Le Canada s'offre des hélicoptères de luxe

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Alec Castonguay
Édition du vendredi 06 avril 2007

Mots clés : Boeing, hélicoptères, Transport aérien, Forces armées, États-Unis (pays), Canada (Pays)

Boeing dit n'avoir jamais vu un client aussi exigeant

Long Beach, Californie -- Les soldats canadiens devront vraisemblablement patienter plusieurs mois de plus que prévu avant de recevoir leurs hélicoptères de transport Chinook. Ce délai est attribuable aux Forces armées canadiennes elles-mêmes, qui ont décidé de commander des appareils sur mesure, ce qui complique les négociations avec le constructeur Boeing et retardera la livraison des 16 hélicoptères. Cette volonté d'obtenir des appareils plus polyvalents se traduira également par une facture salée qui sera au moins deux fois plus élevée que si Ottawa avait choisi le modèle de base utilisé par l'armée américaine.

C'est ce que Le Devoir a appris en marge d'une longue séance d'information donnée par les responsables du programme Chinook dans les installations de Boeing à Long Beach, sur la côte Ouest américaine. Le géant américain -- mieux connu pour ses avions civils même s'il se classe au deuxième rang des manufacturiers de matériel militaire de la planète, derrière Lockheed Martin -- a invité une poignée de journalistes canadiens spécialisés dans le domaine de la Défense à assister cette semaine à une série de présentations techniques sur les nouveaux appareils que le Canada a décidé de se procurer, qu'il s'agisse des Chinook ou des avions C-17. Il s'agissait donc d'une rare occasion de voir ces appareils militaires de près et de pouvoir discuter avec les responsables des programmes.

Les experts de Boeing ne voulaient visiblement pas aller sur le terrain glissant des délais de livraison devant les journalistes. Toutefois, pressés de question, ils ont dû éclaircir la situation: le gouvernement canadien a décidé de ne pas faire les choses comme les autres, ce qui complique les négociations en cours.

Contrat à signer

En juin dernier, lorsque le gouvernement Harper a signifié son intention d'acheter sans appel d'offres 16 hélicoptères Chinook au coût de 4,7 milliards de dollars, le constructeur américain Boeing pensait pouvoir boucler la transaction assez rapidement. Ce modèle d'hélicoptère de transport à deux hélices est un des plus vendus au monde et n'est pas en phase de développement. Or, neuf mois plus tard, le contrat qui lie officiellement le Canada à Boeing n'est toujours pas signé. «Il serait étonnant de pouvoir signer quelque chose avant le début de l'été», a avancé Eddy Morin, vice-président au développement des affaires militaires à Boeing Canada, lui aussi présent à Long Beach.

L'armée canadienne veut en effet recevoir son premier hélicoptère Chinook au plus tard 36 mois après la signature officielle du contrat et la totalité des 16 appareils à l'intérieur d'un délai de 60 mois. Le problème? Boeing dit n'avoir jamais vu un client aussi exigeant et cherche une façon de pouvoir respecter ces délais de livraison serrés, d'où les négociations qui traînent en longueur.

Le modèle d'hélicoptère que l'armée canadienne souhaite acheter n'a jamais été produit par Boeing tellement les particularités sont nombreuses. Le constructeur américain estime que le calendrier de livraison est donc irréaliste compte tenu des exigences hors du commun d'Ottawa. Le tout risque de retarder de plusieurs mois l'entrée en service des Chinook au Canada. Les soldats canadiens n'auront probablement pas leur premier appareil avant 2011, voire plus tard. Tout dépendra de l'issue des négociations du contrat.

«L'armée canadienne demande des équipements très particuliers et plusieurs ajouts parfois considérables. Elle veut pouvoir utiliser ces appareils dans plusieurs types de missions, souvent très différents, tant au Canada qu'à l'étranger», a expliqué Richard Meanor, directeur du développement des affaires internationales pour le programme Chinook. M. Meanor a fait le voyage depuis Philadelphie, où les hélicoptères sont construits, pour rencontrer les journalistes canadiens.

Un hélico à toute épreuve?

Les Forces canadiennes veulent un hélicoptère plus polyvalent, plus complet et mieux équipé pour effectuer des missions de sauvetage. Alors que l'armée américaine achète des Chinook munis de l'équipement de base, l'armée canadienne a décidé d'ajouter une multitude de dispositifs permettront aux appareils de se rendre dans des zones de combat et de voler dans des conditions extrêmes.

Par exemple, le modèle canadien aura un réservoir à essence deux fois plus imposant, ce qui étendra d'autant son rayon d'action. Plusieurs équipements de défense seront ajoutés, notamment un détecteur de missiles et des systèmes de riposte. Un système de batterie plus performant sera installé sur l'hélicoptère, ainsi que des radars météo perfectionnés. Des stabilisateurs de vol seront ajoutés, tout comme un dispositif devant servir à faire monter facilement à bord les survivants d'une catastrophe.

«Tout ça prend plus de temps à mettre en place», a expliqué Joseph Song, vice-président au développement des affaires militaires en Amérique du Nord et en Israël. «Le Canada est un acheteur exigeant qui sait ce qu'il veut», a-t-il ajouté.

Ces exigences ont toutefois un prix. Alors que le modèle de base que l'armée américaine se procure coûte environ 40 millions $US pièce, le Canada ne pourra pas s'en tirer à moins de 80 millions par appareil, pensent les spécialistes de Boeing. «On en est encore à la phase de négociation avec Ottawa, donc le prix n'est pas arrêté. On va attendre avant de donner un chiffre précis, mais il n'y a pas de doute que les demandes canadiennes ont un coût élevé», a soutenu Richard Meanor.

À l'heure actuelle, 816 Chinook sont en service à travers le monde, dont 453 appartiennent à l'armée américaine. Le Canada a déjà eu des Chinook par le passé, mais les sept hélicoptères encore en bon état ont été vendus aux Pays-Bas en 1993. Ironie du sort, c'est avec ces mêmes Chinook que les Pays-Bas donnent un coup de main... au Canada, en Afghanistan!

Le Devoir

Notre journaliste s'est déplacé en Californie à l'invitation de Boeing Integrated Defense Systems.


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