Technologies - Quand Google ne répond plus

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Bruno Guglielminetti
Édition du lundi 19 mars 2007

Mots clés : Microsoft, Google, Internet, Entreprise, Québec (province), États-Unis (pays)

Microsoft prend d'assaut la place dominante de Google dans le domaine de la recherche en ligne

Bill Gates, le fondateur de Microsoft

Photo: Agence France-Presse

Cette fin de semaine, une copine de Danielle lui a vanté les mérites d'une petite auberge perdue sur les flancs d'une montagne quelque part dans les Laurentides. En ce petit matin tranquille au bureau, elle décide de chercher sur le Web le site de l'aubergiste. En moins de deux, dans un réflexe naturel, elle pianote sur le clavier de l'ordinateur l'adresse du site Google. Bizarrement, le site ne répond pas. Elle essaie à nouveau, rien. Perplexe, elle tente d'accéder au site canadien de Google. Puis à celui de Google France. Rien encore. Elle interpelle le collègue du bureau voisin pour lui demander si Internet est en panne ce matin; on lui répond que non. Bizarre? Est-ce que Google pourrait être en panne? Elle a beau ressayer, rien à faire, Google ne répond plus.

Danielle, qui travaille dans une grande entreprise internationale, ne le sait pas, mais son employeur vient de couper l'accès au site Google sur le réseau de l'entreprise, car celui-ci participe à un programme d'incitation à l'utilisation du moteur de recherche Windows Live Search.

Chaque fois qu'un employé de l'entreprise choisit de faire une recherche à l'aide de l'outil de recherche de Microsoft, celle-ci obtient des crédits. Des crédits qui peuvent aller de deux dollars à dix dollars américains par poste de travail et qui peuvent être utilisés pour de la formation ou des produits de Microsoft. À ce montant, il faut également ajouter un crédit de 25 000 $ à l'adhésion au programme.

L'offensive

Ce que vous venez de lire, ce n'est pas de la fiction, mais bel et bien la description d'un programme qui existe aujourd'hui au sein de nombreuses entreprises où Microsoft a décidé de prendre d'assaut le marché de la recherche. Plutôt que de trouver un moyen pour séduire les utilisateurs, le géant de Redmond a décidé de payer les entreprises pour «éduquer» les employés à utiliser son service de recherche.

Pour le moment, ce programme d'incitation à l'usage de Windows Live Search ne touche que certaines grandes entreprises employant plus de 10 000 salariés. Mais si la formule marche bien, Microsoft pourrait bien être tentée d'augmenter le nombre de participants à cette opération pédagogique. Pour participer à cette campagne de promotion inusitée, les entreprises doivent installer un petit module qui assure la surveillance de l'utilisation des outils de recherche sur chaque poste de travail. Chaque fois qu'un employé décide d'utiliser l'outil de recherche de Microsoft, l'entreprise gagne des crédits.

Lorsque Bill Gates et Steve Ballmer ont déclaré la guerre à Google au début du mois, ils ne badinaient pas, et tous les moyens seront bons pour aller chercher des parts de marché dans toutes les sphères d'activité du géant californien. Une histoire qui ressemble étrangement au début de Microsoft sur Internet, alors que Bill Gates découvrait le potentiel d'Internet en 1996 et réaffectait toutes l'énergie de Microsoft vers la conquête du réseau que nous connaissons aujourd'hui. À l'époque, pour y arriver, il avait écrasé l'entreprise Netscape qui éditait le premier et principal fureteur commercial. Sans le rachat de Netscape par AOL, il y a neuf ans, il ne resterait probablement plus rien de ce pionnier d'Internet.

Passer par la base

Pour certains, ce programme de motivation à l'utilisation semble démontrer le désarroi de Microsoft face à Google. Mais, dans les faits, c'est probablement un des gestes stratégiques les plus importants que l'éditeur a faits depuis longtemps et surtout, à moyen terme, un des plus payants. Car en utilisant à la base ces partenaires d'affaires, qui utilisent depuis longtemps l'environnement Windows, Microsoft pourra faire changer les habitudes de comportement des grandes entreprises dans un premier temps et celles de leurs employés dans un second. Au bout du compte, il n'en coûtera à Microsoft qu'une petite partie des centaines de milliers de dollars qui sont investis chaque année par ces grandes entreprises pour optimiser leur usage des outils Windows.

Selon les dernières données de la maison de recherche Nielsen NetRatings, Google détient toujours la première place du palmarès avec 54 % du marché de la recherche en ligne, suivi par Yahoo avec 23 %. Microsoft détient 8,9 % de part de marché avec son Windows Live Search. Reste à voir maintenant comment Google et Yahoo vont répondre à cette offensive de Microsoft.

***

bguglielminetti@ledevoir.com

Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno).


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