Jean Pelletier remporte une autre victoire contre Ottawa
Mots clés : Via Rail, Jean Pelletier, Justice, Gouvernement, Canada (Pays)
Ottawa -- Évincé de ses fonctions à deux reprises par le gouvernement, l'ancien président du conseil d'administration de Via Rail, Jean Pelletier, a obtenu hier une troisième victoire devant les tribunaux contre le gouvernement fédéral.
Dévoilé hier, le jugement critique l'ancien ministre des Transports Jean Lapierre qui, par ses propos, a soulevé des doutes raisonnables de partialité. Le juge estime aussi que l'ex-ministre aurait dû consulter le conseil d'administration de Via Rail avant de formuler sa recommandation, comme l'exige la procédure en place.
Pour ces deux raisons, le tribunal ordonne l'annulation du décret de la destitution de M. Pelletier, l'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien.
Il s'agit de la troisième victoire de M. Pelletier dans toute cette saga judiciaire, qui remonte à 2004.
Hier, M. Pelletier a refusé de commenter cette victoire, disant vouloir réserver ses réactions une fois que toute cette affaire sera terminée.
Cet ancien maire de Québec réclame devant la Cour supérieure du Québec la somme de 3,7 millions de dollars en dommages moraux et exemplaires de la part du gouvernement du Canada pour atteinte à sa réputation.
Celle qui le représente devant les tribunaux, Me Suzanne Côté, a commenté brièvement. «On est très heureux», a-t-elle souligné.
Rappelons que ce proche de Jean Chrétien avait été remercié, en mars 2004, par le gouvernement de Paul Martin à la suite de ses commentaires désobligeants à l'endroit de la championne olympique Myriam Bédard, qu'il avait qualifiée «de pauvre fille qui fait pitié, une fille qui n'a pas de conjoint».
M. Pelletier avait contesté son congédiement devant la Cour fédérale, qui lui avait donné raison une première fois en novembre 2005, un jugement maintenu par la Cour d'appel fédérale en janvier 2007.
Le tribunal faisait valoir que le gouvernement avait traité M. Pelletier de façon inéquitable en le remerciant pour inconduite, sans l'avoir informé au préalable de ce qu'on lui reprochait et sans lui avoir donné l'occasion de s'expliquer.
En 2005, réfutant les conclusions de ce jugement, le gouvernement libéral de l'époque maintenait ne plus avoir confiance en M. Pelletier et avait décidé d'adopter un autre décret pour le congédier une deuxième fois, cette fois en lui permettant de s'expliquer avant la décision ultime.
Refusant ce sort, M. Pelletier avait décidé de contester ce deuxième congédiement devant les tribunaux, alléguant un manque de partialité du ministre Lapierre.
Dans son jugement d'une trentaine de pages, le juge Lemieux lui donne raison. Le juge retient surtout les paroles prononcées aux Communes par M. Lapierre, le 21 novembre 2005, trois jours après le premier jugement prononcé en faveur de M. Pelletier.
L'ex-ministre déclarait alors que les motifs présents «en mars 2004 pour destituer M. Pelletier sont toujours valables» et qu'il enclenchait le processus pour entendre le principal intéressé. Il ajoutait: «Il est évident que M. Pelletier n'a plus notre confiance pour présider le conseil de Via Rail.»
De l'avis du juge Lemieux, cette déclaration démontre que l'idée de M. Lapierre était arrêtée avant même qu'il n'entende la version de M. Pelletier.

