Négocier le virage
Mots clés : Mise à pied, entreprises, crise manufacturière, Québec (province)
«Si vous saviez le nombre de fois qu'on a frôlé la mort... », dit Paul Habib. Dans les énormes ateliers de Dualam, une trentaine d'employés s'agitent. L'entreprise montréalaise fabrique de gigantesques réservoirs anticorrosion pour l'industrie pétrochimique. Les employés travaillent avec des matériaux composites ultraspécialisés pour bâtir des pièces dont le diamètre peut atteindre plus de 10 mètres. Les clients: des étrangers comme DuPont, Bayer, Intel et le producteur de peintures Akzo Nobel, nouveau propriétaire de Sico.
Il y a d'abord le ralentissement américain dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. Il faut alors laisser aller des employés, réduire les coûts, améliorer les méthodes. Dans l'année qui suit, Dualam prend le taureau par les cornes. Elle fait des acquisitions, avale quelques concurrents, élargit ses parts de marché. Elle contracte des emprunts et se dit que le pire est passé. Mais survient le deuxième obstacle: la montée fulgurante du dollar canadien. Or, puisqu'elle a acquis plusieurs rivaux, l'entreprise a plus de facilité pour ajuster ses prix afin de maintenir ses revenus. «On était à contre-courant de tout le monde», dit M. Habib, qui vit aujourd'hui un autre problème, soit celui de la pénurie de main-d'oeuvre.
Après les dommages
Pour d'autres, le redressement n'a pu se faire qu'après coup. C'est le cas de Montmagny, une ville de 12 000 habitants où la fermeture des usines de Whirlpool, Cavalier Textile et Consoltex a entraîné 800 licenciements de 2003 à 2005. La municipalité régionale de comté (MRC) regroupe environ 24 000 personnes. «L'impact local a été gros. Si on transposait ça à Montréal, vous voyez l'effet que cela aurait?», dit Nathalie Cloutier, qui dirige le Centre local de développement de la MRC. Réponse? Plus de 90 000 pertes d'emploi.
La MRC se donne alors trois objectifs. Pour attirer des entreprises, elle étudie ce qui se fait ailleurs en matière d'incitatifs fiscaux, de conditions attrayantes. Parmi les modèles figure Rivière-du-Loup. «On a maintenant tout un "package" d'accueil pour les investisseurs», dit Mme Cloutier. Or cela ne suffit pas. Les deux autres objectifs portent donc sur une campagne de séduction envers les travailleurs et les résidants. Par exemple, une poignée de municipalités rurales se sont dotées d'un programme de loisirs intermunicipal. «Ça, c'est pour la rétention de la population.»
En novembre dernier, les efforts portent leurs premiers fruits. PureCell Technologies, un fabricant de médicaments botaniques, annonce qu'elle investira huit millions pour construire un établissement à l'automne 2007. Le projet, selon la MRC et la compagnie, pourrait se traduire par une vingtaine d'emplois dès le début et 100 emplois directs et indirects lors de la construction de l'usine en 2010. Lentement, une lumière pointe au bout du tunnel.
«On commence à trouver des solutions en région, dit Joëlle Noreau, économiste au Mouvement Desjardins. Il y a de l'aide au démarrage, du capital audacieux, des plans de travail. On entend davantage parler des fermetures que des initiatives formelles. Pourtant, les gens regroupent leurs forces.»
Qu'arrivera-t-il aux régions qui ne déploieront pas le même genre d'efforts que Montmagny? «On ne pourra pas sauver les meubles partout. Les ressources financières sont limitées, dit Mme Cloutier. Nous, on demande de l'aide au gouvernement. Pas parce que ça va mal, mais parce qu'on a un projet positif.»
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