La Bourse de Montréal entre en Bourse
Mots clés : Luc Bertrand, Bourse de Toronto, Bourse de Montréal, Investissement, Montréal

Photo: Jacques Nadeau
«Je pense qu'il s'agit d'une sorte d'apothéose pour nous. Depuis sept ans, les employés travaillent très fort et la journée représente un moment de grande importance», a dit le président de la BdeM, Luc Bertrand, lors d'une brève rencontre avec la presse en fin de journée. «Il est gratifiant de voir la valeur que le marché a collée à nos actions, mais notre travail, c'est de continuer à nous concentrer sur ce que nous faisons depuis sept ans.»
Réorganisation
La période à laquelle M. Bertrand fait référence renvoie à la grande réorganisation des Bourses canadiennes, qui a vu Toronto prendre la responsabilité des actions des grandes compagnies, alors que la BdeM s'est concentrée sur les produits dérivés. Il s'agit des contrats à terme et des options sur actions, des instruments financiers complexes, mais de plus en plus populaires, qui permettent de gérer le risque dans un portefeuille de placements. Pour preuve, les revenus de la BdeM ont crû d'environ 25 % par année depuis 2002.
Auparavant, les actions de la BdeM se négociaient directement entre actionnaires sur ce qu'on surnomme le marché gris. Bon nombre d'observateurs avaient donc les yeux rivés sur les écrans hier matin pour voir si l'inscription des actions allait susciter de l'intérêt dans le grand public investisseur, et donc terminer la journée en hausse.
Premier constat: le prix de 46,15 $ est supérieur au montant de 29,33 $ qu'a récemment déboursé la bourse de produits dérivés Nymex pour une participation de 10 % dans la BdeM. Pour justifier cette aubaine, M. Bertrand a affirmé hier qu'il y avait eu un contexte et que les «choses changent très vite».
La firme Dundee Securities, pour ne nommer qu'elle, avait écrit vendredi qu'elle voyait l'action s'établir entre 50 et 55 $ la première journée. À court terme, avait-elle ajouté, l'action pourrait même grimper vers 60 $, sa «juste valeur».
D'autres bourses de produits dérivés sont également inscrites en Bourse, et leur cours se trouve, dans certains cas, à des niveaux élevés par rapport aux bénéfices générés. Prié par un journaliste de dire si le secteur au grand complet n'était pas en proie à une sorte de «bulle spéculative» qui présentait des risques, M. Bertrand s'est fait prudent. «Nous avons un bilan conservateur. Nous avons une des plateformes électroniques les plus performantes. Il y a encore beaucoup de croissance à venir. Maintenant, quel devrait être le ratio cours-bénéfice de tout ça, c'est au marché de décider.»
Le ratio cours-bénéfice -- qu'on obtient en divisant le cours de l'action par le profit par action -- est une façon d'évaluer si une action est trop chère par rapport au profit que génère la compagnie. Il est fréquent d'observer des ratios de 10 à 20. Or la bourse Nymex, par exemple, s'est située en moyenne à 64 pour l'année 2006. La Bourse de Toronto est à 25. Hier, celle de la BdeM tournait autour de 37, selon les calculs de Dundee cités par l'agence Reuters.
M. Bertrand est revenu hier sur le dossier de la Bourse de Toronto, qui souhaite se lancer sur le marché des produits dérivés dès 2009, lorsque prendra fin le pacte de non-agression entre les deux parquets. Selon lui, le secteur des produits dérivés est ainsi fait qu'il est presque impossible d'arriver sur le marché et de faire concurrence à une Bourse installée depuis longtemps, étayant son argumentaire par deux exemples en Australie et aux États-Unis.
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