Les deux Viktor durcissent leur discours

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AFP , Reuters
Édition du vendredi 06 avril 2007

Mots clés : Parlement, poursuites, Viktor Iouchtchenko, Justice, Russie (pays)

Le président menace le premier ministre de poursuites pénales

Kiev -- La tension est montée d'un cran hier à Kiev, où le président Viktor Iouchtchenko a menacé son premier ministre Viktor Ianoukovitch de poursuites pénales s'il ne se soumettait pas au décret de dissolution du Parlement que celui-ci juge illégal.

Deux ans et demi après la Révolution orange, Iouchtchenko, aux prises avec une majorité hostile à sa politique d'ancrage à l'Occident, a signé lundi soir un décret portant dissolution de l'assemblée et fixant au 27 mai les élections anticipées. Mais Ianoukovitch, proche de la Russie, a réaffirmé qu'il ne tiendrait aucun compte du décret présidentiel tant que la Cour constitutionnelle qu'il a saisie n'aurait pas statué, un arbitrage qui pourrait prendre un mois.

En attendant, plusieurs centaines de ses partisans campent devant le siège du parlement, place de l'Indépendance, dans le centre de Kiev, une mobilisation sans commune mesure toutefois avec les manifestations «orange» de l'hiver 2004-05 qui avaient porté Iouchtchenko au pouvoir.

Alors que la campagne électorale officielle a débuté mercredi, le président Iouchtchenko a une fois de plus souligné que son décret de dissolution est exécutoire et que «tout refus de le mettre en oeuvre débouchera sur une procédure pénale».

«Je n'ai nullement l'intention de l'annuler», a-t-il martelé hier devant le Conseil de sécurité nationale du pays, où il siégeait aux côtés de son premier ministre rebelle.

Celui-ci a réaffirmé qu'il fallait attendre la décision de la Cour constitutionnelle. «Nous rejetons toute forme d'élections anticipées», a affirmé Ianoukovitch à l'issue de cette réunion lors d'une conférence de presse.

Il a exhorté le président à entamer des négociations avec la majorité et, lui qui est réputé pro-russe et prône un rapprochement avec Moscou, a demandé au gouvernement autrichien d'effectuer une médiation dans cette crise. Le président polonais Lech Kaczynski a pour sa part proposé ses services, rôle qu'avait joué son prédécesseur lors de la Révolution orange.

«J'ai décidé de faire appel à des médiateurs étrangers, notamment au chancelier autrichien Alfred Gusenbauer [...] ainsi qu'à des juristes européens compétents», a déclaré le premier ministre.

Interrogé sur la raison pour laquelle il n'a pas préféré le recours à l'aide proposée par Moscou, M. Ianoukovitch a expliqué qu'il avait eu «un contact téléphonique avec le chancelier autrichien» et qu'en fait il ne s'était pas entretenu avec le président russe Vladimir Poutine depuis le début de la crise.

«Il essaie de convaincre les gens auxquels Iouchtchenko fait confiance de lui dire qu'il a tort», estime le politologue Mikhaïlo Pogrebinski, chef du Centre de recherches politiques et d'étude des conflits, proche des pro-russes, à Kiev.

Javier Solana, porte-parole de la diplomatie européenne, a fait savoir hier qu'il avait téléphoné ces dernières 48 heures aux deux Viktor ainsi qu'à la dirigeante d'opposition Ioulia Timochenko pour les inciter à la retenue et au dialogue.

Il s'agit de la première intervention européenne dans la crise politique en Ukraine, qu'Iouchtchenko souhaite amarrer à l'UE et à l'OTAN, deux organisations régionales qui estiment que l'ancienne république soviétique doit encore progresser sur la voie de la démocratie.


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