Au tour du 450

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Kathleen Lévesque
Édition du samedi 03 et du dimanche 04 mars 2007

Mots clés : Mario Dumont, Parti politique, Élection, Québec (province)

Mario Dumont s'est lancé dans la campagne avec humilité mais aussi avec beaucoup de détermination

Photo: Jacques Nadeau

En dix jours de campagne, Mario Dumont est devenu le facteur décisif des élections. Les résultats favorables des sondages successifs, un plan de campagne bien huilé et un franc-parler qui a de l'écho: voilà autant d'éléments qui ont permis au chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ) de marquer des points. C'est pourtant sans éclat particulier que Mario Dumont a mis le pied dans l'aventure électorale.

«On a compris. Ça ne peut pas être pire.» Lancée en riant par Mario Dumont sur les ondes d'une radio locale à Victoriaville, cette phrase avait les accents d'un mea-culpa en ce qui concerne l'ambition démesurée de l'ADQ en 2003. De fait, les premiers mots du chef adéquiste au moment du déclenchement des élections, la veille, étaient teintés d'humilité.

«Pour moi, entamer la campagne 2007, c'est tourner définitivement la page sur la campagne 2003. Vous me pardonnerez un peu d'égoïsme en cette matière», a-t-il dit.

Chaque jour de la première semaine, la comparaison avec l'ambitieuse campagne adéquiste de 2003 a été ramenée sur le tapis et déclinée de diverses façons. Encore mercredi dernier, M. Dumont disait que la dernière campagne de l'ADQ avait ressemblé à la fable de «la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf».

Jamais le ton n'a été larmoyant. Cela a surtout servi à faire connaître les nouveaux objectifs de l'ADQ, qui sont aussi un retour aux sources, c'est-à-dire accroître l'appui populaire d'un scrutin à l'autre, croit Marc Snyder, qui était au coeur de l'organisation adéquiste jusqu'en 2003.

«On n'est pas habitués à la franchise. Les gens sont sensibles à ça. Or Mario Dumont est revenu à la dynamique qui l'animait les premières années», estime M. Snyder, conseiller en communications.

Mais si les objectifs de l'ADQ et de son chef apparaissent plus modestes, la détermination est restée intacte. Armé d'un plan de campagne inspiré de celui adopté par les conservateurs de Stephen Harper, Mario Dumont a abordé un thème différent chaque jour avec une proposition concrète, souvent recyclée, comme celle de créer un protecteur de la jeunesse. Il a systématiquement refusé de chiffrer ses engagements, avouant candidement qu'il s'agit de maintenir l'intérêt; le cadre financier sera dévoilé la dernière semaine de campagne.

«On ne perd pas une journée pour lancer des idées, des propositions», a-t-il martelé. Et quand sont survenues les bonnes nouvelles du côté des sondages, il a maintenu le cap; tout au plus le sourire se faisait-il plus large. Comme un leitmotiv, Mario Dumont a répété qu'à l'ADQ, «on ne se pète pas les bretelles».

Résultat: chaque jour, les engagements de l'ADQ ont eu droit à une couverture médiatique nationale. Selon Michel Fréchette, communicateur-conseil chez Fréchette & Girard, c'est là le coeur de la stratégie adéquiste: maintenir l'intérêt des médias pour atteindre la population.

«Il réussit à le faire avec beaucoup de créativité. Les gens retiennent des images bien plus que les grandes analyses ou les plates-formes électorales. À ce moment-ci, les gens consacrent peu de temps à la campagne», constate M. Fréchette.

De fait, avec peu de moyens, l'ADQ met en scène la présentation des thèmes quotidiens devant un décor attrayant pour la télévision et les photos. Par exemple, la dénonciation du bilan des libéraux en matière de fiscalité familiale s'est faite dans une résidence modeste de Saint-Georges-de-Beauce. La présence des quatre enfants de la famille Drouin-Boissonneault illustrait parfaitement le propos du chef adéquiste et, en filigrane, le message selon lequel l'ADQ est un parti qui comprend la réalité du «vrai monde».

Un sondage Léger Marketing publié dans Le Devoir lundi dernier soulignait que parmi les chefs de parti, Mario Dumont est celui que les Québécois estiment être le plus près de la population (44 %, contre 18 % pour André Boisclair et 16 % pour Jean Charest) et le plus honnête (36 %, contre 17 % pour le chef du PQ et 16 % pour le chef libéral). «On retrouve un Mario Dumont que les gens ont terriblement le goût d'aimer», analyse Michel Fréchette.

Mario Dumont est passé des bains de foule aux visites d'usines ou de centres pour personnes âgées, sans compter les repas du midi pris dans les centres commerciaux de la province entre une dizaine de poignées de main, avec une aisance parfaite. Au cours de cette première étape de la campagne, jamais il n'a détonné. Ses brefs discours livrés aux travailleurs dans les usines sont applaudis. Les expressions choisies pour attaquer les adversaires sont imagées et n'ont rien à voir avec la langue de bois souvent reprochée aux politiciens. Par exemple, les premiers jours, il associait le chef libéral à un «gros big shot» bien loin des préoccupations des gens, qui menait une campagne «chloroforme».

Cette façon de faire, si elle semble jusqu'à maintenant permettre à Mario Dumont d'engranger des appuis, paraît surtout compenser le manque de moyens, une équipe construite à la va-vite et des solutions qui transpirent le clientélisme. D'ailleurs, le discours livré dimanche dernier lors du premier rassemblement partisan de la campagne adéquiste ainsi que le sondage Léger Marketing publié dans Le Devoir ont changé le ton de la campagne.

Tout à coup, Mario Dumont est devenu une cible et a dû répliquer. Au même moment, péquistes et libéraux, avec leurs échanges acrimonieux sur la question référendaire, lui ont donné l'occasion de s'élever au-dessus de la mêlée. L'occasion était trop belle: il a développé l'idée selon laquelle il y a deux vieux partis, puis il y a l'Action démocratique, «le parti de la classe moyenne».

Et l'intérêt pour l'ADQ semble déborder de la grande région de Québec. Le 450 est dans la mire. «Les Montréalais auraient tort de snober Mario Dumont. Non pas qu'ils doivent l'appuyer, mais il ne faut pas le sous-estimer», juge Michel Fréchette.

Et si l'ADQ devait grimper davantage dans les intentions de vote? La tentation de démoniser Mario Dumont comme en 2003 pourrait être bien grande. «C'est une charge qui aura beaucoup moins d'influence qu'il y a quatre ans. D'abord parce que les politiciens sont les seuls à porter ce message, les accusations sont objectivement fausses et le temps joue contre les adversaires de Mario Dumont puisque, pour ancrer une image dans la population, ça prend des mois», soutient Marc Snyder, rappelant le «manque de jugement» martelé par les libéraux à l'endroit d'André Boisclair.

Michel Fréchette abonde dans ce sens: «Il sera plus difficile à diaboliser parce qu'il n'est pas une menace pour le pouvoir. Il est une menace dans des comtés. Les gens qui appuient l'ADQ veulent une présence à l'Assemblée nationale, tout simplement», conclut-il.


Vos réactions


Economisons les limos, votons Mario - par l poisson
Le samedi 03 mars 2007 03:00

"Il ne faut pas sous-estimé Mario Dumont" - par Michelle Bergeron
Le vendredi 02 mars 2007 23:00

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