Opinion

Libre-Opinion: Blesser une adolescente

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Aoua Bocar Ly, Sociologue et membre partenaire de l'Institut santé et société de l'Université du Québec à Montréal et présidente-fondatrice du Réseau femmes africaines, horizon 2015 (FAH2015)

Édition du mardi 06 mars 2007

Mots clés : soccer, Hijab, Asmahan Masour, Sport, Religion, Canada (Pays), Québec (province)

En voulant trop raisonner, on finit par devenir «déraisonnable». C'est ce à quoi a conduit la décision de l'arbitre de l'équipe de soccer de Laval, à «dévoiler» une jeune fille de 11 ans. Je parle ici du cas à présent bien connu de mademoiselle Asmahan Masour d'Ottawa.

Un arbitre sportif, c'est aussi un éducateur et, en tant que tel, il doit également être un pédagogue. Or, la façon brutale d'exiger de cette adolescente, devant ses amies, d'ôter son foulard ou de quitter le terrain a été non seulement un manque de pédagogie mais aussi de délicatesse. Placée dans cette situation, le choix de la petite ne pouvait être que de défier l'ordre et de refuser de s'y plier.

Comme chacun le sait, le traitement des jeunes en pleine adolescence exige du doigté, tant des parents que des éducateurs. De la part de cette jeune musulmane, comme tous les jeunes de cet âge -- quels que soient leur sous-groupe racial, leur culture ou leur religion -- l'attitude est au défi, surtout dans certaines circonstances. À mon sens, l'arbitre aurait pu demander à son entraîneur de lui parler hors du terrain et de tenter de la persuader de ne pas porter le foulard lors du match. Il aurait pu obtenir les résultats escomptés. Contrairement à cela, il blesse une adolescente et déclenche une attitude de défi de toute son équipe.

Permettez-moi de saluer l'attitude de ses amies qui se sont solidarisées avec elle en quittant le terrain. Cet acte de dignité, que l'on a très peu souligné, renforce ma confiance à l'endroit de la jeunesse canadienne. Je la suis et l'écoute souvent, par exemple à l'émission Ado-Radio de la radio de Radio-Canada, animée par l'excellente animatrice et pédagogue, Valérie Letarte. Je suis à chaque fois fascinée par la maturité et l'ouverture d'esprit de ces jeunes, par leur compréhension et leur acceptation de la différence. Avec eux et elles, on saura bâtir un Québec réellement ouvert à l'autre et inclusif.

Quelle société voulons-nous?

Cependant, il est nécessaire que, d'ores et déjà, les parents ou les adultes y mettent du leur. De la même façon que pour l'environnement, il est nécessaire de déterminer quelle société nous allons léguer aux générations futures. Est-ce une société fondée sur des conflits ou basée sur des principes de coexistence pacifique, d'harmonie et de respect mutuel?

Le Québec n'est ni la France ni la Turquie, mais une société nouvelle qui peut s'inspirer de ces pays, non les copier. Elle a son histoire propre et des valeurs spécifiques.

À mes yeux, le Québec constitue tout un projet de société qui a beaucoup à apporter à l'humanité. En tant que peuple blanc ayant connu l'oppression et l'injustice, ses citoyens, surtout le peuple fondateur que sont les Canadiens français, sont les mieux placés pour comprendre le vécu des peuples placés dans les mêmes conditions et qui aspirent à la dignité.

De surcroît, en tant que minorité, un îlot de francophones dans une mer d'anglophones mais résistant à l'assimilation et refusant la disparition culturelle, le Québec est le meilleur guide des peuples marginalisés vers la liberté. Comme beaucoup l'ont dit et répété, l'outil essentiel de ce vivre ensemble en harmonie, en paix et dans la cohésion, est le dialogue permanent.

Il est important que des dérapages d'accommodements ou de non-accommodements ne nous fassent pas perdre de vue cette perspective historique de notre société, surtout à l'aube de la célébration du 400e anniversaire de la Ville de Québec et de notre nation.


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