Pour un grand ménage dans l'écuelle des chiens et des chats
Mots clés : nourriture pour animaux de compagnie, chiens, chats, Gouvernement, Alimentation, Canada (Pays)
Les vétérinaires demandent à Ottawa de mieux encadrer l'industrie de la nourriture pour animaux de compagnie

Photo: Agence Reuters
«Actuellement, les contrôles de la qualité des aliments pour animaux de compagnie se font sur une base volontaire, résume Christiane Gagnon, présidente de l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ). L'autorégulation, c'est bien, mais ce n'est pas assez. Quand on sait que cette nourriture est manipulée par des humains et que des enfants peuvent parfois en manger par accident, un encadrement plus sévère s'impose. Et les événements des dernières semaines le prouvent.»
Rappel massif et préventif
Le 16 mars dernier, la compagnie ontarienne Menu Foods a procédé au rappel préventif de 60 millions de boîtes de nourriture pour chiens et chats vendues sous différentes marques au Canada, aux États-Unis, mais aussi au Mexique. Raison de ce branle-bas de combat: la présence dans des préparations en sauce et en conserve pour animaux de compagnie d'une toxine létale pour le meilleur ami de l'homme et pour son homologue félin.
Retracée la semaine dernière par la Food and Drugs Administration (FDA) aux États-Unis, la substance pourrait être de la mélamine, un produit chimique qui entre dans fabrication du plastique, mais qui est également utilisé comme engrais en Asie. Cette mélamine aurait été introduite dans la nourriture par l'entremise du gluten de blé importé de Chine. Ce gluten est une source de protéines bon marché utilisées par l'industrie de la bouffe pour chats et chiens.
Au cours des dernières semaines, une quinzaine de chiens et de chats seraient morts aux États-Unis à la suite de problèmes rénaux possiblement liés à une nourriture contaminée. Ici, l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec a recensé six cas d'intoxication potentielle, dont un qui aurait causé la mort d'un chat.
«Qu'est-ce qui se serait passé si la première victime dans cette affaire avait été un enfant?», demande le vétérinaire Ray Snopek, responsable du programme de certification de la nourriture pour animaux de l'Association canadienne des médecins vétérinaires. «Personne ne regarde par-dessus l'épaule de cette industrie. Pourtant, c'est un secteur sur lequel le gouvernement va devoir se pencher un jour», a-t-il expliqué à la Presse canadienne.
Contrairement au monde de l'alimentation du bétail, surveillé par Ottawa, principalement pour prévenir certaines maladies comme celle de la vache folle, le secteur de la nourriture pour animaux de compagnie est à l'heure actuelle livré à lui-même. Tout au plus, Industrie Canada se charge-t-il d'encadrer l'étiquetage de ces produits et de punir les possibles fausses représentations des compagnies. L'innocuité est laissée pour compte, Santé Canada et l'ACIA n'ayant pas les pouvoirs nécessaires pour s'en occuper.
«Et pourtant, ce secteur a besoin d'un cadre plus solide, commente le vétérinaire Jacques Rouillard, professeur en nutrition animale au collège Laflèche de Trois-Rivières. Comme la nourriture humaine, l'alimentation des animaux de compagnie se mondialise. Aujourd'hui, 85 % des produits vendus au Québec viennent des États-Unis et sont faits avec des ingrédients achetés, comme le prouve cette histoire de gluten chinois, partout sur la planète», mais aussi dans des pays où les règles d'hygiène, de salubrité et de traitement des aliments pour chiens et chats ne sont pas les mêmes qu'ici, souligne-t-il.
Ainsi, au Canada, le contenu des farines animales (tirées de restes d'abattoirs et d'animaux de ferme impropres à la consommation humaine) est sévèrement contrôlé pour éviter par exemple que des chiens et des chats ne se retrouvent dans l'alimentation qui leur est destinée. «Certaines personnes prétendent que cela peut tout de même arriver, dit M. Rouillard. C'est sans doute un mythe. Mais sans vouloir être alarmiste, il faudrait se donner désormais, dans le contexte actuel, une réglementation pour éviter que cela devienne une réalité.»
Pour l'Association canadienne de nourriture pour animaux, cette démarche réglementaire est jugée inutile. «Je ne crois pas qu'un cadre légal aurait empêché le rappel des produits de Menu Foods», a indiqué au Devoir Martha Wilder, porte-parole de ce regroupement versé dans la défense des intérêts économiques des fabricants de bouffe pour chiens et chats. «Le problème est lié à la mélamine, une substance pour laquelle nous n'avons pas de test en laboratoire disponible dans l'industrie.»
Par ailleurs, Mme Wilder souligne que cette «industrie a une longue histoire de produits de qualité mis sur le marché. Les rappels sont extrêmement rares, et ce, en raison des contrôles mis en place dans les processus de fabrication».
«C'est vrai, concède Christiane Gagnon. Étant donné la forte concurrence, les fabricants ont intérêt à vendre des aliments de très bonne qualité. Mais ils ne sont pas à l'abri d'accidents, de toute évidence.»
Durant les derniers jours, deux autres entreprises, Del Monte Foods Canada et Hills Pet Nutrition, ont annoncé des rappels de nourriture pour animaux de compagnie. Il s'agit de friandises pour l'un et de croquettes pour l'autre, deux produits qui auraient été en contact avec le même gluten de blé que celui impliqué dans l'affaire de Menu Foods. Une affaire qui pourrait coûter 40 millions de dollars à l'entreprise ontarienne.
À l'heure actuelle, 17 entreprises se partagent au Canada la fabrication de 200 marques différentes. Le marché de la nourriture pour chiens et chats est très lucratif, générant environ 700 millions de dollars par année.
Vos réactions
Chat malade suite`.. - par Claude Charron
Le dimanche 17 juin 2007 20:00
Il faut japper fort - par R. et J.
Le jeudi 05 avril 2007 08:00

