PLC: la politique de la peur en sursis

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Hélène Buzzetti
Édition du jeudi 29 mars 2007

Mots clés : Parti conservateur, système de santé, Parti libéral du Canada, Parti politique, Élection, Canada (Pays)

Les libéraux fédéraux appellent à un recentrage

Ottawa -- Les résultats électoraux québécois ont peut-être plu aux conservateurs mais inquiètent beaucoup les libéraux fédéraux. Plusieurs militants haut placés au sein du parti appellent à une redéfinition du PLC au Québec, à une remise en question de certaines vaches sacrées comme le système de santé public universel et la mise au rancart de la politique de la peur pour discréditer l'adversaire.

Plusieurs organisateurs et militants interrogés par Le Devoir cette semaine ont dressé un bilan sombre des conséquences du résultat québécois sur la scène fédérale. La nervosité ne s'est toutefois pas (encore) transformée en défaitisme. Plusieurs pensent que la montée adéquiste traduit un glissement de l'électorat vers la droite qu'il suffit de récupérer.

«Je suis préoccupé par le fait que le mot "libéral" chez les francophones du Québec n'a pas une connotation positive, et ce, depuis longtemps», a expliqué un organisateur très influent récemment retourné au secteur privé. Tout en reconnaissant la différence entre le Parti libéral du Québec et celui du Canada, il voit dans les résultats mitigés du PLQ lundi soir un reflet de ceux du PLC.

Cette personne estime que le PLC doit mettre de côté son étiquette fédéraliste et faire son autopromotion autrement qu'en respectant la ligne de fracture traditionnelle fédéraliste-indépendantiste, notamment en faisant mousser les thèmes de l'environnement ou de l'économie.

«Il faut qu'il y ait un "rebranding". Une nouvelle différenciation autour d'autres questions que la question nationale doit se faire dans notre parti. Sinon, ça va se faire dans d'autres partis, comme on a vu lundi soir avec l'avènement d'une troisième voie autonomiste.» «Le PLC doit commencer à signifier autre chose au Québec francophone que les vieilles chicanes du passé.»

Hélène Scherrer, ancienne députée et conseillère de Paul Martin, voit dans le scrutin québécois la preuve d'un glissement du spectre politique vers la droite dont il faut prendre acte. Plusieurs autres personnes interrogées par Le Devoir ont fait le même constat.

«Les libéraux n'auront pas le choix de lire ce résultat et d'y lire un message afin de se positionner pour la prochaine fois», a dit Mme Scherrer. Mme Scherrer, qui est basée à Québec, est aux premières loges de la percée conservatrice de 2006 et de la montée adéquiste de cette année.

«Il y a une génération qui a l'impression de ne pas avoir sa place, d'avoir été sacrifiée», a-t-elle dit en rappelant que la région de Québec, qui a appuyé le PC et l'ADQ, s'abreuve aussi aux paroles d'animateurs radiophoniques comme Jeff Fillion. «Ce sont des gens qui ont l'impression de payer pour tout le monde et de ne rien obtenir en retour.» «Essayons d'écouter ce qui se passe, a-t-elle conclu. Quand vous sortez des sentiers battus, les gens aiment cela.»

Une autre personne interrogée pousse cette analyse beaucoup plus loin. Le vote adéquiste traduit un «cri d'alarme de la classe moyenne». «Au Québec, les partis politiques traditionnels se battent pour protéger des vaches sacrées sans vouloir reconnaître qu'elles sont peut-être déconnectées de la réalité.» Cet ancien élu croit que les gens sont «écoeurés», et ce, de bien des choses: du système de santé que les politiciens se refusent de réformer en profondeur, du réseau scolaire public «pourri» que la classe politique défend officiellement mais boude en pratique en envoyant ses enfants dans le secteur privé ou encore du niveau de taxation élevé.

«Nous sommes tous une gang d'hypocrites!», a lancé cette personne qui, du même souffle, s'est dite désolée du fait que le Parti libéral du Canada jouera le même jeu. «Je sais bien que nous autres, au Parti libéral, on fera la même chose. On va s'accrocher aux cinq principes de la loi canadienne sur la santé, on va se coucher au milieu de la rue pour ça, mais au fond, c'est peut-être le temps non pas de chambarder mais d'ouvrir une discussion. Peut-être qu'on va être très surpris de ce que les gens vont nous dire.» «Le vote pour l'ADQ, c'est le vote contre l'inertie», a conclu cette source libérale, qui a refusé d'être identifiée.

