Vos réactions
Lorsque parler devient périlleux ?
Il dit que la première qualité d'un intellectuel c'est le courage. Ajoutant qu'on manquerait d'intellectuels honnêtes, au Québec, prêts à risquer leur confort actuel pour la justice ou la vérité.
Déjà, à la fin de l'avant-dernier siècle, Zarathoustra pouvait-il s'exclamer que ce qu'il y a de plus rare, c'est la probité. Et que ce qui est «bien» c'est d'être brave.
Le courage ou la probité n'incombent toutefois point ou ne ressortissent point qu'à l'intellectuel. Tout le monde en est capable. Mais l'un et l'autre (courage et probité) constituent un «risque». «Énorme» parfois. Il est «risqué» de dire la vérité... On peut y perdre la «faveur populaire».
Ce qui s'avère «grave» en notre monde «démocratique». Où c'est la pluralité qui fait loi ou foi de tout ou presque. Où c'est la pluralité qui fait vivre, qui a quasi droit de vie ou de mort sur son semblable, aussi différent ou divergent soit-il. C'est aussi le pognon qui, aujourd'hui plus que jamais auparavant, à défaut de déterminer «le bien et le mal», «dicte» en quelque sorte ce qu'il sied de dire ou taire, de faire ou d'éviter. Car...
Car, (et à cela nul n'«échappe» plus, pas même Le Devoir), si vous vous avisez de défendre ou promouvoir une cause ou une vérité, aussi nobles ou transcendantes soient-elles, si elles ont le malheur de déplaire souverainement au «peuple», vous risquez fort, vous pouvez risquer «trop» même. C'est-à-dire de perdre des abonnés, perdre de la pub, y perdre la vie même, quoi, (i.e. ce qui vous nourrit). Voilà pourquoi, donc, tout le monde, maintenant, est «frileux», n'ose plus parler. Parler équivalant à risquer de se retrouver sur la dèche. Comme ç'a été le cas de Bourgault. Parleur. Il en a payé le prix. Celui s'avisant ou songeant à «dire qqch» sait ou sent fort bien que ce faisant, s'il le fait, cela peut le mettre sur la paille. Du jour au lendemain. Parce que ça ne plairait pas ou n'aurait pas plu.
Bref, vous pouvez parler, donc. Vous pouvez dire. La «vérité» même. Mais pour ce, vous devez être prêt à «mourir». Et cela n'est pas nouveau. Chez nos voisins du sud, qui se targuent de leur démocratie depuis des siècles, Tocqueville avait remarqué déjà en son temps qu'il n'est pas d'autre endroit (se réclamant de la démocratie) où la liberté d'expression (véritable) serait aussi contrainte... L'honnêteté (intégrale) n'est guère «payante». Du moins, de son vivant. Frère Untel, [re]devenu J.-P. Desbiens, [re]faisait sienne, il y a 40 ans, un vieux dicton d'ascendance religieuse: «Tout riche est voleur ou fils de voleur». «Il n'y a pas de bons riches!», renchérissait-il. Avait-il raison, tort? «Dieu le sait».
Bref, voilà comment il se fait que les «intellectuels» se taisent au lieu de parler. Parler n'expose pas qu'à réduire ou perdre le «confort», cela peut aujourd'hui vous mener jusqu'à la banqueroute, la famine, la faim, la fin. Et, comme l'esprit de martyre aurait beaucoup décliné (chez nous), avant même l'avènement des accommodements raisonnables, comme il n'y a plus grand monde prêt à mourir pour des idées, pour la justice ou la vérité, on se tait. Se taire étant la condition sine qua non... Et se taire ne consistant pas, enfin, à ne pas babiller ou pérorer par ailleurs, mais seulement à ne pas dire ce qu'il faudrait dire, qu'on n'ose pas dire.
