Québec 2007

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Devoir Le
Édition du jeudi 15 mars 2007

Mots clés : Mario Dumont, Débat des chefs, Élection, Parti politique, Québec (province)

Chaque samedi pendant la campagne électorale, Le Devoir présente les propos de trois observateurs chevronnés de la scène politique. Exceptionnellement aujourd'hui, ils nous livrent leurs impressions du débat des chefs. Propos recueillis par Guillaume Bourgault-Côté.

***

Jean-François Lisée

Auteur et analyste politique

La surprise Boisclair

Le débat terminé, on peut penser qu'André Boisclair et Mario Dumont auront réussi mardi à donner de l'énergie à leur campagne. Mais pas Jean Charest. Et cela deviendra un gros problème pour les libéraux dans le contexte d'une lutte à trois où tout le monde doit éviter l'abstention.

Le premier ministre a trop joué l'image de l'homme sûr de lui, qui contrôle les événements. Il l'a fait à un point tel qu'il semblait désengagé du débat, surtout dans les premiers deux tiers. Il voulait donner l'impression qu'il y avait deux ligues: la sienne et celle des p'tits gars. Ç'a fonctionné jusqu'à un certain point, mais il y a aussi des limites. Le pire pour lui a été l'épisode des réductions d'impôt de 350 millions de dollars pour les banques et les compagnies d'assurances. Il n'avait pas de bonne réponse et ç'a l'a fait paraître faible sur un terrain, l'économie, où il aurait dû gagner contre André Boisclair.

Dans une lutte à trois, chacun doit faire des gains, et Jean Charest n'en fera pas avec cette performance. Sa seule chance demeure maintenant le budget fédéral, mais là encore, attention: ce ne sera pas automatiquement bénéfique pour les libéraux, ou encore pas seulement pour eux. Globalement, j'ai donc été surpris de la tactique employée par Jean Charest: il aurait pu et aurait dû se tirer d'affaire plus facilement.

On sait que les attentes étaient faibles pour André Boisclair. Mais un peu comme John Kerry aux États-Unis en 2004, il est arrivé à surprendre ceux qui croyaient qu'il était très mauvais. Le fait qu'on discute aujourd'hui de son insistance à poser des questions montre qu'on ne parle plus de sa langue de bois: c'est déjà un gain pour lui. M. Boisclair était là pour débattre, mardi. Il a posé beaucoup de questions et réussi à pousser Mario Dumont dans les câbles à plusieurs reprises. Il a été plus retenu avec M. Charest, mais il a globalement fait très bonne figure et a sûrement fait des gains qui lui donneront un élan positif.

Mario Dumont a été très énergique et a dominé la première partie du débat. Ça s'est dégradé par la suite, quand ses réponses n'ont pas été satisfaisantes. Sa petite révélation sur les viaducs n'a pas été bien présentée. C'était suffisamment complexe pour que ça vaille la peine d'en parler en point de presse auparavant, de façon à forcer M. Charest à répondre. L'impact aurait été plus fort et plus profond. Il a fait une gaffe là-dessus. Sa performance a donné de l'énergie à ceux qui veulent un vote de protestation, mais en même temps, elle a conforté dans leur opinion ceux qui pensent qu'il n'est pas prêt pour être premier ministre.

Je pense donc que c'est André Boisclair qui a le mieux performé en montrant qu'il n'est pas aussi robotique qu'on le dit et qu'il a des capacités autant sur le fond que sur la forme.

***

John Parisella

Professeur associé à l'université Concordia

Objectifs atteints

Un débat demeure toujours du grand théâtre. Mais malgré cela, on a eu quelque chose d'intéressant mardi: chaque candidat a rempli une bonne partie de ses objectifs. La performance de chacun doit ainsi être jugée selon la réussite à répondre à des attentes précises.

Jean Charest devait se présenter comme une personne à l'aise dans ses habits de premier ministre, comme quelqu'un qui connaît ses dossiers et qui peut montrer les différences entre son programme et celui des autres. Il devait rester un peu au-dessus de la mêlée. Ce calme et cette assurance étaient essentiels dans ce contexte. Il a fait le débat qu'il devait et qu'il voulait faire. Sa petite dose d'humilité au début, quand il a reconnu que son bilan n'était pas parfait, était importante. Il devait faire ce constat pour ensuite défendre ce bilan et montrer aux gens qu'il était le plus apte à être premier ministre. En ce sens, il a eu un bon débat.

André Boisclair partait de l'arrière. Il fallait qu'il démontre deux choses: qu'il a du contenu et qu'il incarne la solution de rechange au gouvernement en place. Il a fait une bonne performance à ce chapitre. Il est resté près de son plan de match: poser des questions. Il a aussi réussi à s'imposer sur les questions de la marge de manoeuvre du Québec et des pouvoirs de l'autonomie. Je pense qu'il a réussi à arrêter l'hémorragie [c'est-à-dire la désaffection des électeurs], mais il n'a pas donné le K.-O. qu'il devait pour vraiment s'imposer comme la seule solution de rechange valable.

