Devenir mère sans ovaires

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du vendredi 06 avril 2007

Mots clés : clinique de fertilité, maternité, ovaires, Enfant, Montréal

Première mondiale dans une clinique de fertilité montréalaise

Née sans ovaires, Manon Ladouceur a longtemps cru qu'elle ne deviendrait jamais mère. Mais voilà que le 15 mars dernier, à l'âge de 41 ans, elle mettait au monde le petit Alexandre au centre des naissances de l'hôpital Saint-Luc, à Montréal. Miracle de la nature? Disons plutôt que la nature a reçu un petit coup de pouce de la part de deux spécialistes de la Clinique de fertilité Ovo, qui ont mis au point un nouveau traitement par don d'ovule prélevé en cycle naturel. Du coup, les Drs Kadoch et Hemmings signaient une première mondiale qui ouvre aujourd'hui de nouveaux horizons aux couples frappés d'infertilité.

Ce petit miracle, c'est un peu aussi celui de Nathalie Ladouceur, la soeur cadette de la nouvelle maman. Adolescentes, les deux soeurs s'étaient promis que si la science arrivait à se perfectionner suffisamment pour permettre à Manon d'avoir un enfant, Nathalie ferait tout pour l'aider. «Ma soeur est venue me parler des nouvelles percées scientifiques et j'ai tout de suite accepté de lui donner un ovule. [...] C'était tout naturel», a expliqué Nathalie, elle-même fière maman de deux enfants.

En temps normal, la donneuse aurait dû s'astreindre à une stimulation ovarienne intense, une procédure longue et fastidieuse qui nécessite une forte médication. Mais Manon avait été claire: il n'était pas question que sa soeur souffre les affres des deux injections quotidiennes pendant plusieurs semaines et qu'elle s'expose ainsi à un risque d'hypersensibilisaton ovarienne. Qu'à cela ne tienne, son médecin traitant, le Dr Jacques Kadoch, lui a fait une proposition étonnante: et si son équipe s'adaptait au cycle ovulatoire naturel de Nathalie pour prélever un seul ovule et l'implanter à Manon une fois fécondé?

La proposition a reçu l'aval enthousiaste des deux femmes. Concrètement, le traitement en cycle naturel commande que l'équipe médicale s'adapte au cycle ovulatoire de la patiente qui souffre d'infertilité. «Le but n'est pas d'avoir du nombre mais de la qualité», a expliqué le Dr Kadoch. Cette fois-ci, c'est au cycle de la donneuse qu'elle s'est adaptée. L'équipe a patiemment attendu que le follicule soit choisi par la nature pour déclencher l'ovulation. Sa seule intervention aura consisté à empêcher une ovulation prématurée. Pour cela, une faible médication aura été nécessaire, a convenu le Dr Kadoch. «Mais attention, en aucun cas on n'a essayé de stimuler les ovaires. Tout ce qu'on voulait, c'était recueillir l'ovule.»

Ce précieux ovule a ensuite été récupéré puis fécondé en laboratoire afin d'être transféré dans l'utérus de Manon une fois devenu un embryon. Moins invasive, cette procédure a cependant dû être réglée au quart de tour. «Il a fallu préparer l'utérus de Manon pour le synchroniser avec celui de Nathalie. Ce faisant, cela nous a permis d'avoir un endomètre en phase avec l'âge de l'embryon», a raconté le gynécologue-obstétricien.

Neuf mois plus tard, le petit Alexandre voyait le jour. Il sera vraisemblablement le seul enfant du couple. «À mon âge, c'est déjà un miracle», répond Manon en couvant son petit des yeux. D'un point de vue juridique, la mère de l'enfant est celle qui le met au monde. D'un point de vue génétique cependant, la mère de l'enfant reste sa tante. Ces nuances, Manon et Nathalie les ont rapidement balayées du revers de la main hier. Alexandre n'aura qu'une mère: celle qui l'a enfanté. Toutefois, pas question de lui cacher ses origines. «J'aime autant que ce soit clair. On vit dans un petit coin, les gens jasent», a expliqué Manon.

Si les soeurs Ladouceur ont accepté de partager ouvertement leur expérience hier, c'est qu'elles espèrent que d'autres femmes pourront tirer profit de cette nouvelle approche. À la Clinique Ovo, on mise aussi sur cette première pour encourager d'autres femmes à envisager le don d'ovules, ce dont le Canada manque cruellement, tout particulièrement depuis qu'on a interdit toute rémunération en échange d'un don. «La procédure en cycle naturel est plus courte et moins risquée quant aux effets secondaires. Cela pourrait avoir un impact sur la décision des femmes de devenir donneuses ou non», a fait valoir le Dr Robert Hemmings, responsable du programme de don d'ovules à la Clinique Ovo.

Rappelons que la fécondation in vitro en cycle naturel n'est pas nouvelle. Au début des années 80, c'était même la norme, mais cette technique a été abandonnée au profit des stimulations par injections, qui permettent d'augmenter les chances de succès. Le problème, c'est que la stimulation nécessite un traitement médicamenteux invasif et favorise les grossesses multiples. Pas moins de dix ovules sont produits avec la stimulation, et même si la loi limite à deux le nombre d'embryons implantés, les cliniques se retrouvent encore avec pas moins de 60 % de grossesses gémellaires.

Plus naturelle, la fécondation en cycle naturel ne produit qu'un seul embryon, ce qui permet d'éliminer les effets secondaires liés aux médicaments et de réduire le risque d'une grossesse multiple, à l'exception bien sûr des grossesses monozygotes (jumeaux identiques). Par ailleurs, les chances de cet embryon de s'implanter dans l'utérus de la mère sont plus élevées que celles des embryons stimulés artificiellement. Chez une femme qui éprouve des problèmes de fertilité, le cycle naturel permet une grossesse dans 31,5 % des cas. «Mais on pense que les chances sont encore plus grandes avec une donneuse qui n'a aucun problème de fertilité», a avancé le Dr Kadoch.

Avec autant d'avantages, on s'étonne que personne n'ait tenté l'expérience du don d'ovule en cycle naturel ailleurs dans le monde. «L'idée était dans l'air. Mais je n'aurais pas essayé ça il y a dix ans. Aujourd'hui, on sait mieux préparer les utérus, les transferts sont plus faciles et plus de détails sont pris en compte», a expliqué le gynécologue-obstétricien.

La fécondation in vitro en cycle naturel est aussi moins coûteuse, un élément qui a son importance quand on sait que les traitements en fertilité ne sont pas remboursés par la Régie de l'assurance maladie du Québec. Normalement, un couple qui a recours au traitement in vitro doit s'attendre à payer entre 10 000 et 12 000 $ par don d'ovule. Dans ce cas-ci, la fécondation in vitro en cycle naturel a permis de réduire les coûts à un total de moins de 5000 $ pour Mme Ladouceur et son conjoint.


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ovaire ne fonctionne pas - par samassekou mama
Le lundi 26 novembre 2007 20:00

Devenir mère sans ovaires - par Françoise Cécilia
Le vendredi 06 avril 2007 05:00

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