Québec a boudé un projet d'éoliennes de 4,5 milliards
Mots clés : Siemens, projet d'éoliennes, Énergie, Autochtone, Québec (province)
La multinationale Siemens a finalement installé sa base industrielle nord-américaine en Iowa

Photo: Agence Reuters
Québec a finalement refusé d'aller de l'avant avec ce projet même si la multinationale offrait en retour de faire du Québec son centre de production éolienne pour l'ensemble du marché nord-américain, lequel devrait tripler de volume d'ici 2020.
Mathieu Saint-Amant, attaché de presse du ministre Corbeil, a déclaré au Devoir que le gouvernement et Hydro-Québec avaient préféré aller de l'avant avec un processus d'appel d'offres pour 2000 MW plutôt que de négocier l'exclusivité de la fourniture d'équipement en échange de l'implantation de cette multinationale au Québec. L'appel d'offres d'Hydro-Québec en éolien a été officiellement lancé le 29 juin suivant. Siemens n'y participera pas, selon nos sources. En août dernier, la multinationale annonçait la construction de sa base industrielle nord-américaine en éolien en Iowa, à proximité d'un des meilleurs gisements éoliens après ceux du Québec. Le 10 janvier dernier, Siemens Wind Power révélait que son carnet de commandes en Iowa atteignait déjà 1400 MW pour une valeur de 1,7 milliard $US, ce qui se serait ajouté aux 400 à 500 machines prévues chaque année pour le projet nordique québécois.
Ce projet, qui misait sur la mise au point d'une éolienne capable de démarrer après des dizaines d'heures d'arrêt à des froids pouvant atteindre les -50 °C, aurait été totalement équipé de ce nouveau modèle «arctique». Siemens était prête à verser des royautés à Hydro-Québec pour la vente de ce modèle ailleurs dans le monde. Mais surtout, la multinationale offrait à Québec de diminuer le coût de revient de l'électricité éolienne à 6 ¢ le kilowattheure, ce qui est inférieur au coût de 6,5 ¢ le kWh obtenu lors du premier appel d'offres de 1000 MW éoliens, en 2002.
Pour Siemens, s'installer au Saguenay-Lac-Saint-Jean offrait deux avantages. D'abord, la proximité des plus grands gisements éoliens de l'Amérique du Nord lui aurait fourni une base d'affaires à long terme. Ensuite, le transport des machines géantes aurait pu se faire par navires ou par barges à partir du fjord du Saguenay vers d'autres pays ou via l'autoroute bleue qui relie le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs au golfe du Mexique en passant par le Mississippi. L'usine intégrée saguenéenne, qui aurait produit sur place nacelles, tours et pales, serait donc devenue la vitrine technologique nord-américaine de Siemens et sa base en Amérique. La multinationale allemande prévoyait même de faire affaire avec d'autres entreprises québécoises de composantes d'éoliennes en raison des hauts niveaux de production envisagés, qu'elle situait entre 600 et 800 MW par année à sa nouvelle usine.
Ce projet, selon Siemens, aurait «confirmé la place du Québec comme leader nord-américain dans la production d'énergie verte», aurait généré des investissements de 4,5 milliards de dollars, aurait assuré pendant sept ans un minimum de 600 emplois directs en région ainsi que 2000 emplois permanents dans des secteurs connexes et aurait placé le Québec en tête de la production éolienne en Amérique du Nord..
Un premier parc, d'une puissance installée de 1200 MW, aurait été construit à la Manicouagan. Deux projets auraient suivi dans la région du réservoir LG-4 à la Baie-James, soit un premier de 1000 MW et un second de 800 MW. Les vents de ces deux régions atteignent les dix mètres à la seconde, ce qui aurait permis d'escompter un taux d'utilisation minimal de 35 %, soit parmi les plus élevés au monde. En raison du couplage de l'éolien avec les réservoirs d'Hydro-Québec, gérés comme une seule et même réserve d'eau, la multinationale allemande estimait que le potentiel éolien du Québec pouvait être haussé à des niveaux très élevés.
Trois erreurs
Fernand Saulnier, un spécialiste en éolien d'Hydro-Québec aujourd'hui à la retraite, estime que Québec a fait trois erreurs dans ce dossier.
Première erreur: une proposition de 3000 MW avec un taux de production de 400 à 500 MW en usine lui apparaît comme un seuil aujourd'hui minimal pour inciter un turbinier d'envergure à installer une usine intégrée plutôt qu'une simple usine d'assemblage qu'on ferme à la fin des livraisons. Or non seulement Québec a réduit à 2000 MW son appel d'offres en cours, il le fractionne aussi par diverses règles -- deuxième erreur --, de sorte qu'un seul turbinier ne peut pas ramasser la totalité des commandes et trouver motif à s'installer ici.
Dernière erreur, selon M. Saulnier, la «politique énergétique du Québec envoie aux grands turbiniers un très mauvais message parce qu'elle limite à 10 % la part de l'éolien. Cette limite sera atteinte avec l'appel d'offres en cours. La politique lance comme message qu'après 2011-12, on ferme le dossier même si on a plus de 100 000 MW de potentiel éolien au Québec. Il n'y a pas de vision à long terme».
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