Un scrutin qui donne des maux de tête même aux mathématiciens

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Antoine Robitaille
Édition du lundi 26 mars 2007

Mots clés : DemocraticSpace, modèles mathématiques, Sondage, Élection, Québec (province)

Les modèles mathématiques ne s'entendent pas sur l'issue du scrutin de ce soir. Après une dizaine de «projections», le chercheur Greg Morrow, auteur du site Internet DemocraticSpace, a révélé sa «prédiction», hier: selon lui, les libéraux formeront un gouvernement minoritaire avec 55 sièges (35,7 %), les péquistes en obtiendront 47 (avec 29,9 %) et l'Action démocratique, 23 (25,9 % d'appui). L'autre site Internet proposant un modèle mathématique (moins raffiné que celui de Morrow), «Election Predictor», de HKDP, entrevoit -- tant à partir du dernier CROP que du dernier Léger -- une égalité de sièges pour les deux principaux partis: 50 libéraux, 50 péquistes et 25 adéquistes.

Il est très probable, presque certain, que le Québec se donnera aujourd'hui pour une première fois depuis 1878 un gouvernement minoritaire. Il est possible du reste qu'on ne sache pas dès ce soir qui sera le premier ministre des Québécois pour les prochaines années. Un résultat aussi serré conduira sans doute à plusieurs seconds dépouillements et, dans l'attente des résultats définitifs, Jean Charest, qui est encore techniquement premier ministre, continuera à gouverner, et ce, même s'il n'a pas de victoire assurée.

Certains, dont le constitutionnaliste Henri Brun, de l'Université Laval, qui a déjà conseillé le Parti québécois, ont même souligné la possibilité que, même si les libéraux de Jean Charest arrivaient en deuxième place ce soir, ils pourraient réclamer au lieutenant-gouverneur Lise Thibault de continuer à gouverner. Le politologue Vincent Lemieux croit aussi que c'est une possibilité.

«Jean Charest pourrait choisir de prendre l'initiative», dit-il. Certes, si le PQ a beaucoup plus de sièges que le PLQ, «il ne s'accrochera pas ainsi». Mais si la différence de sièges est très ténue, il pourrait faire valoir au lieutenant-gouverneur que ses affinités idéologiques avec l'ADQ et la continuité du pouvoir lui permettraient de former un gouvernement plus solide. Le chroniqueur John Ibbitson, du Globe and Mail, parlait même cette semaine d'un «devoir» pour M. Charest d'essayer d'y arriver, et ce, même s'il arrive second en nombre de siège. «Il y a de bonnes chances que M. Charest reste au pouvoir, même s'il n'arrive pas premier», écrivait Ibbitson.

L'entourage de Jean Charest a refusé de commenter ce scénario hier, mais ne l'a pas écarté non plus. «Le problème ne se posera pas puisque le Parti libéral aura une majorité de sièges», s'est borné à dire Hugo D'amours, hier. Au PQ, le scénario a paru tout simplement farfelu. «On n'est plus au XIXe siècle! Ce serait un coup d'État ou quoi?», s'est écriée une conseillère d'André Boisclair, hier, qui a confié avoir lu «ici et là» des articles sur le sujet. Questionné à ce sujet, le candidat péquiste dans Marie-Victorin, Bernard Drainville, s'est montré très affirmatif: «La règle, dans notre système, c'est que c'est le parti qui a le plus de sièges qui forme le gouvernement, point à la ligne.»

Mais faire un tel geste pourrait coûter cher à Jean Charest, souligne le politologue Réjean Pelletier, de l'Université Laval, spécialiste du parlementarisme. Tout devient politique à un moment donné en régime britannique, a-t-il fait remarquer, et les conventions prennent rapidement le dessus. Chose certaine, une telle initiative pourrait lui nuire et en plus, «il risquerait d'être battu dès le premier vote de confiance en chambre», ajoute M. Pelletier.

Si les deux partis principaux obtenaient une égalité de sièges, comme le prévoit le modèle mathématique HKDP, tout serait plus simple. Jean Charest arguerait sans doute «la continuité» et, probablement, la pluralité des voix. M. Charest parle d'ailleurs souvent du fait qu'en 1998, il a obtenu la pluralité des voix, bien que Lucien Bouchard ait emporté la majorité des sièges. Le PQ rétorquerait sans doute alors, souligne M. Pelletier, que le gouvernement a été désavoué lors qu'il a été mis en minorité de sièges lors de l'élection.

Parti québécois

Par ailleurs, si la composition du gouvernement minoritaire reste matière à conjecture, à terme, néanmoins, «il y aura [finalement] un parti de trop», croit Alain G. Gagnon, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes à l'UQAM. Lequel? Le PLQ? Le PQ? «On n'est pas certain, il y a un doute important», a-t-il lors d'un entretien avec la Presse canadienne, hier.

Si ces prédictions de DemocraticSpace s'avèrent et que le PQ recueille 29,9 %, ce sera son pire score depuis 1970. À cette époque, le PQ avait fait élire sept députés en recueillant 23,06 %. À l'élection de 1973, le PQ avait obtenu un député de moins, mais en augmentant son appui à 30,22 %. Dans l'organisation du PQ, hier, on soutenait que les époques ne sont pas comparables: «Tout est segmenté aujourd'hui: les habitudes d'écoute à la télé, les goûts, etc.» D'autres au PQ soulignent qu'il y a aujourd'hui --contrairement à l'époque -- des souverainistes dans les autres partis.

Au reste, selon M. Gagnon, la volatilité actuelle de l'électorat a des causes bien précises. Au Québec, les électeurs se mobilisent habituellement autour d'enjeux particuliers, comme la dynamique fédéral-provincial. Cependant, dans cette campagne, les Québécois ont moins de raisons de se plaindre d'Ottawa, qui a accédé à certaines doléances provinciales, telles que la reconnaissance de la nation québécoise et une place à l'UNESCO.

«Le Parti québécois a beaucoup de difficulté à présenter le gouvernement canadien soit en usurpateur, soit comme le grand frère qui veut imposer ses diktats.» Par ailleurs, le PLQ «a perdu une base de sa clientèle naturelle» et a du mal à percer chez les francophones depuis la fin de l'ère Bourassa. Il risque de devenir le parti des non-francophones. «C'est un peu bizarre, on aurait cru qu'il aurait pu profiter de ces avancées [avec le fédéral], a commenté M. Gagnon. Les Québécois n'ont pas vraiment confiance en M. Charest et en son équipe» en raison des revirements de la position gouvernementale devant la grogne populaire au cours du dernier mandat. Enfin, l'ADQ constitue la «voie du centre, ni à droite ni à gauche», un parti doté d'un programme «parfois simple, parfois simpliste», avec des «valeurs sûres», a détaillé l'universitaire de l'UQAM. Mario Dumont, «c'est un Pierre Marc Johnson, 20 ans après son arrivée sur la scène politique», a soutenu M. Gagnon, en référence au bref mandat du chef péquiste qui prônait l'«affirmation nationale», en 1985. C'est un «affirmationniste, pas un indépendantiste». Le leader adéquiste réussirait ainsi à rallier les franges affirmationnistes que l'on peut discerner autant au PQ qu'au PLQ, mais il est trop tôt pour présumer qu'elles resteront fidèles, au dire de l'universitaire.

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Avec la presse canadienne


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