Odeurs d'élections à Ottawa

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Alec Castonguay
Édition du vendredi 09 mars 2007

Mots clés : Stephen Harper, Toronto, Parti conservateur, Parti politique, Élection, Canada (Pays)

Les conservateurs convoquent candidats et organisateurs à Toronto

Ottawa -- Le Parti conservateur se prépare activement à une campagne électorale fédérale qui serait déclenchée ce printemps, ce qui pousse d'autres partis politiques fédéraux à en faire autant. Signe indéniable que la machine politique se réchauffe, les troupes de Stephen Harper se réunissent à Toronto vers la fin de la semaine prochaine pour préparer les candidats et les organisateurs locaux aux rudiments de la prochaine campagne. Les grandes lignes de la stratégie électorale conservatrice seront expliquées par le directeur des opérations politiques du Parti conservateur, Doug Finley, alors que des ateliers aideront les candidats dans leur planification de campagne.

De plus, Le Devoir a appris que le Parti conservateur a décidé de tenir les lobbyistes à l'écart de son bunker électoral au cours de la prochaine campagne. Lors du dernier scrutin, les lobbyistes ont joué un rôle important au bunker (war room), le lieu où se prennent les grandes décisions. Le parti de Stephen Harper a cette fois décidé de les exclure pour ne pas s'exposer aux critiques, lui qui a fait de l'éthique un morceau important de ses réalisations avec la Loi sur la responsabilité.

«Le mot d'ordre est très clair: il n'y aura pas de lobbyistes au "war room" lors de la prochaine campagne», explique une source conservatrice qui a requis l'anonymat pour pouvoir parler franchement. «Les lobbyistes vont pouvoir aider dans les campagnes locales, sur le terrain, mais ils seront tenus à distance du lieu de décision. Ils ne seront pas les généraux de la campagne.»

Lors des élections de 2006, plusieurs lobbyistes dirigeaient le bunker électoral du Parti conservateur, notamment les départements des relations avec les médias, des communications rapides et de la stratégie électorale.

En tout, sur une quarantaine de personnes, huit lobbyistes oeuvraient dans le bunker. «Le parti juge que l'expertise est maintenant assez grande au bureau du premier ministre pour ne pas utiliser les lobbyistes», explique une source bien branchée. Selon cette personne, c'est une question d'image. «On ne veut pas donner l'impression que ces gens ont accès à des secrets du gouvernement.»

Au Parti conservateur, on refuse de commenter cette décision. «Nous allons engager les personnes qu'on juge nécessaires. On ne discute pas de stratégie ouvertement», s'est contenté de dire Ryan Sparrow, porte-parole du PC.

Les préparatifs électoraux s'accélèrent

Ce choix d'exclure les lobbyistes du bunker fait partie des plus récentes décisions électorales du PC. Le gouvernement Harper répète qu'il ne veut pas orchestrer sa propre défaite, mais les préparatifs en vue d'un scrutin printanier s'accélèrent. De jeudi à dimanche prochain, au Centre des congrès de Toronto, les candidats et organisateurs sont conviés à une grand-messe de formation pour se préparer à la campagne.

Le PC a aussi envoyé une directive bien précise à ses organisateurs à travers le pays: toutes les investitures dans les comtés doivent être appelées ou terminées avant la fin du mois de mars. Le parti va autoriser seulement une quarantaine de comtés au pays (sur 308) à outrepasser cette règle. Il s'agira de circonscriptions réservées à des «vedettes», que ce soit des gros noms comme André Caillé au Québec (l'ancien président d'Hydro-Québec se présentera dans Saint-Jean-sur-Richelieu) ou encore des élus locaux (maires, conseillers municipaux, etc.).

Au Québec, en date du 16 février, 21 des 75 investitures avaient eu lieu, dont celles des dix députés et ministres. D'autres ont eu lieu depuis pour choisir leur candidat, mais le directeur des communications du PC à Montréal, Serge Privé, n'a pas donné suite aux nombreux appels du Devoir depuis une semaine, de sorte qu'il est impossible d'avoir un chiffre plus précis.

Le Parti conservateur a déjà établi ses contacts pour réserver des avions et des autobus de campagne. Le bunker électoral national, qui est le centre névralgique des opérations, a été réservé en banlieue d'Ottawa. D'une superficie de 1600 mètres carrés, il contient notamment un ministudio de télévision qui servira à alimenter les réseaux régionaux avec des entrevues de ministres.

Au bureau du premier ministre, on affirme que les préparatifs plus nombreux et plus précis du parti n'y changent rien. «On a l'intention de gouverner. On ne veut absolument pas organiser notre défaite. Notre réunion de planification avec les candidats était prévue depuis longtemps», explique Dimitri Soudas.

Les sondages favorables aux conservateurs et défavorables aux libéraux alimentent les hypothèses d'élections. L'accélération des préparatifs du parti au pouvoir fait aussi monter la tension d'un cran à Ottawa.

Le NPD est d'ailleurs lui aussi passé à la deuxième vitesse. «On pense que le printemps est très plausible comme fenêtre d'élections», explique Karl Bélanger, directeur des communications adjoint du NPD.

Pour ne pas être pris de court par les conservateurs, le NPD a décidé lui aussi de tenir la semaine prochaine une grande séance d'information pour ses futurs candidats et organisateurs. Habituellement, cette réunion de type «école des candidats» est organisée juste avant les élections. Au NPD, le tout prendra place à Ottawa entre le 16 et le 18 mars. Le parti de Jack Layton est si convaincu de l'imminence des élections qu'il a déjà commencé à tourner ses publicités, ce qui implique de grosses sommes d'argent. «On va en avoir de prêtes bientôt», dit Karl Bélanger.

Au Bloc québécois et au Parti libéral du Canada, on ne tiendra pas d'école des candidats dans les prochaines semaines, mais on affirme que les préparatifs vont bon train.

Des sources de tous les partis indiquent que trois choses pourraient possiblement entraîner le déclenchement d'une campagne électorale dès ce printemps: d'abord, le vote de confiance sur le budget, qui aura sans doute lieu dans la dernière semaine de mars. Si aucun des trois partis n'appuie le budget, c'est la chute du gouvernement.

Ensuite, le projet de loi C-30, sur la réduction des gaz à effet de serre, devrait sortir du comité parlementaire vers la fin de mars ou au début du mois d'avril. Si les trois partis d'opposition restent en désaccord avec le gouvernement sur le chemin à suivre en matière d'environnement, Stephen Harper pourrait utiliser ce projet de loi pour en faire un vote de confiance. Finalement, le gouvernement Harper pourrait utiliser comme prétexte le fait que son programme en matière de justice est bloqué par l'opposition. Des scénarios hypothétiques qui ont assez de fondement pour mettre les machines électorales en alerte.


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