Les partis s'ajustent au «tsunami» adéquiste

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Antoine Robitaille , Isabelle Porter
Édition du vendredi 30 mars 2007

Mots clés : congrès, Parti libéral du Québec, Action démocratique du Québec, Parti politique, Élection, Québec (province)

Pendant que Dumont désigne ses joueurs clés, les libéraux battus se perdent en conjectures et les péquistes pansent leurs plaies

«Personne n'attendait le résultat de lundi», a déclaré Jean Charest, hier, à l'entrée d'une réunion avec ses 125 candidats.

Photo: Clément Allard

Québec -- Pendant que plusieurs nouveaux élus de l'Action démocratique découvraient le parlement et que Mario Dumont désignait ses joueurs clés, des candidats battus du Parti libéral se perdaient en conjectures à propos du «tsunami» adéquiste de lundi. Quant au Parti québécois, il tente de panser ses plaies en privé, sauf un député défait, Richard Legendre, qui a ouvertement réclamé un congrès au leadership hier. Lendemains d'élections.

«Personne n'attendait le résultat de lundi», a déclaré Jean Charest à l'entrée d'une réunion avec ses 125 candidats au Château Bonne-Entente, loin de la colline parlementaire. Il a dit compter sur cette rencontre pour expliquer les causes de la raclée subie (28 comtés ont été perdus). «On va analyser ça», a-t-il dit, laconique.

S'ils ne remettent pas en question et ne contestent pas leur chef, plusieurs libéraux avaient des reproches à faire à leurs électeurs. Candidat-vedette du PLQ dans Lac-Saint-Jean, Yves Bolduc croit que sa région a fait preuve d'ingratitude à l'endroit du gouvernement: «La population n'a pas su reconnaître [le travail de] M. Charest, tous les investissements qu'il y a eu au Saguenay-Lac-Saint-Jean: la faculté de médecine, l'autoroute 175 et l'Alcan. La région la plus choyée au Québec par le gouvernement libéral, ç'a été la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, et la région n'a même pas reconnu que M. Blackburn [Roberval] et Mme Gauthier [Jonquière] ont fait un travail extraordinaire.» Par conséquent, la région du Saguenay se trouve «affaiblie», estime-t-il. Même conclusion de la part du député défait dans Roberval, Karl Blackburn: «La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean est plus faible politiquement qu'elle l'était avant les élections.»

L'ex-député de Saint-Jean, Jean-Pierre Paquin, arrivé troisième derrière l'ADQ lundi, se demandait quelle mouche avait piqué ses commettants: «Honnêtement, je ne suis pas capable d'expliquer ma défaite. Mon mandat a été extraordinaire, je crois que c'est incontestable et unanime chez moi [...].

Depuis plusieurs années, jamais un député n'avait réussi à livrer autant. Je dis ça modestement.» Le Québec, «c'est une nation qui est difficile à gérer», a pour sa part conclu Pierre Arcand, nouveau député libéral de Mont-Royal. Selon lui, le jugement des électeurs «a été sévère».

La plupart des élus libéraux refusaient d'évoquer la moindre responsabilité du Parti libéral, se contentant de dire qu'une «vague est une vague». Éric R. Mercier, battu dans Charlesbourg, estime que le PLQ «avait un excellent bilan» et que la décision de fermer le zoo de Québec, dossier clé dans cette circonscription, est l'élément «responsable». Même chose pour Raymond Bernier, de Montmorency, qui, lui, s'en est pris au rôle des radios du Québec métropolitain qui ont favorisé l'ADQ. «Que peut-on faire contre ces radios? Les gens derrière leur micro sont tout le temps négatifs. Pas moyen de parler de notre excellent bilan, de nos projets. Le Parti libéral n'a pas de radio, lui», a-t-il analysé.

Selon d'autres libéraux, par exemple le nouveau député de Jean-Talon, Philippe Couillard, les gens ont rejeté le débat opposant souverainistes et fédéralistes. «Je sentais dans le public une impatience au sujet du débat qu'on avait au Québec. On voulait regarder les choses autrement», a commenté Monique Jérôme-Forget.

Rares sont ceux qui se sont risqués à des mea-culpa. Pour le député rebelle Pierre Paradis (réélu dans Brome-Missisquoi), le Parti libéral a confondu les cibles: «On croyait que notre ennemi numéro, c'était le PQ, mais l'ADQ était dans l'angle mort.» Et l'ADQ, ç'a été un «tsunami», a-t-il soutenu. Françoise Gauthier, battue dans Jonquière, estime qu'elle n'a pas assez parlé de ses réalisations et qu'elle a perdu le contact avec sa base: «Parce qu'on est pris dans un tourbillon, on rencontre les leaders, les maires, les présidents de CRE, les leaders syndicaux, mais on oublie la base. On oublie de parler avec les gens de la base, et moi, le reproche que je peux me faire, c'est celui-là.» Claude Béchard, réélu de justesse dans Kamouraska, l'exprime autrement: «On n'a peut-être pas été assez avec les travailleurs dans les shops. [...] C'est un peu ce lien-là qu'il faut recréer.»

Au Parti québécois

Battu dans Blainville, le péquiste Richard Legendre s'est clairement prononcé hier en faveur d'une nouvelle course à la chefferie lors d'une réunion de tous les candidats de la formation d'André Boisclair. «Après une défaite, ce serait mieux qu'il y ait automatiquement une course à la direction à laquelle le chef qui a perdu pourrait prendre part», a-t-il plaidé. Une telle course serait préférable, selon lui, à un vote de confiance, prévu dans les statuts du parti. Il a indiqué qu'il ne souhaiterait toutefois pas faire partie d'une autre course. Il a dit quitter la vie politique.

