Conrad Black au banc des accusés
Mots clés : Économie, Conrad Black, Hollinger, Justice, États-Unis (pays)
Le personnage pompeux et cupide se retrouve dès mercredi en Cour fédérale de Chicago, devant juge et jury, afin d'y subir un procès pour une affaire de détournement de fonds

Photo: Agence Reuters
Vingt-cinq ans plus tard, le regard perçant coule dans l'autre sens. Traqué par la justice, le personnage pompeux et cupide qu'est Conrad Black se retrouve dès mercredi en Cour fédérale de Chicago, devant juge et jury, afin d'y subir un procès pour une affaire de détournement de fonds.
L'ancien magnat de 63 ans, dont l'ex-empire de 500 journaux avait commencé avec le Sherbrooke Record en 1969, fait face à 14 chefs d'accusation criminelle. Les procureurs lui reprochent d'avoir pillé les coffres de Hollinger International pour plus de 80 millions $US avec ses associés. Ces méfaits seraient survenus entre 1998 et 2001, lorsque Hollinger était en voie de liquider des journaux pour la somme d'environ trois milliards $US. Il plaide non coupable.
À son apogée, l'empire de Conrad Black, troisième du monde occidental, comprend des dizaines de quotidiens nord-américains, dont le National Post, The Gazette, Le Soleil, Le Droit et le Chicago Sun-Times. Il y a aussi le Daily Telegraph de Londres et le Jerusalem Post. Un chiffre d'affaires de trois milliards. Et en parallèle, une vie de soirées mondaines, de déplacements en jet privé et de somptueuses résidences à Toronto, Palm Beach, New York et Londres. «Mon goût de l'extravagance ne connaît pas de limites», dit en 2002 son épouse, Barbara Amiel, au magazine Vogue.
Un an plus tard, la fête est interrompue. En mai 2003, un investisseur demande alors à Hollinger International -- contrôlée par une société de Black -- de faire enquête sur des paiements effectués à Black et à certains associés. Le p.-d.g. maintient son innocence, mais la compagnie met sur pied un comité indépendant. Six mois plus tard, le comité fait état de versements «non autorisés» de 32,2 millions $US. Conrad Black démissionne de son poste de président mais demeure président du conseil. «Je présume que c'est mon deux minutes de pénalité», dit-il à l'époque.
La tempête ne passe pas. En janvier 2004, Hollinger retire à Black ce qui lui reste de ses responsabilités et le poursuit pour 200 millions $US. L'homme d'affaires réplique avec des poursuites de 850 millions $US contre la compagnie et certains cadres.
Le grand coup surviendra 10 mois plus tard. En novembre 2004, les autorités américaines déposent des chefs d'accusation civile pour fraude contre Black et quelques proches. Neuf mois plus tard, c'est au tour des accusations criminelles. Un des accusés, David Radler, associé de longue date de Conrad Black, signe toutefois une entente avec les autorités. En échange d'un plaidoyer de culpabilité et de collaboration, il écope de 29 mois de prison seulement.
À ce jour, Conrad Black refuse de signer une entente. Ce qu'il risque, s'il est reconnu coupable: jusqu'à un siècle derrière les barreaux et des amendes totalisant plusieurs centaines de millions. La justice veut aussi lui saisir des actifs totalisant 92 millions. Et c'est sans oublier l'humiliation. Car l'orgueil est un des traits les plus forts chez Conrad Black, écrivait Peter C. Newman dans ce même portrait de 1982. «Je peux faire des erreurs, disait Black à l'époque. Mais je suis incapable, en ce moment, d'en nommer une.»
Cirque médiatique
Les erreurs qu'il est accusé d'avoir commises seront désormais entre les mains d'un jury de 12 personnes. La liste des reproches est lourde. Fraude, racketérisme, blanchiment d'argent et entrave à la justice. Déjà, cet imposant menu a attiré 300 journalistes à Chicago, où le juge a eu vite fait de leur donner un avertissement pour éviter la cohue.
L'avocat de Conrad Black, Edward Genson, a récemment décrit à une journaliste du Chicago Sun-Times l'ambiance qui régnait déjà lors d'une audience devant le juge en décembre 2005. «Connaissez-vous la pub de Capital One?», a-t-il demandé à la journaliste. La publicité en question n'a rien de subtil: elle montre une invasion de barbares dans un quartier résidentiel. Par centaines. «C'était comme ça. Les journalistes étaient tous canadiens.»
Mais Conrad Black a l'habitude de faire parler de lui. Le plus récent épisode est celui concernant sa citoyenneté canadienne et l'accession à la Chambre des lords en Grande-Bretagne. Parmi les autres épisodes figurent les commentaires à l'égard des journalistes, des «dégénérés». «L'équilibre mental d'une grande partie de la presse est plus douteux que ce qu'on voit dans plusieurs autres groupes comparables de la société», a-t-il déjà dit.
Né à Montréal, diplômé de l'Université Laval et grand admirateur de Maurice Duplessis, Conrad Black s'est aussi frotté, au fil des ans, à la sensibilité sociopolitique du Québec. En 1993, par exemple, il affirme que le Québec pourrait faire l'objet d'une partition en cas de victoire souverainiste. En 1997, il s'en prend aux lois linguistiques dans un discours qui évoque par ailleurs le nazisme et la liberté d'expression. Alors que Le Devoir signe un éditorial intitulé «Le mépris», le premier ministre Lucien Bouchard affirme que M. Black fait «de la provocation qui fait tomber les masques».
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Conrad Black et Vladimir Poutine - par Serge Grenier
Le jeudi 03 janvier 2008 00:00

