Immobilier américain: la Fed n'y voit plus clair

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François Desjardins
Édition du jeudi 29 mars 2007

Mots clés : prêts hypothécaires, immobilier, Réserve fédérale américaine, Économie, États-Unis (pays)

L'institution estime toutefois que la crise dans les prêts hypothécaires risqués n'a pas contaminé l'économie

Une affiche indique «vendu» devant cette maison de Portland, en Oregon. La Fed a avoué hier que les perspectives à court terme du marché immobilier demeurent incertaines.

Photo: Agence Reuters

Attentive comme jamais à la déconfiture du secteur immobilier, la Réserve fédérale américaine déplore que sa boule de cristal soit embrouillée à court terme mais estime que la crise dans les prêts hypothécaires risqués n'a pas encore contaminé le reste de l'économie.

S'adressant hier au comité économique du Congrès, le président de la Fed, Ben Bernanke, a affirmé que les perspectives étaient «plus incertaines» qu'avant mais que l'économie devrait tout de même observer une baisse graduelle de l'inflation au fil du temps et enregistrer une croissance soutenue.

«Les perspectives du marché immobilier à court terme demeurent incertaines», a dit M. Bernanke en évoquant le ralentissement de la vente et la construction de maisons. «Le marché des prêts risqués [surnommé marché subprime] entraîne des questions additionnelles. Les taux de délinquance sur les prêts à taux variables, qui représentent un peu moins de 10 % de tous les prêts, ont grimpé en flèche au cours des derniers mois.»

Les places boursières américaines, qui réagissent souvent aux moindres propos de la Fed, ont terminé la journée en baisse de près de 1 %. Le Dow Jones a laissé filer 96 points, à 12 200, le Nasdaq a reculé de 20 points, à 2417, et le S&P 500 a baissé de 12 points, à 1417.

Parmi les grands perdants: Beazer Homes. Le sixième constructeur de maisons aux États-Unis fait l'objet d'une enquête du FBI pour fraude hypothécaire, a indiqué le corps policier en fin de journée mardi. À la Bourse de New York hier, l'action a dégringolé de 8 % à 28,77 $.

Selon l'agence Bloomberg, la compagnie fait l'objet d'une demande de recours collectif de la part d'un couple de la Caroline du Nord selon lequel Beazer incitait des gens à faible revenu à fournir de fausses informations sur leurs demandes pour que le prêt soit autorisé. Il est généralement convenu que les constructeurs éprouvent ces jours-ci d'énormes difficultés à écouler les maisons invendues.

Les ménages à faible revenu se trouvent malheureusement au coeur de la crise qui frappe le secteur immobilier et les prêts subprime. Ce sont ceux offerts, avec des critères moins rigides, à des acheteurs dont le dossier de crédit est plutôt mauvais ou aux propriétaires lourdement endettés qui doivent refinancer leur hypothèque. Les taux d'intérêt leur étant demandés sont souvent très élevés et les paiements exigés sont parfois conçus de sorte qu'ils augmentent d'un mois à l'autre, ce qui met les emprunteurs au pied du mur.

Impact maîtrisé

Si ces problèmes sont très concrets pour ceux qui les vivent, l'impact pour l'ensemble du marché résidentiel est «moins clair», a dit M. Bernanke. «À ce stade-ci, toutefois, il semble que l'impact sur l'économie et les marchés financiers soit maîtrisé. De façon spécifique, les prêts ordinaires continuent de faire bonne figure, avec des taux de délinquance faibles.»

Devant un autre comité, celui des dépenses gouvernementales à la Chambre des représentants, le secrétaire du Trésor américain, Henry Paulson, a lui aussi affirmé hier que les difficultés du secteur immobilier ne semblaient pas s'infiltrer ailleurs dans l'économie.

Le resserrement des critères de prêts continuera de réduire la demande parmi les acheteurs de maison, a dit M. Bernanke en rappelant que la saisie de maisons par les banques allait ajouter au nombre de propriétés sur le marché. Lundi, les données ont montré que les ventes de maisons neuves ont diminué de 3,9 % le mois dernier, la croissance la plus faible depuis sept ans.

Parmi les risques pour l'économie, a dit M. Bernanke, figurent la possibilité d'une contraction plus sévère du marché immobilier mais aussi celle provenant de la faiblesse de l'investissement des entreprises. «Nous sommes un peu nerveux de ce qui se passe», a dit à l'agence Bloomberg un gestionnaire de fonds new-yorkais chez J&W Seligman. «Si vous faites la liste des choses positives et négatives pour l'économie, la liste des choses négatives commence à être longue.»

L'économie américaine a crû de 2,2 % au quatrième trimestre de 2006, comparativement à 2 % au troisième et à 2,6 % au deuxième.

La journée d'hier a aussi été marquée par une annonce d'une des grandes firmes de prêts subprime en difficulté, New Century. Celle-ci a déclaré qu'elle rompait ses liens avec la Federal Home Loan Mortgage Corporation, une société appuyée par Washington autorisée à faire des prêts et des garanties de prêts. En un an, son action est passée d'environ 50 $ à 1,11 $.


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