L'avion C-130J: des problèmes récurrents

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Alec Castonguay
Édition du vendredi 30 mars 2007

Mots clés : rapport annuel, Stephen Harper, avion C-130J, Gouvernement, États-Unis (pays), Canada (Pays)

Harper achètera 17 de ces appareils

Ottawa -- Les problèmes de l'avion militaire C-130J de la société Lockheed Martin ne sont pas tous réglés puisque l'armée américaine continue d'éprouver des difficultés avec cet appareil lorsqu'il fonctionne dans un «environnement menaçant» ou dans des conditions météorologiques qui nécessitent l'utilisation des instruments de bord. C'est ce qui se dégage du rapport annuel rédigé par les experts militaires du Pentagone, publié en janvier dernier. Rappelons que le gouvernement Harper a décidé en juin 2006 d'acheter 17 avions C-130J au coût de 4,9 milliards de dollars, entretien compris.

Le rapport annuel du Pentagone, qui s'ajoute aux autres enquêtes accablantes menées sur le C-130J au cours des dernières années, consiste à faire le tour des programmes au sein des forces armées américaines. Un court chapitre traite du C-130J, un avion du géant américain Lockheed Martin qui se veut le modèle de remplacement des Hercules vieillissants. «Le C-130J n'est pas efficace pour des opérations à l'étranger qui se déroulent dans un environnement menaçant», peut-on lire à la page 183 du rapport obtenu par Le Devoir.

Les experts en évaluation militaire ont contribué à la rédaction de ce document après des centaines d'heures de tests en 2006. Ces évaluateurs affirment que des problèmes de radar continuent d'empêcher l'accomplissement de certains vols qui devraient être effectués grâce aux instruments de bord.

De plus, dans certaines conditions météorologiques difficiles, le C-130J a encore de la difficulté à larguer en vol des soldats ou du matériel.

Appelé à témoigner devant le Comité parlementaire de la défense hier à Ottawa, Philip Coyle, ancien sous-secrétaire à la Défense des États-Unis responsable des tests et des évaluations au Pentagone, a soutenu que ce document montre que le C-130J présente encore des lacunes. M. Coyle a connu les premières années difficiles (1998-2003) de la mise en service du C-130J puisqu'il a pris sa retraite en 2001. «Si le Canada garde les yeux bien ouverts et reste conscient qu'il peut avoir des problèmes avec cet avion, tout ira bien, a-t-il dit hier. Mais il serait gênant de faire semblant que les États-Unis n'ont pas eu de problèmes avec cet appareil.» M. Coyle, aujourd'hui conseiller pour l'organisme Center for Defense Information, à Washington, a cité une partie du rapport du Pentagone de janvier dernier pour montrer que la controverse autour de l'avion n'est pas terminée.

Ironie du sort, quelques minutes après le témoignage de M. Coyle, deux dirigeants de Lockheed Martin venus des États-Unis étaient appelés à témoigner devant le Comité parlementaire de la défense. Jack Crisler, vice-président international au développement du secteur aéronautique, et Peter Simmons, directeur des communications chez Lockheed Martin Aerospace, ont soutenu que le C-130J fonctionne très bien et que le rapport du Pentagone de janvier gonfle des problèmes mineurs.

«Il n'y a aucune restriction opérationnelle en zone de combat. Des C-130J volent tous les jours partout dans le monde, que ce soit en Irak, en Afghanistan ou en Afrique du Nord. Cet avion fait le travail pour lequel il a été conçu», a soutenu au Devoir Peter Simmons. Celui-ci a affirmé que 30 appareils C-130J sont actuellement déployés en zones hostiles. M. Simmons en veut aussi pour preuve l'appui continu et sans équivoque de l'armée de l'air américaine au C-130J.

Lockheed Martin ne nie pas les problèmes de radar évoqués par le Pentagone mais soutient que les difficultés proviennent du radar lui-même et non pas de l'avion. Or, a dit Peter Simmons, le radar est fourni par la US Air Force et non par Lockheed Martin. «C'est un vieux système qui connaît des ratés, mais le Canada n'aura pas ces problèmes puisque ce système n'équipera pas les avions qui seront livrés au Canada», a-t-il expliqué.

