Nouvelles inquiétudes au sujet de l'immobilier américain
Mots clés : maisons, immobilier, Économie, Habitation, États-Unis (pays)
Pendant que les statistiques américaines montraient hier une reprise des ventes de maisons en février, le Fonds monétaire international a remis les pendules à l'heure en affirmant que les difficultés hypothécaires pourraient entraîner des problèmes pour d'autres secteurs. De l'autre côté de l'Atlantique, la Grande-Bretagne a vu sa première victime du crédit immobilier.
La journée a commencé par les statistiques de l'association américaine des agents immobiliers. Le mois de février, a-t-elle indiqué, s'est soldée par une hausse de 3,9 % du nombre de transactions, notamment en raison de l'activité dans le Nord-Est américain. Or, pour expliquer ce gain, le plus gros en deux ans, certains analystes ont pointé l'hiver chaud: les gens ont profité du temps clément en décembre et janvier pour magasiner une maison et ont peut-être conclu l'achat en février.
«Les ventes devraient reculer de nouveau au cours des prochains mois, en raison des températures plus saisonnières et du resserrement des critères de prêts chez plusieurs établissements financiers», a écrit la Financière Banque Nationale. Cela augure mal pour les vendeurs de maisons, a-t-elle ajouté, d'autant plus que bon nombre de maisons reprises par les prêteurs se retrouveront elles aussi sur le marché sous peu. «Cette situation milite en faveur d'une continuation du recul des prix.»
La Fed concède
Les prêts risqués, que certains analystes estiment abusifs et difficiles à comprendre, sont destinés aux acheteurs dont le dossier de crédit est mauvais ou aux propriétaires lourdement endettés qui souhaitent un refinancement. Selon les données de la Mortage Bankers Association au dernier trimestre, 13 % d'entre eux ont été touchés par des retards de paiement, soit le taux de délinquance le plus haut depuis 2002. Si l'on tient compte de l'ensemble des hypothèques en circulation aux États-Unis, les prêts risqués en représentent presque 14 %.
La Réserve fédérale américaine, qui demande aux prêteurs depuis l'an dernier de resserrer leurs critères de prêts, a concédé jeudi qu'elle a laissé filer le train. «Compte tenu de ce qu'on sait maintenant, oui, on aurait pu en faire plus, et ce, plus tôt», a dit le directeur de la supervision bancaire et de la réglementation à la Fed, Roger Cole. Il a fait cet aveu au comité sénatorial sur les questions bancaires, devant qui les autorités réglementaires étaient convoquées pour la première fois.
Hier, c'est le Fonds monétaire international qui s'est mêlé de la partie. S'adressant à des étudiants de l'Université de Pennsylvanie, le directeur général Rodrigo Rato a évoqué un risque de contagion. «Certains développements sur les marchés financiers pourraient avoir des implications pour l'économie mondiale. L'un d'eux, c'est le problème que vit le marché des prêts "subprime" aux États-Unis et les risques qu'il représente pour d'autres marchés ou d'autres secteurs de l'économie américaine.»
Selon le Mouvement Desjardins, ce risque de contagion est d'autant plus inquiétant que le marché immobilier n'est pas dans sa meilleure forme. «Si la tendance se maintient, les risques pourraient prendre le dessus et amener une instabilité importante de la situation du crédit aux États-Unis, fragilisant ainsi davantage le marché immobilier mais aussi les ménages et les marchés financiers», a-t-il écrit hier.
Le secteur du crédit immobilier à risque ne se limite plus qu'aux États-Unis. Il a fait une première victime britannique hier, le groupe Kensington, qui compte plus de 150 000 ménages à faibles revenus dans sa clientèle. L'action a perdu jusqu'à 23 % après que l'entreprise eut annoncé la démission de son directeur général, tout en prévenant que son activité serait moins fructueuse que prévu dans les années à venir.
Kensington, fondé en 1995, est un des spécialistes du crédit immobilier à risque au Royaume-Uni.
Le Devoir
Avec l'Agence-France Presse
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