Marc Laviolette, de l'aile gauche du parti (SPQ libre), ne cachait pas son scepticisme envers M. Boisclair: «Je demande d'être convaincu. Je vais participer au débat, je vais voir l'analyse que les gens vont faire. Mais moi, j'ai été accueilli lundi matin dans mon usine par la colère de mes membres syndicaux à l'endroit du chef. [...] Ils disaient qu'il fallait changer de chef.»

D'autres, comme Camil Bouchard (réélu dans Vachon), se sont montrés exaspérés par les questions sur le leadership: «Franchement, ça ne me tente vraiment, vraiment, vraiment pas de parler de ça. Il y a des choses pour moi qui sont plus importantes: essayer de comprendre le vote, comprendre l'électorat, comprendre pourquoi, depuis 2003, il y a une frange qui regarde plus du côté du conservatisme que de la social-démocratie.» M. Bouchard a ainsi reproché à ceux qui le font de relancer le débat sur le leadership d'André Boisclair: «J'ai envie de leur dire: "Fichez-moi la paix avec ça!"»

Pour le vétéran François Gendron, réélu dans Abitibi-Ouest, s'il est vrai qu'André Boisclair a commencé la campagne avec un déficit de crédibilité, le parti lui-même a souffert d'un tel déficit. Auparavant, il avait catégoriquement nié ce qu'un chroniqueur avait écrit hier à son sujet, soit qu'il adhérait au mouvement BBB (Bye bye, Boisclair). «C'est totalement inexact», a-t-il insisté.

Refusant de s'en prendre au chef, François Legault, réélu dans Rousseau, a lancé ceci: «On ne peut pas changer de chef à tous les ans!» Mais il s'est cependant fait très clair: si jamais il y avait une autre course, il n'en serait pas. Aux yeux de M. Legault, les résultats de lundi sont «très inquiétants pour l'avenir du Parti québécois». À son avis, «tous au PQ ont leur part de responsabilité» dans la défaite.

Pour Jean-Claude Saint-André, ancien secrétaire de Jacques Parizeau, battu par un adéquiste dans L'Assomption, circonscription de son ancien chef, le choc est dur à encaisser. «Je n'ai même pas encore eu le temps de digérer ce qui s'est passé lundi», a-t-il confié. Si plusieurs se montraient réservés dans leurs critiques envers le chef, ils ont tenu à lui dire hier qu'il ne devrait pas remettre en question l'objectif référendaire, comme M. Boisclair l'a laissé entendre mardi. En témoignent les propos de M. Saint-André hier: «La pire chose que le PQ pourrait faire, ce serait de mettre l'option en veilleuse, ça, c'est certain. [...] Moi, le programme voté en 2005, je n'ai pas voté pour. Pour reprendre l'expression d'un grand homme, c'était truffé de conneries, et je pense que lundi, on a eu une démonstration.»

L'ADQ découvre le parlement

Quant à Mario Dumont, il a indiqué hier qu'il ne laissera pas ses nouvelles fonctions de chef de l'opposition officielle l'empêcher d'être présent «sur le terrain» afin de préparer dès maintenant la prochaine campagne électorale. Il a procédé hier à la nomination du député de Chauveau, Gilles Taillon, au poste d'adjoint au chef de l'opposition, un «frappeur de relève» qui lui permettra de quitter le parlement quand bon lui semblera, notamment pour séduire Montréal, où il n'a aucun député.

M. Dumont a profité de la première rencontre des membres de son équipe pour nommer ceux qui auront des responsabilités parlementaires. Comme prévu, il a fait de son principal conseiller des dernières années, Sébastien Proulx, son leader parlementaire, un poste clé de l'opposition officielle. Avocat, le nouveau député de Trois-Rivières, âgé de 32 ans, était un des candidats-vedettes de l'ADQ.

La fonction de whip -- sorte de préfet de discipline -- a été confiée au député de Shefford, François Bonnardel. Son adjointe sera la députée de Saint-Jean, Lucille Méthé. La députée de Lotbinière, Sylvie Roy, est nommée leader adjointe tandis que le député de Blainville, Pierre Gingras, présidera le caucus. Il faudra cependant attendre quelques semaines avant de connaître le cabinet fantôme du chef de l'opposition, qui veut voir la composition du conseil des ministres avant de se prononcer.

Certains députés adéquistes faisaient leur toute première visite au parlement hier. Éric Dorion, par exemple. Élu dans Nicolet-Yamaska, il avait défrayé la manchette pendant la campagne électorale puisqu'il a un casier judiciaire. Visiblement nerveux et un peu perdu, il a reconnu hier avoir «des palpitations» à se trouver dans la maison de la démocratie. Sa priorité: prévenir la toxicomanie. «La toxicomanie, c'est une de mes qualités, une de mes forces. La solidarité sociale, c'est un élément que je connais aussi», a dit cet ex-toxicomane réhabilité, fondateur d'un centre d'aide pour les personnes souffrant de dépendances. Quant au député d'Iberville, André Riedl, il a déclaré vouloir brasser la cage du gouvernement, parler «des vraies affaires» et «améliorer le service à la clientèle».

Le Devoir

Avec la Presse canadienne


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