Du soleil à l'ombre

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Brian Myles
Édition du vendredi 06 avril 2007

Mots clés : Couronne, Jean Lapierre, scandale des commandites, Justice, Pénitencier et prison, Canada (Pays), Québec (province)

La preuve de la Couronne contre Jean Lafleur repose sur 300 témoignages, 4250 documents électroniques et 200 000 pages de documents comptables

Jean Lafleur lors de son témoignage devant la commission Gomery.

Photo: Jacques Nadeau

Jean Lafleur s'est finalement souvenu de quelque chose: le chemin du retour vers Montréal. Il a en effet atterri dans la métropole peu après minuit hier pour être aussitôt cueilli par les policiers de la Sûreté du Québec (SQ), prévenue de son retour au bercail après une éclipse de près de deux ans.

C'est un homme au teint de vacancier, joufflu et l'air détendu qui a comparu menottes aux poings hier au Palais de justice de Montréal. M. Lafleur a plaidé non coupable aux 35 accusations de fraude portées contre lui pour un montant de 1,6 million. Il n'a pas arrêté son choix entre un procès devant un juge ou un jury formé de ses concitoyens.

La Couronne s'oppose à la remise en liberté de M. Lafleur compte tenu du risque qu'il puisse être tenté par une nouvelle escapade au soleil. «On n'a aucune garantie que M. Lafleur sera présent aux dates ultérieures pour répondre aux accusations qui pèsent contre lui», a commenté le procureur de la Couronne, Anne-Mary Beauchemin, lors d'un point de presse. «M. Lafleur n'a pas beaucoup de liens ou d'attaches ici à Montréal», a ajouté Me Beauchemin.

L'homme de 66 ans a passé la nuit derrière les barreaux à la prison de Rivière-des-Prairies. Son enquête sur remise en liberté aura lieu ce matin. La Couronne a obtenu une ordonnance de la cour pour interdire à l'accusé d'entrer en contact avec 48 personnes (publicitaires, anciens employés de son agence, sous-traitants, personnel politique et fonctionnaires du ministère fédéral des Travaux publics). Figurent notamment sur cette liste les noms suivants:

- Jean Pelletier, ami de M. Lafleur et ancien chef de cabinet du premier ministre Jean Chrétien;

- Charles Guité, ancien directeur du programme de commandites;

- Mario Parent et Huguette Tremblay, deux adjoints de M. Guité au ministère des Travaux publics;

- Gilles-André Gosselin, publicitaire éclaboussé lors de la commission Gomery et collaborateur de Jean Lafleur dans certains dossiers de commandite;

- Robert-Guy Scully, animateur et producteur responsable de la réalisation des fameuses «Minutes du patrimoine».

Fidèle à son habitude en pareilles circonstances, l'avocat de M. Lafleur, Jean-Claude Hébert, a refusé de s'adresser à la bonne vingtaine de reporters qui ont accouru au Palais de justice pour la comparution.

La preuve colligée contre M. Lafleur repose sur 300 témoignages, 4250 documents électroniques et 200 000 pages de documents comptables. L'enquête a mis du temps à aboutir en raison de la complexité de l'affaire et aussi parce que la SQ a hérité du dossier après que la GRC se fut désistée à cause d'un conflit d'intérêts. L'agence de M. Lafleur avait organisé les fêtes du 125e anniversaire de la Police montée, un événement pour lequel Jean Lafleur fait maintenant l'objet d'une accusation de fraude de près de 110 000 $.

Le publicitaire déchu a fait part à son avocat de son intention de revenir au pays dans la journée de mardi, au lendemain du dépôt des 35 accusations de fraude contre lui. Me Hébert a informé la Couronne de la date et de l'heure d'arrivée exacte de M. Lafleur. Les informations ont ensuite été transmises à la SQ. «On n'a offert aucune contrepartie à M. Lafleur pour sa reddition. [...] Il n'y a eu aucune négociation», a précisé Me Beauchemin.

Parti du Belize mercredi, M. Lafleur est arrivé à l'aéroport Trudeau vers minuit trente après une escale à Atlanta. Les policiers de la SQ l'attendaient à son arrivée et l'ont conduit en prison. Au préalable, ils avaient communiqué avec l'agence Interpol afin que soit levée la «cote rouge» qui pesait sur M. Lafleur. S'ils ne l'avaient pas fait, M. Lafleur aurait été appréhendé par les autorités du Belize avant même de mettre le pied à bord de l'avion qui l'a ramené à Montréal.

Jean Lafleur est un des principaux acteurs du scandale des commandites après Jean Brault. Fondateur de l'agence Jean Lafleur Communication Marketing (JLCM), il a bénéficié des tout premiers contrats de commandite à partir de 1995. Son agence a reçu des contrats gouvernementaux d'une valeur de 65 millions de dollars, facturant à l'État 37 millions de dollars en coûts de production, honoraires et commissions de toute sorte.

M. Lafleur gagnait un peu plus de 100 000 $ par année avant que l'argent des commandites ne déferle sur lui. En six ans, il a empoché neuf millions en salaires et en dividendes tandis que son épouse et ses deux enfants ont réalisé des gains de 2,8 millions.

JLCM a déclaré faillite en 2005. Toutefois, le gouvernement fédéral réclame personnellement à M. Lafleur dix millions de dollars dans le cadre des poursuites civiles intentées contre les principaux acteurs du scandale des commandites. Le fils de M. Lafleur, Éric, et son entreprise, Publicité Dezert, font l'objet d'une poursuite de 2,5 millions.

Célèbre pour ses violentes crises d'amnésie lors de la Commission d'enquête sur le programme de commandites, M. Lafleur a été dépeint par le juge John Gomery comme un homme qui a préféré «passer pour un imbécile plutôt que de dire la vérité». Après les audiences de la commission Gomery, il est parti vivre au Costa Rica, où il a acquis une réputation de fêtard désagréable. On ne l'avait pas vu au Québec depuis juin 2005.


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Remise des millions volé - par normand laporte
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"300 témoignages, 4250 documents électroniques et 200 000 pages de documents comptables" - par jacques noel
Le vendredi 06 avril 2007 07:00

La loi du retour - par Pierre Graham
Le vendredi 06 avril 2007 00:00

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