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Qu'est-ce que la culture?

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réal rodrigue
Envoyé Le dimanche 11 mars 2007 18:00



Parlant de la crise, M. Bouchard la désigne comme « la marchandisation de tout, l'aplatissement généralisé de la culture ». Dans l'économie marchande, tout se vend en effet à commencer par la force de travail que détient l'invididu; pour survivre, il se voit contraint de vendre cette force comme on vend une marchandise, ce qui équivaut selon le mot de Marx à sacrifier sa vie. Que l'on aime ou pas faire ce triste constat, il y a eu au cours de l'histoire ce que Michel Henry appelle « un renversement de la téléologie vitale ». Par ce terme, il entend que l'économie sous sa forme capitaliste produit de la valeur d'abord et avant tout, et que le travail vivant se met au service de cette production. Dans ce contexte, il devient difficile de concevoir le travail comme une expression de la vie de l'ouvrier, comme une activité par laquelle il s'accomplit en tant qu'humain. « L'aplatissement » de son humanité sur les lieux du travail ne le dispose certes pas à la culture entendu comme culture de la vie, des potentialités inhérentes à sa nature. À moins d'entendre la culture comme un ensemble d'activités réservés à une élite, il faut avouer que l'organisation actuelle ne favorise pas l'émergence de la culture.
Deux facteurs semblent se conjuguer pour définir le développement de la société d'aujourd'hui comme de toute société occidentale: la mise en place de l'économie marchande et de son idéologie néolibérale, et la constitution des sciences dans le sillage de Galilée. Les sciences modernes, de par leur méthodologie, excluent en effet la subjectivé, l'homme-sujet si on veut. Ce faisant, puisque la culture telle que nous la comprenons est la culture de la vie, des potentialités inhérentes à la nature des individus vivants, les sciences substituent aux expériences concrètes et traditionnelles de la culture leurs représentations. Il en va ainsi pour les formes les plus évoluées de la culture humaine: l'art, l'éthique et la religion. Le sens de la beauté s'éduque par une pratique qui implique le sujet vivant, de même le sens du bien auquel renvoie l'éthique entendu comme manière de vivre qui répond à ses aspirations, et aussi le sens de la compassion ou de la charité que cultive la religion.
Ces notes beaucoup trop brèves veulent tout simplement attirer l'attention sur la culture entendue au sens traditionnel du terme, et non pas au sens des sciences humaines. C'est pourquoi, selon nous, avant de parler de crise de la culture, il importe de bien dessiner les perspectives dans lesquelles on se situe pour en parler. Personnellement, je n'ai pas d'objection à ce qu'un esprit scientifique prenne pour objet d'étude la culture québécoise ou toute autre culture, mais je me refuse à larguer la conception traditionnelle, laquelle s'entend comme culture des potentialités inhérentes aux individus humains que nous sommes.
Pour faire bref, je conseille aux lecteurs intéressés l'ouvrage de Michel Henry, La barbarie, tout spécialement le dernier chapitre intitulé « La destruction de l'université ».
réal rodrigue

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