D'autres sont quand même moins pessimistes et interprètent plutôt le vote adéquiste comme un vote de protestation. «Je n'y vois pas un appétit pour la droite» mais pour la famille, a expliqué un ancien proche collaborateur de Jean Chrétien encore actif. Or, selon lui, le PLC en a fait beaucoup pour la famille avec la Prestation fiscale pour enfant. Cette personne voit même un message pour Stephen Harper: les élections qu'on croit gagnées d'avance, «ça peut réserver des surprises».

Hélène Scherrer tire une autre conclusion des élections québécoises: l'inefficacité des campagnes de peur. «On a essayé de [...] faire peur [aux électeurs] avec la séparation, avec des référendums. On a essayé de leur faire peur en disant qu'un vote pour l'un, c'est un vote pour l'autre. Ça ne fonctionne plus. Les gens n'ont plus peur de cela. On a essayé de leur dire qu'un gouvernement de droite serait épouvantable pour le Québec. Ça ne s'est pas avéré. Les gens ont confiance dans le processus démocratique. Ce principe-là, les gens en ont ras le bol. Ils en ont surtout ras le bol d'être tenus pour acquis.»

Le PLC a souvent eu recours à ce genre de campagne. En 2006, le parti avait lancé une vaste campagne de publicité télévisuelle sur fond de bruit de bottes accusant les conservateurs de vouloir déployer l'armée dans les villes canadiennes.

Le nouveau chef libéral Stéphane Dion, qui a longtemps personnifié ce défenseur du fédéralisme canadien au Québec, pourra-t-il incarner ce renouveau que plusieurs appellent de leurs voeux? Toutes les personnes interrogées, même celles qui n'avaient pas appuyé la candidature de l'ex-ministre des Affaires intergouvernementales, croient en leur homme.

L'ex-député Eleni Bakopanos, qui oeuvre à titre de conseillère auprès du caucus, lit le résultat de lundi comme la preuve que les électeurs récompensent les politiciens qui s'en tiennent à leur message plutôt que d'attaquer les autres. Or, a-t-elle dit, c'est exactement ce que fait Stéphane Dion. «Il est bon pour cela, coller au message.» «Dumont a fait une campagne d'idées, le peuple a un appétit pour de nouvelles idées et c'est ce que Stéphane Dion va offrir», a dit celle qui se représentera aux prochaines élections.

L'ancien collaborateur de M. Chrétien, lui, lance un appel au calme. «Le caucus est plein de petites bêtes nerveuses, ce qui est normal, mais plus M. Dion va avoir de temps, mieux ce sera. Rappelons-nous que Chrétien, ça lui avait pris huit gros mois pour bien s'ancrer. Et ces huit mois avaient été pénibles.»

Un autre estime à un an le temps dont M. Dion pourrait avoir besoin. «J'avoue que si j'étais Stephen Harper, je déclencherais [des élections] tout de suite. Je viserais la carotide. Chrétien le ferait.»


Vos réactions


Ce forum ne manque pas de piquant... - par Max Roujeon (maxroujeon@videotron.ca)
Le jeudi 29 mars 2007 14:00

Excellent constat, Monsieur Castonguay - par Mario Bruyère
Le jeudi 29 mars 2007 12:00

Les fruits de la confrontation - par Jacques Gagnon
Le jeudi 29 mars 2007 09:00

La fin du régime de peurs - par Pierre Castonguay (p.castonguay@videotron.ca)
Le jeudi 29 mars 2007 07:00

Encore Jeff Fillion! - par jacques noel
Le jeudi 29 mars 2007 07:00

La politique du fédéralisme de soupoudrage et l'héritage Trudeau - par Marc A. Vallée
Le jeudi 29 mars 2007 06:00

Erreur factuelle dans cet article - par Yves Nadeau
Le jeudi 29 mars 2007 02:00

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