà, la LCBO, l'équivalent ontarien de la SAQ, et Beer Store, la chaîne de commerces qui ne vendent que de la bière, relèvent eux aussi du ministre des Infrastructures et il n'est pas sûr que ce ministre ait vraiment envie, par les temps qui courent, de s'en remettre davantage aux dépanneurs.

Dalton McGuinty, en tout cas, ne veut pas en entendre parler et il n'a pas hésité à faire le lien avec le scandale des loteries. «Il est plus facile pour nous de préserver la sécurité à travers la LCBO et Beer Store, dit-il, que de donner ce pouvoir à des milliers de dépanneurs. Regardez seulement OLG», rapportait le Ottawa Citizen. L'enjeu est aussi, selon lui, l'accès à l'alcool pour les mineurs. À son avis, le système actuel fonctionne bien, il n'y a pas de raison de le changer, d'autant plus que les parents ne le souhaitent pas.

Les propriétaires de dépanneur n'ont pas apprécié, écrit le Star. Leur association a rappelé que seulement une poignée de commerçants étaient en faute dans le dossier des loteries et que les employés contrôlaient l'accès à beaucoup plus de produits pour adultes que ne le font les commis de la LCBO ou des Beer Store. Finalement, les dépanneurs ontariens aimeraient avoir accès aux revenus provenant de la vente d'alcool car ils subissent de plein fouet la baisse des ventes de cigarettes.

Tenir à sa langue

La loi 101 fait des petits au Nunavut et ça n'est pas passé inaperçu dans le ROC, où la dépêche de la Presse canadienne sur le sujet a été largement reprise. Le gouvernement du Nunavut a présenté un projet de loi visant la préservation de l'inuktitut. Elle en fait une langue officielle avec le français et l'anglais, exige, entre autres choses, sa présence dans l'affichage. La langue inuite devra être aussi présente, sinon plus, que les autres langues. Le gouvernement territorial n'a pas caché que sa première inspiration avait été la loi 101.

mcornellier@ledevoir.com


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