Télévision - Blanche-Neige et l'expressionnisme
Mots clés : animation, Cinéma, États-Unis (pays)
C'est le grand paradoxe: pour plusieurs, l'empire de Walt Disney est un des grands symboles de l'impérialisme culturel américain, qui se répand partout sur la planète avec ses gros sabots. Pourtant, cet empire 100 % américain est d'abord né autour d'oeuvres créatrices fortes qui s'inspiraient en majorité de l'Europe.
Le Musée des beaux-arts de Montréal a inauguré cette semaine une grande exposition sur les sources de l'oeuvre de Walt Disney, exposition qui a été développée avec les Galeries nationales du Grand Palais à Paris. Le documentaire Il était une fois... Walt Disney, présenté dimanche à Télé-Québec, a été produit par Arte France en relation directe avec cette exposition. Le film n'aborde pas l'ensemble de l'exposition; par exemple, on ne parle pas de la présence des images de Disney dans l'art contemporain, et particulièrement dans le pop art. Il se concentre sur le travail créatif de Disney et la façon dont il a engagé des artistes de très haut niveau qui s'inspiraient des grandes traditions picturales européennes.
Le lien de Disney avec l'Europe était connu, mais il est utile de le rappeler. Né à Chicago en 1901, élevé ensuite dans une ferme (sa fascination pour les animaux sera constante tout au long de sa vie), bercé par les contes européens que sa mère lui racontait le soir, il fait un premier voyage en Europe à l'âge de 16 ans et en restera très marqué. Par la suite, il retournera souvent en Europe, achetant d'ailleurs des centaines de livres d'art qu'il mettait à la disposition de son équipe aux Studios Disney. Parmi ceux qui étaient le plus consultés, notons les livres de gravures de Granville avec ses animaux humanisés, ainsi que les livres de Gustave Doré, dont ses célèbres illustrations des Fables de La Fontaine et de L'Enfer de Dante.
Walt Disney, un autodidacte, avait un rapport contradictoire avec la culture: il s'en méfiait et avait peur de passer pour un intellectuel, mais en même temps il était fasciné par la grande culture, conscient de ses propres limites.
On n'en finit plus de retrouver la trace des nombreuses influences des grandes oeuvres sur sa propre production. Pour créer ses premiers animaux, son équipe d'artistes puise dans les ouvrages de Benjamin Rabier, de Daumier et de Doré. Dans Blanche-Neige et les sept nains, premier long métrage animé de l'histoire du cinéma, on décèle autant l'influence des préraphaélites anglais que celle des grands films expressionnistes allemands.
Pour Pinocchio, personnage pourtant méditerranéen, il invente un univers au croisement des villages bavarois et des chalets scandinaves. Fantasia puise à plusieurs traditions picturales. Les décors de La Belle au bois dormant, fabuleux, empruntent aux primitifs hollandais et italiens, à Bruegel. On trouve même du douanier Rousseau dans son Livre de la jungle. Quant à son Alice au pays des merveilles, qui fut un échec commercial, la filière surréaliste y est très claire dans plusieurs séquences. D'ailleurs, Disney avait travaillé dans les années 40 avec Salvador Dalí pour produire un film qui n'a jamais vu le jour et qui demeure un fantasme fou de cinéphile!
Bref, avant la commercialisation à outrance, le déluge de produits dérivés et les parcs d'attraction, Walt Disney s'était d'abord distingué par un formidable brassage de références culturelles au service d'un art, celui du cinéma d'animation, qu'il avait porté à son sommet.
Il était une fois... Walt Disney, dimanche 11 mars, Télé-Québec, 20h.
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