Mario Dumont a fait la meilleure entrée et la meilleure sortie. Pour lui, ce fut un débat-spectacle beaucoup plus efficace qu'en 2003. Il a fait preuve d'une énergie constante: il a peut-être ainsi réussi à démontrer qu'il serait le meilleur chef de l'opposition... mais certainement pas le meilleur premier ministre. Ses chiffres semblaient improvisés, il a mal réagi sur les questions concernant la marge de manoeuvre du Québec, il est resté vague sur le thème de l'autonomie. Son geste sur le viaduc a passé le test du spectacle, pas celui de la rigueur.

En gros, M. Dumont a consolidé un plancher de quelque 20 % du vote. Mais l'a-t-il augmenté? Le vote adéquiste demeure très volatile, tandis que Jean Charest, qui a obtenu plus de 40 % des voix aux deux dernières élections, peut compter sur des gens qui ont une habitude de vote envers lui.

On peut donc dire que le débat a été bien livré par l'ensemble des participants. Dans cette campagne concentrée sur l'actualité, c'est la première fois qu'on se livre à un exercice de contenu. Malgré cela, je pense qu'au final, on retiendra qu'André Boisclair n'a pas réussi à supplanter Mario Dumont comme solution de rechange au gouvernement et que Jean Charest s'est établi comme étant, des trois, le meilleur premier ministre.

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Marie Grégoire

Ancienne députée adéquiste du comté de Berthier

Dumont en avant

Ce fut un bon débat. On peut le dire: il y a eu du respect et du contenu chez chacun des candidats. Les citoyens disent souvent que les campagnes électorales manquent de contenu. Eh bien mardi, on en a eu. Il y avait de la viande pour que les électeurs puissent se faire une idée, surtout aux moments dont les chefs disposaient pour présenter leur vision sur les thèmes donnés. Mais on a aussi eu droit à beaucoup de judo. Souvent, les chefs n'ont pas répondu aux questions qu'on leur posait.

André Boisclair a posé beaucoup de questions mais a finalement proposé peu de choses, me semble-t-il. Le débat ne lui a pas permis de mettre la feuille de route du PQ en valeur. Ça me fait rire quand je l'entends dire que les autres ne l'ont pas questionné parce que ce programme est tellement extraordinaire... Non mais!

Pour ce qui est de Jean Charest, il m'a donné l'impression de quelqu'un qui ne fait que reporter la faute sur le Parti québécois. Je l'ai déjà dit: après quatre ans de pouvoir, un premier ministre ne peut pas agir continuellement ainsi.

J'ai trouvé Mario Dumont très bon. Il a parlé avec authenticité, il a parlé aux gens directement des choses qui les touchent. Le débat de mardi s'est en grande partie déroulé sur le terrain de l'ADQ, les questions sont venues de là. Il faut dire que l'ADQ est peut-être la formation qui présente le plus de nouvelles mesures, des mesures structurantes qui demandent plus de questions. C'est donc normal que l'accent ait porté là-dessus.

Alors, qui a gagné? Je ne suis pas d'accord avec ceux qui identifient André Boisclair. Il a donné une performance correcte, mais ce n'est pas si surprenant. On lui connaissait des qualités de debater. Je pense globalement que Mario Dumont s'est davantage démarqué, mais c'est difficile à dire à l'heure actuelle. Ce sont les électeurs qui décideront le 26 mars. Pour l'instant, chaque chroniqueur, chaque électeur, analyse le débat avec un certain biais et selon les attentes qu'il avait.

On peut quand même dire que Mario Dumont sort de là en bonne position. Les gens disaient déjà qu'il faisait la meilleure campagne. Il n'a pas été ralenti mardi soir, il peut donc continuer sur sa lancée.

Par contre, je pense qu'on peut identifier un perdant, et c'est M. Charest. Il avait pris soin de diminuer les attentes en disant qu'il serait la cible de toutes les attaques, sauf que c'est finalement M. Dumont qui les a reçues, les attaques. Mais au-delà de ça, Jean Charest a manqué d'énergie. J'ai eu l'impression qu'il était amorphe, qu'il n'avait pas de ressort. Il n'a presque pas attaqué André Boisclair sur le projet souverainiste, même s'il a dit qu'il s'agissait du programme le plus radical de l'histoire du PQ. Sa performance a été décevante.


Vos réactions


Le match nul a été nul - par Fernand Trudel
Le jeudi 15 mars 2007 21:00

le français pour M Dion - par Joëlle Bouchard
Le jeudi 15 mars 2007 13:00

Manque d'objectivité - par Simon Laverdière (simon.laverdiere.1@ulaval.ca)
Le jeudi 15 mars 2007 11:00

UN PEU DE NEUTRALITÉ - par Roger Dion
Le jeudi 15 mars 2007 11:00

Un gain évident! - par Fernand Bélair
Le jeudi 15 mars 2007 10:00

Le cadeau de $350 millions sur une marge de manoeuvre de $700 millions... - par Jean-François Couture
Le jeudi 15 mars 2007 06:00

Oh là là ... - par Linda Hart (linda.hart@cgocable.ca)
Le jeudi 15 mars 2007 00:00

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