Després n'a jamais vu les notes de service
Mots clés : viaduc de la Concorde, débat des chefs, Élection, Québec (province)
«M. Dumont est un homme malhonnête», tranche Charest

Le ministre est apparu aux côtés de la sous-ministre adjointe du ministère, Anne-Marie Leclerc, qu'il avait invitée à se mêler à la campagne électorale afin qu'il puisse mieux dénoncer M. Dumont. Michel Després a critiqué le chef adéquiste pour avoir sorti ce «lapin de son chapeau» lors du débat. «Mario Dumont devrait s'excuser d'utiliser une tragédie humaine à des fins électoralistes», a-t-il dit.
La réplique de Jean Charest s'est aussi faite cinglante. «M. Dumont est un homme malhonnête», a tranché le chef libéral, qui faisait campagne au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
M. Charest a dénoncé l'attitude «désinvolte» de Mario Dumont lors du débat des chefs sur un sujet aussi délicat, comme s'il s'agissait d'un enjeu partisan. Il prédit même que cette attitude va le hanter pour le reste de sa carrière politique, entachant sa crédibilité. «Il a choisi de faire de la petite politique», a jugé Jean Charest. «Nous sommes placés devant une personne qui n'est pas à la hauteur des tâches qu'elle voudrait assumer», a-t-il ajouté.
Jean Charest estime que Mario Dumont «a laissé croire aux Québécois le contraire de ce que le document disait». Le chef de l'ADQ a sciemment choisi de ne pas lire l'extrait des notes de service qui soulignait qu'aucune intervention particulière n'était recommandée, a-t-il souligné, avant d'ajouter que la commission d'enquête a été mise sur pied pour aller au fond des choses.
Devant les questions que pourrait se poser la population, Jean Charest a voulu se faire rassurant. La sécurité des citoyens n'est jamais prise à la légère; le gouvernement, de quelque allégeance qu'il soit, agit toujours promptement et sans regarder les coûts que cela pourrait nécessiter. «Il n'y a pas un premier ministre que je connais de l'histoire moderne du Québec, incluant celui qui vous parle, qui, sur une question comme celle-là, ne ferait pas tout ce qui est en son pouvoir pour assurer la sécurité des citoyens. Prétendre le contraire, c'est fondamentalement malhonnête», a soutenu M. Charest.
Ce dernier assure que son gouvernement n'a pas été négligeant dans le dossier du viaduc de la Concorde et que le ministre Després «suit très bien ses dossiers». «Quand la tragédie s'est produite et que les explications de la tragédie nous échappaient, personne ne pouvait nous dire pourquoi.»
Au Parti québécois, on a choisi de s'en prendre à l'ADQ plutôt qu'au gouvernement libéral dans cette affaire en usant même, contre la formation adéquiste, des mêmes mots que les libéraux. À l'Université du Québec à Trois-Rivières, hier, le candidat dans Marie-Victorin, Bernard Drainville, qui accompagnait André Boisclair, a qualifié de «petite politique» le coup de théâtre du chef adéquiste. Cela prouverait, aux yeux de M. Drainville, que Mario Dumont n'a «pas la maturité pour devenir le premier ministre des Québécois» puisqu'il «a fait preuve d'un grave manque de jugement».
Manifestement mal à l'aise dans ce contexte électoral, la sous-ministre adjointe Anne-Marie Leclerc a affirmé qu'il n'y avait aucun lien entre l'effondrement de l'ouvrage et sa détérioration, «inquiétante» à certains égards, comme cela a été constaté par un inspecteur du ministère en 2004, l'ingénieur Gilbert Bossé, puis par son collègue Christian Mercier en 2005.
Dans une des trois correspondances obtenues par M. Dumont, le ministère conclut qu'«aucune intervention particulière [n'est] recommandée à court terme pour corriger les défauts observés». En revanche, «une surveillance toute spéciale» devra s'exercer lors des prochaines inspections annuelles. Mais «ce qu'on avait observé ne pouvait expliquer l'événement du 30 septembre», a souligné Mme Leclerc. Il n'y avait «aucun signe avant-coureur» et les travaux de réfection recommandés par les ingénieurs du ministère n'avaient «strictement rien à voir» avec «la rupture subite» du viaduc.
Au cours d'un point de presse plus tôt en matinée, Mario Dumont a demandé la démission du ministre Després, qu'il a accusé d'avoir caché l'existence de ces notes de service au lendemain de la tragédie. «C'est une question de principe. C'est une question de mettre fin à cette culture de camouflage», a-t-il avancé.
«On ne pouvait pas dire qu'il n'y avait aucun indice, qu'il n'y avait rien qui laissait présager un problème», estime le chef adéquiste. Il a précisé que c'est un «citoyen» qui lui avait remis les documents quelques heures seulement avant le débat et qu'aucun adéquiste, pas même de son entourage, n'était au parfum. M. Dumont a souligné qu'on lui avait dit que la commission d'enquête créée pour faire la lumière sur les causes de l'effondrement était en possession des mêmes notes de service.
À cet égard, Mario Dumont n'a guère prisé que le président de la commission d'enquête, Pierre Marc Johnson, diffuse un communiqué de presse après le débat, sur le coup de minuit. Lors d'un échange avec M. Charest, le chef adéquiste avait laissé entendre que le gouvernement libéral avait prolongé le mandat de la commission, prévu pour se terminer le 31 mars, jusqu'au 15 octobre, et ce, afin d'éviter que son rapport ne soit déposé au moment des élections printanières. «La commission poursuit ses travaux selon un échéancier qu'elle s'est elle-même fixé [...] en toute indépendance et sérénité», a répliqué M. Johnson. Sans nommer M. Dumont, il a aussi invité toute personne estimant être en possession de documents relatifs à ses travaux de les lui transmettre.
Ce communiqué avait pour but de «fournir un petit bouclier au premier ministre», estime M. Dumont. «Je suis très étonné qu'à minuit hier soir [mardi], le président d'une commission d'enquête se lance sur les fils de presse avec une intervention qui, évidemment, se retrouve en plein coeur de la campagne électorale», s'est-il indigné. Il faut «que la commission sorte de la campagne», a-t-il prévenu.
Rappelons que Mario Dumont avait critiqué la nomination de Pierre Marc Johnson à la présidence de cette commission, jugeant qu'un ancien premier ministre comme M. Johnson ne pouvait pas afficher la même indépendance qu'un juge face aux manquements de l'État. Le chef adéquiste n'a toutefois pas demandé sa tête. «On ne veut pas déstabiliser la commission», a-t-il dit, notant que les ingénieurs Armand Couture et Roger Nicolet, qui en sont membres, ont toute la compétence requise pour mener à bien ce mandat.
Avec la collaboration de Kathleen Lévesque et d'Antoine Robitaille
Le Devoir
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