De quoi rêver

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Normand Thériault
Édition du samedi 17 et du dimanche 18 mars 2007

Mots clés : centre-ville, immobilier, Habitation, Québec (province)

En ces jours de campagne électorale, les bonnes nouvelles se font rares pour qui a à coeur la beauté et la santé du paysage construit. N'eut été du dépôt d'un projet soutenu par la Ville de Montréal, il n'y aurait toujours et encore que les livres pour nous faire rêver. À moins que tous les partis se soient entendus pour faire leurs grandes déclarations en dernière semaine de recherche de votes...

Pour les «verts», ce sera un réseau de tramways: 200 kilomètres projetés, dont la construction sera financée par le retour des péages sur les divers d'accès à la grande île montréalaise. Pour les «solidaires», tout passe par le logement social. Pour les autres, on continue en appliquant les formules connues: de meilleures voies d'accès pour accélérer les transhumances quotidiennes vers la métropole, ou le laisser-faire qui nous a donné le Montréal actuel. Pour les régions québécoises, on connaît la solution: les secteurs domiciliaire, commercial et industriel relèvent du domaine municipal. Pas d'ingérence surtout: à eux donc d'y voir.

Un centre-ville culturel

On aurait cru qu'un Gérald Tremblay faisait campagne quand il a fait connaître son projet d'aménagement d'un quartier des spectacles. Les millions étaient au rendez-vous. Le trouble-fête, ce Charles Lapointe qui, il y a peu, dénonçait cette incurie municipale qui explique l'état de délabrement de la métropole, était lui aussi sur la tribune. Et le maire était tout fier d'annoncer des mesures visant la revitalisation du centre-ville, sans toutefois déposer un plan concret d'aménagement complet.

Il faut dire que, il y a quelque mois déjà, le maire de l'arrondissement Ville-Marie, Benoît Labonté, avait fait connaître la proposition architecturale qui allait donner au carrefour Saint-Laurent/Sainte-Catherine un nouveau visage. Et surtout, lors de cette annonce, on informait que Gaétan Demers, à qui l'on doit cette réussite qu'est le Quartier international, serait le maître d'oeuvre du projet.

Et si la formule qui a eu pour résultat de complètement modifier le secteur environnant le Palais des congrès est pour cette zone aussi reprise, on doit s'attendre à un résultat de qualité. Le plan d'ensemble permettrait ainsi des constructions exemplaires: alors la future salle de l'OSM impressionnerait autant que l'édifice de la Caisse de dépôt, avec sa place adjacente nommée à la mémoire d'un Jean-Paul Riopelle. Quant au mobilier urbain, il n'aurait pas pour seules normes d'érection celles fixées par les strictes contraintes budgétaires: les designers pourraient enfin, là aussi, faire valoir leur talent.

De l'architecture

Rares ont été les moments, ces années-ci, où l'architecture a en effet été à l'honneur. Il y a bien sûr des projets immobiliers et, à l'occasion -- une fois du moins --, un office municipal d'habitation peut tirer gloire d'un projet communautaire qui est aussi une réussite architecturale: les architectes du bureau Lapointe Magne et associés ont été responsables de l'érection de la résidence Jean-Placide-Desrosiers. Et des projets privés à l'occasion se distinguent: du réaménagement «communautaire» de la zone Benny Farms aux grandes tours urbaines.

Aussi, Montréal a maintenant un aéroport qui donne de la ville une autre image que celle projetée par cet aérogare qui fut pendant trop longtemps le sien, celui d'une construction vieillie, sans charme et non fonctionnelle. Et grâce aux investissements opérés par le secteur universitaire, la ville a moins qu'hier à offrir ce paysage qui était fait surtout de «trous» cohabitant avec des habitations elles aussi vieillissantes.

Des réalisations pourtant

Si dans nos villes cela paraît peu, il faut toutefois savoir que le Québec compte lui aussi son lot d'architectes. Cela se voit quand se concrétisent des réalisations dans le secteur public, le culturel surtout: plus d'une ville est ainsi fière, à l'exemple de Rimouski, de sa salle de spectacle. Débordons-nous toutefois du côté des résidences dites luxueuses qu'il faut souvent se désoler du fait que les néo-Versailles aient trop souvent la cote lors de la planification d'un nouveau développement urbain.

Un petit ouvrage montre toutefois la voie de ce que pourrait être un avenir construit. Et bien construit. L'automne dernier, les Publications du Québec lançaient Architecture. Habitat et espace vital au Québec. 100 maisons contemporaines.

Tout au long des 259 pages que compte l'ouvrage, photos en couleur et textes explicatifs se succèdent pour faire la preuve qu'il est possible d'avoir ici une architecture de qualité. L'équipe rassemblée à l'École d'architecture de l'université Laval a, sous la direction de Martin Dubois, fait le tour d'un autre Québec: ils ont ainsi repéré des habitations uniques où la formule simple est abandonnée au profit d'aménagements spécifiques et de réalisations originales. Du travail d'architecte, quoi. Il faut donc lire ces pages pour constater qu'il est toujours possible de «penser» une maison, qu'elle soit petite ou grande.

Pourtant, au moment où le Québec est à la recherche d'emplois, alors qu'on est prêt à soutenir à coups de millions la création de quelques emplois en industrie lourde, nul parti n'a trouvé moyen d'avancer un programme «économique» qui verserait de faibles subventions à qui, société publique ou privée ou même simple individu, aurait recours à un travail original signé par un diplômé de ces diverses écoles dont on est par ailleurs si fier.

Le Québec se veut une société distincte; et là, même le gouvernement central en convient. Le Québec se veut aussi culturel, et il n'y a pas que le seul soutien à des festivals périodiques pour réaliser une telle volonté. Aussi, mesdames et messieurs les politiciens, pourquoi ne pas, en ces derniers jours de campagne électorale, avoir le courage de l'originalité? Un Québec architectural est aussi un investissement durable.


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