Ces chemins qui mènent à la mort des zecs
Mots clés : Gouvernement, zecs, entretien, Québec (province)
Il y a deux semaines, nous évoquions dans cette chronique la question des chemins forestiers, dont une grande partie des frais d'entretien échoit aujourd'hui aux 250 000 personnes qui, chaque année, fréquentent les zecs, ces territoires fauniques gérés par des bénévoles en guise de relève des anciens clubs privés. L'immobilisme du gouvernement dans ce dossier nous incitait à accorder une note très basse au gouvernement Charest à ce chapitre.
Les deux auteurs ont calculé que pour la seule région des Laurentides, l'entretien des chemins imposerait un minimum de 1,5 million de dollars par an «pour maintenir en état» des chemins forestiers déjà périclitants. Ils ont basé ce budget sur l'inventaire de 3000 ponceaux répartis sur 900 kilomètres de chemins principaux des zecs de cette région. Leurs chiffres, disent-ils, se comparent avec ce qu'ils ont appris à partir d'un bilan préliminaire en voie de réalisation en Mauricie. En clair, il en coûte, disent les deux auteurs, environ 1000 $ par kilomètre chaque année pour donner un accès physique aux lacs et aux forêts des zecs, une «facture de chemins» devant laquelle le gouvernement et l'industrie forestière se défilent.
Or, expliquent les auteurs de ce bilan, les revenus autonomes que les zecs tirent des cotisations de leurs membres et des frais de séjour des visiteurs s'élèvent à 1,2 million pour la même région. En clair, si le budget total des zecs des Hautes-Laurentides était entièrement consacré à l'entretien des chemins de gravelle, il manquerait encore 300 000 $. Et, encore plus grave, cet argent ne pourrait pas être consacré à la mission première et fondamentale des zecs, c'est-à-dire aménager les territoires fauniques et en assurer la surveillance et la gestion pour faire en sorte que, s'il y a des visiteurs malgré l'état des chemins, ces derniers trouveront sur place des ressources fauniques en santé.
Comme les zecs consacrent naturellement les budgets disponibles aux urgences, bon nombre de chemins et de ponceaux n'ont pas été entretenus comme il aurait fallu le faire, ce qui a provoqué une détérioration progressive de l'ensemble du réseau, «ce qui pourrait bien provoquer une crise régionale et sociale importante à long terme», écrivent les auteurs de cette analyse, car les membres et les visiteurs des zecs accusent de plus en plus les gestionnaires bénévoles de mal faire leur travail.
En réalité, expliquent-ils, «le responsable est sans l'ombre d'un doute l'absence de vision à long terme du gestionnaire des ressources naturelles et du territoire, propriétaire de ces chemins [c'est-à-dire le gouvernement québécois]. Il refuse jusqu'ici d'avouer son échec en matière de développement durable sous le couvert du développement économique durable à court terme. [...] Il est urgent que le gouvernement propose une politique de voirie forestière et fixe les balises de sa responsabilité et des coûts de l'entretien aux nouvelles structures régionales du Québec».
Certes, ajoutent MM. Hatin et Bélanger, les zecs peuvent toujours augmenter les cotisations et les frais de séjour imposés aux visiteurs. Mais il y a là une limite très dangereuse à manipuler, ce qui pourrait provoquer une baisse de l'achalandage, voire conduire plusieurs revanchards des vieux clubs à plaider pour une privatisation de ces territoires publics devant ce que, en bons démagogues, ils décriront comme étant l'échec des bénévoles.
Une menace
«Si les administrateurs des zecs, écrivent lucidement les deux auteurs, n'effectuent pas de fortes pressions auprès des instances gouvernementales, la formule des zecs, telle qu'on la connaît, pourrait bien être menacée à la fois par l'insatisfaction croissante des membres et des utilisateurs et par les conflits croissants entre les divers usages du territoire».
