Recensement 2006 - Le Canada grossit par la banlieue

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Guillaume Bourgault-Côté
Édition du mercredi 14 mars 2007

Mots clés : population, Statistique Canada, Recensement, Municipalité, Canada (Pays)

La plus forte hausse de la population du G8, grâce aux immigrants

Construction de résidences à Repentigny, en banlieue de Montréal, en 2006. C'est à l'extérieur des grands centres que se concentre la croissance de la population canadienne.

Photo: Jacques Grenier

Trente et un virgule six millions de Canadiens: voilà le nombre d'habitants qui peuplent les quelque dix millions de kilomètres carrés du pays, selon les résultats du dernier recensement de Statistique Canada (SC) dévoilés hier. Un état de situation qui montre clairement que c'est par la banlieue et les immigrants que le pays se développe, Québec y compris.

La montagne de chiffres dévoilés hier par SC montre au final que la population canadienne a crû plus vite que celle des autres pays du G8 depuis 2001, dernière année de référence. En cinq ans, le Canada a vu sa population croître de 5,4 %, suivi de près par les États-Unis (5 %). Une différence majeure sépare toutefois les deux statistiques: au Canada -- et au Québec --, c'est l'immigration qui fait l'augmentation.

En fait, ce sont les deux tiers de la croissance démographique du pays et de la province qui sont à mettre au compte de l'immigration (soit 1,2 million de personnes), révèle le document de SC. Une tendance lourde qui prendra d'ailleurs de l'ampleur à cause du vieillissement de la population.

Ainsi, à moins que le taux de natalité ne monte en flèche d'ici là (on compte aujourd'hui 1,5 enfant par Canadienne), on prévoit que la totalité de l'accroissement de la population sera due aux nouveaux arrivants à partir de 2030. Pour l'instant, les poupons mis au monde composent environ un tiers de l'augmentation observée (aux États-Unis, c'est 60 %).

Le portrait brossé par Statistique Canada présente autrement un pays résolument urbain (80 % de la population), où les populations rurales ne s'accroissent pas. Quelque 90 % de l'augmentation de la population depuis 2001 s'est ainsi faite dans les grandes régions métropolitaines, et plus particulièrement dans ses couronnes de banlieues. Le rythme d'accroissement de la population des banlieues (11,1 %) a été, depuis cinq ans, deux fois plus élevé que celui des villes centres (4,2 %).

Montréal illustre parfaitement cette situation nationale. La population de la ville en tant que telle a crû de 2,3 % en cinq ans. Mais, autour, c'est l'explosion: une trentaine de municipalités de la région ont connu une croissance au moins deux fois supérieure à la moyenne nationale. Vaudreuil-Dorion, Saint-Colomban, Blainville et Mirabel frôlent notamment les 30 % d'augmentation. À près de 15 %, on retrouve Laprairie, Terrebonne, Mascouche et Chambly. Toutes des villes développées autour de grands axes routiers reliés à la ville centre, note SC.

Le phénomène de l'étalement urbain est bien connu au Québec, mais les démographes s'étonnent de voir à quel point il s'étire. «Ça éclate partout autour des grandes villes», note Dominic André, démographe à l'Institut de la statistique du Québec. Son collègue Robert Bourbeau, directeur du département de démographie à l'Université de Montréal, avoue sa surprise de voir la banlieue croître à ce rythme. «On n'anticipait pas autant d'ampleur et de rapidité. Avant, on s'arrêtait à Blainville: on parle maintenant de Saint-Colomban... C'est comme si l'étalement n'en finissait plus, et ça va bientôt remettre en cause la notion de ruralité au Québec.»

«Le phénomène de l'étalement gagne en ampleur, c'est indéniable, dit Guy Oddo, directeur à SC pour la région de l'Est. On voit maintenant que les villes qui grandissent le plus vite ne sont plus les banlieues collées sur la grande ville, mais celles plus éloignées.» Au point où on voit des villes de taille moyenne comme Granby, Drummondville et Joliette profiter aussi de l'éclatement de Montréal et «se développer comme de nouveaux pôles urbains, mélange de banlieue éloignée et de ville avec leur propre développement», analyse M. Oddo.

Le Québec garde ses habitants

Le recensement terminé en mai dernier montre par ailleurs que la population québécoise a augmenté de 4,3 % depuis 2001, pour s'établir à 7,5 millions de personnes. La hausse est la deuxième en importance depuis la fin du baby-boom, dans les années 60, et vient corriger le faible résultat de 1,4 % observé entre 1996 et 2001.

Sur les quelque 310 000 nouveaux Québécois recensés, on compte environ 200 000 immigrants, indique Guy Oddo. «Ça compte beaucoup, dit-il, mais il faut aussi voir que le Québec réussit de mieux en mieux à garder ses habitants. La migration interne est à peine déficitaire, on ne perd plus la population de cette façon.» En 1996 ou 1997, la province pouvait perdre jusqu'à 17 000 personnes par année au profit des autres provinces. Dans les cinq dernières années, on parle plutôt d'une moyenne de quelque 4000 personnes.

Les grandes régions de Sherbrooke et de Gatineau sont celles qui ont observé les plus fortes augmentations de leur population, principalement par suite des échanges internes. Le Saguenay est à l'inverse de cette situation, la région étant l'une des deux grandes au Canada à avoir perdu des effectifs depuis 2001.

Le Québec représente maintenant 23,9 % de la population canadienne, une proportion qui diminue sans cesse depuis une quarantaine d'années. L'Ontario demeure toujours premier avec 12,1 millions d'habitants et près de la moitié de la croissance démographique canadienne.

L'Alberta profite quant à elle de son excellente santé financière pour amener beaucoup de Canadiens (et non des immigrants) à s'établir chez elle. On y note une augmentation de 10,6 % de la population en cinq ans. Moins populaires, les Maritimes n'ont pratiquement rien apporté au bilan national. Le Canada présente donc au total une densité de population de 3,5 personnes au kilomètre carré, avec une pointe de 5000 habitants au kilomètre carré dans... Westmount, la surpeuplée.


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