Dix-sept ans après le changement de régime - Les jumeaux Kaczynski « décommunisent » la Pologne

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AFP
Édition du vendredi 16 mars 2007

Mots clés : jumeaux Kaczynski, régime, journalistes, Pologne (pays)

Des documents déposés à l'Institut national du souvenir de Varsovie.

Photo: Agence Reuters

Varsovie -- Depuis hier, quelque 700 000 Polonais sont tenus de remplir une déclaration sur leur passé durant la dictature communiste en raison d'une nouvelle loi voulue par les frères jumeaux Kaczynski, pour qui la décommunisation de la Pologne est la priorité numéro un.

Dix-sept ans après la chute du communisme, journalistes, universitaires, avocats ou directeurs d'école, entre autres, s'ils sont âgés de plus de 35 ans, doivent dire s'ils ont ou non collaboré avec la police secrète communiste (SB), qui espionnait les faits et gestes de tous les citoyens.

Une loi sur la décommunisation existait déjà depuis 1997, mais elle ne s'appliquait qu'à tout au plus 30 000 personnes, députés, ministres, hauts fonctionnaires et magistrats.

Une partie des journalistes des médias privés, notamment ceux de Gazeta Wyborcza, un journal créé par les dissidents anticommunistes, a déjà annoncé le boycottage de la loi, estimant que l'obligation est humiliante et contraire à la liberté de la conscience.

«Si j'ai été dans l'opposition anticommuniste, ce n'est pas pour ressortir, après toutes ces années, des preuves que j'étais OK. Ce n'est pas pour me confesser à qui que ce soit de mes bons et mauvais offices», a écrit Ewa Milewicz, une journaliste du quotidien Gazeta Wyborcza et grande figure de l'opposition démocratique dans les années 80.

D'autres journalistes, sous l'égide du quotidien de droite Rzeczpospolita, se sont rangés du côté des frères Kaczynski.

Les médias publics, la radio et la télévision, accordent eux aussi le plein soutien à la loi. «Les journalistes qui n'auront pas rempli de déclaration pour dire s'ils ont collaboré ou non seront licenciés, de même que ceux qui avoueront leur collaboration», a déjà annoncé le président de la radio publique, Krzysztof Czabanski, pourtant lui-même ancien membre du Parti communiste.

Payés eux aussi par l'État, les enseignants des universités n'ont pas appelé au boycottage de la loi, mais les recteurs entendent l'appliquer avec réserve, espérant une possible censure de la Cour constitutionnelle.

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Le reste de la Pologne ne se passionne pas pour ce débat. Selon un sondage publié hier, une majorité de Polonais (52 %) estime qu'une collaboration avec la SB n'a pas d'importance.

En vertu du texte, les personnes concernées devront remplir une déclaration et la soumettre à l'Institut de la mémoire nationale (IPN), qui vérifiera sa véracité avec les archives de la SB et des autres services secrets communistes dont il a la garde.

L'IPN devra mettre en place tout un nouveau service qui emploiera une centaine de procureurs, a annoncé son chef, Janusz Kurtyka. «La décommunisation sera un processus qui prendra des années», a-t-il dit.

«Dans dix ans, les procès vont encore continuer. Qui, 30 ans après la chute du communisme, saura encore ce que fut ce système?», s'interroge Andrzej Krawczyk, ancien conseiller aux affaires internationales du président Lech Kaczynski. Lui-même accusé de collaboration, il a été blanchi mercredi par un tribunal.

«C'est une très mauvaise loi, elle dépasse l'imagination et les attentes de tous ceux qui l'ont conçue, des députés et des frères Kaczynski», souligne leur ancien collaborateur.

«Elle fera des centaines de drames humains», dit-il, d'autant que les archives ne sont pas fiables. Il a été prouvé que les policiers inventaient parfois des collaborateurs pour se faire mieux voir de leurs supérieurs.


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