Opinion

Candidates dans des circonscriptions perdues d'avance?

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Manon Tremblay, École d'études politiques de l'Université d'Ottawa

Édition du jeudi 22 mars 2007

Mots clés : candidates, circonscriptions, Femme, Élection, Québec (province)

Chaque rendez-vous électoral est l'occasion de constater, comme si besoin était, que les femmes restent largement sous-représentées au sein des institutions politiques québécoises. Au moment de sa dissolution, en février 2007, l'Assemblée nationale comptait 39 femmes, soit 31 % de la députation. Quelque 110 femmes briguent les suffrages sous les bannières adéquiste, libérale et péquiste en 2007, soit le même nombre qu'en 2003. Toutefois, deux partis -- l'ADQ et le PQ -- présentent moins de candidatures féminines qu'en 2003, alors que le PLQ a augmenté le nombre de ses candidates d'environ 25 % (de 35 en 2003 à 44 en 2007).

Cette stagnation du nombre de candidates amène la question suivante: les partis exercent-ils de la discrimination envers les femmes? Les résultats de plusieurs recherches et beaucoup de témoignages de femmes politiques le laissent croire.

Les partis ont à leur disposition plusieurs moyens pour désavantager les femmes qui aspirent à se faire élire en politique, dont l'un consiste à les cantonner dans des circonscriptions dites perdues d'avance. Pourtant, un examen des affrontements entre candidatures libérales et péquistes survenus dans chacun des comtés entre 1976 et 2003 ne permet pas de soutenir que les femmes ont été candidates dans de telles circonscriptions.

Pour arriver à cette conclusion, j'ai examiné les résultats obtenus par les candidates et les candidats du PLQ et du PQ lors des sept élections générales entre 1976 et 2003. Au cours de cette période, il y a eu 317 candidatures portées par des femmes (une femme a pu être candidate à plusieurs reprises) et 1344 par des hommes. De manière générale, le taux de succès des femmes est de 45 %, et celui des hommes, de 51 %.

Le défi de la première candidature

Les taux de succès varient toutefois selon la nature de la candidature. Ainsi, 84 % des députées sortantes ont été réélues, contre 75 % des députés sortants;

59 % des candidates qui se sont présentées dans une circonscription libérée par le retrait de la vie politique d'un député de leur parti ont connu la victoire, contre 54 % des candidats dans la même situation. Par contre, seulement 17 % des candidates qui ont affronté le député sortant ont été élues, contre 27 % des candidats connaissant cette conjoncture.

Bref, il semble que les femmes qui cherchent à décrocher un premier mandat de représentation à l'Assemblée nationale en ayant le dessus sur le député sortant connaissent des conditions électorales moins heureuses que leurs compagnons dans la même situation et que les autres candidates.

La croissance de la féminisation de l'Assemblée nationale passe donc par le maintien des acquis, certes, mais aussi par la venue de nouvelles figures. Les femmes qui n'ont jamais été élues maximisent leurs chances de l'être en se présentant dans une circonscription libérée par le député sortant et dont elles héritent de l'étiquette partisane (ci-après appelées «candidatures héritières»).

Les candidates héritières

Pourtant, ces candidatures héritières ne présentent pas un potentiel égal de victoire; celui-ci est modulé par plusieurs facteurs, dont la marge de victoire au scrutin précédent. Par rapport à cet aspect, un sous-groupe de candidates héritières a effectivement été désavantagé au cours des sept élections étudiées: celles qui ont perdu l'élection se sont présentées dans des circonscriptions que leur parti avait remporté au scrutin précédent avec une marge de victoire moyenne de 7 % (contre 15 % pour les héritiers défaits).

Par contre, rien de tel du côté des candidatures héritières gagnantes: les femmes se sont présentées dans des circonscriptions que leur parti avait remportées au scrutin précédent par une marge moyenne de 22 % (contre 25 % pour les hommes). De toutes mes analyses, les candidatures héritières défaites forment le seul groupe pour lequel l'écart entre les sexes est significatif sur le plan statistique.

Que tirer de tout cela? Essentiellement, qu'il n'est pas possible de soutenir que les partis cantonnent les femmes dans des circonscriptions perdues d'avance. Certes, il y en a, comme il y a aussi des hommes dans de telles circonscriptions.

Par contre, compte tenu du fait que les candidatures héritières sont celles qui offrent les meilleures chances de remporter un premier mandat, et ce, sans oublier la sous-représentation fort regrettable des femmes à l'Assemblée nationale, les partis devraient réserver en priorité ces circonscriptions prometteuses aux femmes.

Aux élections de 2007, le PLQ et le PQ ont adopté des positions divergentes: des huit circonscriptions laissées vacantes par la retraite d'un député libéral, la moitié a été confiée à des femmes, alors qu'aucune candidate péquiste n'a hérité d'une des sept circonscriptions libérées par le départ d'un député de ce parti... La défaite de Pauline Marois à la course au leadership péquiste avait déjà laissé croire que le PQ est peut-être moins ouvert aux femmes qu'il le prétend. La forclusion de ses circonscriptions prometteuses aux candidates aspirant à un premier mandat tend maintenant à confirmer cela.


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