Le Bloc perd un pilier
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Michel Gauthier démissionne à cause d'ennuis de santé

Photo: Agence Reuters
«J'ai encore le goût de continuer, a expliqué M. Gauthier. Ce sont les restrictions de santé qui m'obligent à cesser.»
Cette démission survient quelques jours après un autre moment difficile à avaler pour tout le mouvement souverainiste, à la suite du revers cuisant du Parti québécois lors des élections provinciales.
En point de presse, le bloquiste a insisté pour dire que sa décision n'avait rien à voir avec les résultats électoraux de lundi soir dernier.
«Si j'annonce ça maintenant, deux jours après la campagne électorale au Québec, n'y voyez aucun lien. Ma décision était prise il y a un certain temps», a fait valoir le député bloquiste, qui entend occuper son poste de député jusqu'en juin, à moins d'élections hâtives.
Au sein du Bloc, M. Gauthier occupe un rôle très important et ses collègues ont été les premiers à le souligner.
«C'est une perte pour nous, c'est le meilleur député en Chambre, un leader excessivement solide, un pédagogue extraordinaire», a résumé le chef du Bloc, Gilles Duceppe, visiblement attristé du départ de celui qui est, en quelque sorte, son bras droit.
Les choses auraient pu se passer tout autrement. En 1996, après le départ de Lucien Bouchard à la tête du Bloc, Michel Gauthier a été élu chef de la formation politique. Son leadership a rapidement été remis en question, le forçant à démissionner. Il restera en poste jusqu'en mars 1997, le temps que les militants bloquistes lui choisissent un successeur, en la personne de Gilles Duceppe.
«Il a su redevenir un numéro deux extrêmement important», a noté Louis Plamondon, un bloquiste de la première heure et président du caucus.
À titre de leader parlementaire, M. Gauthier connaît la procédure parlementaire sur le bout de ses doigts et a mis à profit plus d'une fois ses connaissances pour alimenter les stratégies de la formation aux Communes.
«C'est un gars qui fait appel au gros bon sens. Il a un flair politique extraordinaire. Alors souvent, quand il y a des débats un peu plus difficiles à conclure, c'est lui qui intervenait à partir de sa perception du terrain, de son flair. C'est lui qui venait proposer une voix de consensus qui faisait l'unanimité au sein du caucus», résume le député Pierre Paquette, ajoutant que M. Gauthier était aussi «le grand manitou de la période de questions».
M. Gauthier a aussi agi à titre d'organisateur électoral lors des dernières élections fédérales, et il voyait à la préparation du parti en vue du prochain affrontement. Il met aussi un terme à cet engagement, obligeant M. Duceppe à trouver un remplaçant.
«C'est un dur coup, a souligné pour sa part le député Réal Ménard. C'est un homme exceptionnel par ses capacités oratoires, sa passion. C'est un fougueux, un sanguin, il a donné le meilleur de lui-même.»
Excellent tribun, maîtrisant l'art de la formule efficace comme pas un, M. Gauthier a d'ailleurs la réputation de faire peur à ses adversaires politiques lorsqu'il se lève en Chambre.
«Ç'a été pour nous un adversaire coriace», a reconnu l'ex-ministre libéral Denis Coderre, ajoutant: «On a eu lui et moi bien des joutes parlementaires assez musclées.»
Le ministre du Travail et responsable de l'agence de développement économique, Jean-Pierre Blackburn, a aussi tenu à rendre hommage à ce «bon député, excellent tribun, même un tribun redoutable, je dirais».
Âgé de 57 ans, M. Gauthier a commencé sa carrière politique à l'Assemblée nationale, à Québec, où il a siégé de 1981 à 1988, avant de faire le saut à Ottawa. Hier, il a dit vouloir réorienter sa carrière vers les communications, un domaine qui le fascine, a-t-il reconnu.

