Gouvernement minoritaire possible - Un référendum, mais pas de coalition
Mots clés : sondage, referendum, Gouvernement minoritaire, Québec (province)
Jean Charest reste muet sur le dernier sondage qui place les trois chefs à égalité
Devant la perspective plausible que le prochain gouvernement soit minoritaire -- ce qui n'empêcherait pas André Boisclair de déclencher un référendum --, Mario Dumont a indiqué hier que l'ADQ ne chercherait pas à créer une coalition avec le vainqueur.Les discussions autour de l'égalité statistique entre les trois grands partis ont pris beaucoup de place dans la campagne hier. Interrogé lors d'un point de presse à Cap-Chat, M. Boisclair a indiqué qu'un gouvernement minoritaire péquiste aurait toute légitimité pour organiser un référendum, même s'il ne récoltait que 30 % des voix aux élections.
«Bien sûr, bien sûr, bien sûr», a répondu le chef péquiste. «Je ne peux pas me soustraire, aujourd'hui, de cette obligation que nous avons tous comme candidats de parler de ce qu'on veut faire le jour où nous serons au pouvoir.» Plus tard, à bord d'un avion devant le mener aux îles de la Madeleine, M. Boisclair s'est défendu de discourir à propos d'un scénario de gouvernement minoritaire. «Je n'ai jamais évoqué l'éventualité d'un gouvernement minoritaire. Nous allons obtenir un mandat majoritaire», a-t-il lancé devant les reporters en espérant effacer l'impression laissée en matinée.
De passage à Mirabel, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, a quant à lui affirmé que c'est le parti qui obtiendra le plus grand nombre de sièges qui détiendra le pouvoir. Ainsi, pas question pour M. Dumont de chercher à former une coalition qui permettrait à l'ADQ de siéger au sein d'un gouvernement minoritaire.
«En matière de démocratie, il n'est pas question de jouer avec ça. Le parti qui a le plus de sièges, c'est ce que le peuple aura décidé», a dit M. Dumont, lors d'un point de presse, en annonçant dans une serre de culture de tomates ses engagements en faveur de la relève agricole.
M. Dumont a indiqué que si le prochain gouvernement du Québec est minoritaire, comme le laissent présager les plus récents sondages, il verrait alors à créer des alliances à la pièce, dossier par dossier, selon ses intérêts. Mais s'il s'agit d'un gouvernement péquiste, il n'est pas question que le caucus adéquiste appuie la tenue d'un référendum sur la souveraineté, a-t-il rappelé.
Par contre, si c'est l'ADQ qui détient le pouvoir, M. Dumont promet que ce gouvernement sera «gratteux» et appliquera un contrôle serré des dépenses. Le chef de l'ADQ n'a cependant pas voulu révéler le modèle et la taille qu'il privilégierait pour le gouvernement. Il ne faut pas «mettre la charrue devant les boeufs», a-t-il indiqué.
Porté par la vague qui lui accorde quelque 30 % des intentions de vote à l'heure actuelle et qui confirme qu'il est le chef préféré des Québécois, Mario Dumont veut concentrer son énergie sur les derniers jours de campagne. Il a donné à tous ses candidats la consigne de travailler avec «acharnement» sur le terrain afin d'aller chercher le maximum de sièges.
Cette consigne vaut aussi chez les péquistes. Hier, André Boisclair a promis de mener «une campagne d'enfer» d'ici le jour J. «On accélère le rythme de campagne. Plus d'arrêts, plus de gens qu'on va saluer, plus de présence sur le terrain. La victoire, on la voit, on la sent de plus en plus», a-t-il soutenu, désirant de toute évidence fouetter l'ardeur des militants.
C'est qu'à dix jours du vote, la tension monte dans le camp péquiste. Depuis quelques jours, M. Boisclair multiplie les appels aux souverainistes qui ont déserté le PQ pour l'ADQ. Mais ces appels ont été entendus, selon lui. Trois jours après le débat des chefs, M. Boisclair dit ainsi ressentir «un enthousiasme qui ne s'était pas vu depuis longtemps» au PQ. «Il y a de plus en plus de souverainistes qui reviennent au Parti québécois, il y a de moins en moins d'indécis», a évalué le leader du parti.
Charest refuse de commenter
Le grand perdant du sondage diffusé jeudi a quant à lui refusé de le commenter hier. Jean Charest, qui a vu son parti perdre trois points entre les deux derniers coups de sonde de la maison Léger Marketing (et qui a lui-même perdu la première place au palmarès du chef qui ferait le meilleur premier ministre), estime en effet que les sondages ne sont pas fiables au Québec.
Mitraillé de questions par les journalistes après la parution du sondage accordant 33 % des intentions de vote au PLQ, contre 30 % chacun pour le PQ et l'ADQ -- ce qui signifie une égalité si on tient compte de la marge d'erreur --, M. Charest a bien pris soin hier de ne jamais prononcer les mots «minoritaire» et «Mario Dumont». Ce qui ne l'a pas empêché de nommer implicitement son adversaire adéquiste.
«Ce que je sais, c'est que pour gouverner le Québec, ça prend une équipe très forte. Ça ne se fait pas avec une personne seule qui ne sait ni lire ni compter et qui présente des engagements mal ficelés», a-t-il averti depuis Rimouski.
«Gouverner le Québec, ce n'est pas dire n'importe quoi et avancer n'importe quoi», a ajouté le chef libéral. M. Charest a aussi discrédité l'option péquiste d'André Boisclair en soutenant que la population ne veut pas non plus d'un «référendum le plus vite possible».
Interrogé à savoir s'il sent actuellement le pouvoir majoritaire lui glisser entre les doigts, M. Charest a seulement répondu qu'il avait «un très bon sentiment pour [s]a campagne». «Au Québec, c'est connu, les sondages ont des marges d'erreur qui sont très importantes», a dit le chef libéral.
Il a rappelé qu'aux élections générales de 1998, les sondages n'avaient pas prédit que le PLQ remporterait la pluralité des voix. «Alors, il ne faut pas tomber dans le piège de faire une campagne électorale autour des sondages», a lancé M. Charest.
Le Devoir
D'après la Presse canadienne