En ce qui concerne les problèmes de l'avion dans des «environnements menaçants», Peter Simmons ne comprend pas d'où vient ce constat. «Cet avion vole dans toutes les situations. Il n'y a aucune restriction. C'est un avion qui fait le bonheur des pays qui les achètent. Quand on pose la question aux pilotes qui sont en contact direct avec l'appareil, ils nous disent que tout va très bien», a-t-il affirmé.

Un rapport accablant de plus

Pourtant, outre les États-Unis, la Grande-Bretagne a elle aussi connu son lot de problèmes avec le C-130J. En plus des 17 avions que le Canada prévoit acheter, le Royaume-Uni, l'Italie, l'Australie et le Danemark ont aussi des C-130J (62 en tout). Les États-Unis en ont environ 85 à l'heure actuelle et prévoient s'en procurer une quarantaine de plus.

Ce nouveau rapport du Pentagone s'ajoute aux nombreuses enquêtes qui montrent que le C-130J connaît des ratés depuis sa mise en service. Le 12 décembre dernier, Le Devoir révélait que le Pentagone, exaspéré par les problèmes de l'avion, avait même tenté de mettre fin au contrat passé avec Lockheed Martin. Sous la pression du Congrès et de la US Air Force, qui soutiennent l'achat de cet appareil, Donald Rumsfeld avait dû changer son fusil d'épaule.

Alors que la fiabilité du modèle Hercules actuel est appréciée d'un bout à l'autre de la planète depuis 50 ans, «le nouveau modèle J est plutôt devenu une légende dans la communauté des acheteurs comme étant un exemple de mauvais développement technologique», écrit dans un rapport de mars 2005 le Project on Government Oversight (POGO), un organisme non gouvernemental et non partisan de Washington reconnu pour ses enquêtes dans le domaine de la défense.

En juillet 2004, l'inspecteur général du département américain de la Défense, Joseph E. Schmitz, avait remis au Sénat un rapport dévastateur sur le C-130J. L'inspecteur, l'équivalent de notre vérificateur général, avait ouvert son enquête à la suite de plaintes anonymes. Sur les 50 avions C-130J achetés entre 1996 et 2004 au coût de 2,6 milliards $US, aucun n'était en mesure de se rendre dans les zones de combat et, donc, de remplir sa mission première.

«Le C-130J ne répond pas aux exigences du contrat et, par conséquent, ne peut pas être opérationnel et performant dans les missions [qu'on lui confie]», écrivait Joseph E. Schmitz. Les C-130J «ne peuvent être utilisés que pour de l'entraînement» ou pour des missions très limitées, ce qui occasionne des coûts supplémentaires à l'armée américaine, qui doit maintenir à niveau ses anciens Hercules, identiques à ceux que le Canada possède.

Autre problème

Autre problème: l'ancien Hercules et le nouveau C-130J, même s'ils partagent le même bagage génétique, sont en réalité fort différents. À peine 30 % des composantes sont les mêmes, ce qui requiert un nouvel entraînement pour les pilotes et entraîne des problèmes d'entretien.

Fin 2004, un autre rapport négatif est déposé, provenant cette fois-ci de l'évaluateur indépendant de l'armement pour le Pentagone [Independent Weapons Tester], Thomas Christie. Il ajoute alors à la controverse qui fait déjà rage dans les médias américains en soutenant dans son rapport annuel que le C-130J «échoue à remplir ses obligations opérationnelles».

Malgré ces rapports accablants, l'armée de l'air américaine appuie Lockheed Martin et défend son choix. Peter Simmons, le porte-parole de Lockheed Martin, avoue que l'avionneur a rencontré des difficultés mais que tout est maintenant réglé. «Il est impossible de livrer un appareil parfait dès le départ. C'est tout simplement impossible. Aucune entreprise n'est immunisée contre les risques, surtout dans des domaines de pointe comme les avions militaires. Mais c'est maintenant chose du passé, les principaux problèmes sont réglés.»


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Gaspillage de fonds publiques - par Jean-Pierre Dupuis
Le vendredi 30 mars 2007 12:00

L'avion C-130J n'est pas un avion géant - par Bernard Charier
Le vendredi 30 mars 2007 10:00

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Le vendredi 30 mars 2007 01:00

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