À l'époque des anciennes concessions forestières, affirment-ils, les grandes compagnies entretenaient mieux leurs chemins forestiers. Aujourd'hui, le régime des contrats d'aménagement et d'approvisionnement forestiers (CAAF) permet à plusieurs exploitants d'intervenir sur le même territoire. L'un récolte telle essence, l'autre réalise des travaux d'aménagement, etc. Il en résulte une sorte de dilution de la responsabilité de ces entreprises, qui se préoccupent principalement des boucles ou des petits chemins d'exploitation qu'ils aménagent au bout du réseau principal, là où leurs grosses machines vont intervenir. Mais Québec, propriétaire officiel des chemins principaux, n'entretient pas ces chemins et les exploitants forestiers n'y touchent que si leurs gros camions ont de la difficulté à passer. Le reste du temps, on laisse les chasseurs et les pêcheurs financer un réseau dont profitent abondamment les forestiers lorsqu'ils doivent sortir leur bois.
Mais pour aider son industrie forestière, qui fait face à des coûts croissants dans les territoires nordiques parce qu'elle a écrémé les parterres de coupe plus au sud, Québec a décidé d'aider financièrement les exploitants forestiers par des déductions fiscales, non pas pour les chemins principaux qu'ils utilisent toujours mais pour les boucles et les chemins d'exploitation, dont plusieurs devront par la suite être refermés en vertu des nouvelles dispositions de la loi 49. Cette aide directe à l'exploitation pourra d'ailleurs alimenter une prochaine crise américano-canadienne en forêt car elle constitue une subvention directe à l'exploitation. En Ontario, le gouvernement a été plus intelligent: il subventionne les chemins principaux plutôt que les chemins d'exploitation, car cette aide financière profite aux multiples usagers de la forêt et non aux seuls forestiers, ce qui la rend totalement compatible avec l'ALENA.
Québec a aussi officialisé par un nouvel article dans la loi la possibilité de procéder à l'entretien de chemins forestiers sans permis. Les zecs semblent ainsi obtenir plus de corde pour faire ce travail, mais en réalité, c'est un cadeau empoisonné. Dans certains cas, les travaux d'entretien, par exemple pour les ponceaux, devront être réalisés en conformité avec la réglementation. Et ce sera aussi le cas pour les travaux d'«amélioration» mais pas pour l'entretien. Or personne dans le milieu n'a encore défini exactement la différence entre les deux...
Les zecs n'ont pas un mandat de voirie forestière même si l'accès aux territoires fauniques fait partie de leur objectif premier. C'est à Québec, propriétaire en titre des chemins forestiers principaux, que doit revenir le budget d'entretien de ce réseau ou, minimalement, la création des règles qui départageront la facture de façon équitable. Il y a des limites à prendre les pêcheurs pour les poissons qu'ils convoitent! En réalité, cette absence de politique de soutien aux réseaux forestiers fait fuir les utilisateurs ordinaires par des prix croissants et des problèmes routiers de taille. Il y a des zecs que plusieurs ne fréquentent plus parce que la «planche à laver» et les trous sont tels qu'il en résulte souvent des bris mécaniques pour les voitures. Avec la politique gouvernementale actuelle, il faut presque s'équiper d'un 4X4 pour avoir un véritable accès à la faune des zecs et de plusieurs pourvoiries, ce qui contrevient à tous les objectifs officiels de Québec en matière de devoir de cohérence.
Lecture: Enfin, de bonnes nouvelles, par David Suzuki et Holly Dressel, Éditions Boréal, 556 pages. Ceux qui sont découragés par la détérioration de l'environnement apprécieront ce livre, qui montre comment des millions de gens modifient de plus en plus leurs habitudes de vie et se mobilisent activement dans la transformation des politiques publiques. On y apprend aussi comment des centaines de sociétés industrielles et commerciales changent leurs façons de faire, voire leurs produits, pour tenir compte un peu plus chaque jour des besoins de la planète. Un livre en forme de bouffée d'air frais dans un décor où dominent les couleurs sombres depuis trop d'années.
Vos réactions
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Le vendredi 23 mars 2007 08:00

