Portrait - Pièce par pièce, Mecachrome s'ancre au Québec

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Claude Turcotte
Édition du samedi 03 et du dimanche 04 mars 2007

Mots clés : livraison, Mecachrome, Économie, Entreprise, Québec (province)

L'entreprise dessert de prestigieux clients dans l'aérospatiale, l'automobile de luxe et les bolides de course

Mecachrome s'est installée au Québec en 2002. Présentement, l'entreprise compte plus de 300 employés au Québec, dont 140 à Montréal-Nord, 47 à Mirabel, 17 au siège social et les autres affectés à des activités technologiques.

Photo: Jacques Grenier

Guillaume Casella avait à peine eu le temps de s'asseoir pour l'entrevue que son cellulaire le faisait se relever spontanément et qu'une conversation s'engageait en anglais. Marchant d'un pas rapide autour de sa table de travail, le président de Mecachrome ne ménageait rien pour rassurer son client et affirmait mettre toute la pression requise pour accélérer les livraisons. Puis, de retour à l'entrevue, M. Casella répétait que son plus grand défi de l'heure était de livrer à temps. Cela est d'une importance majeure quand les clients portent tous des noms prestigieux, que ce soit dans l'aérospatiale avec Boeing, Airbus, Bombardier, ou dans l'automobile de luxe avec Porsche ou Mercedès, ou dans les bolides de course de Formule 1, Indy et Nascar.

Dans l'immédiat cependant, c'est la production de pièces pour le prochain appareil Boeing 787 qui préoccupe ce jeune président, qui vient de célébrer son 31e anniversaire de naissance. «Depuis quatre ans, notre stratégie était d'être prêts et on a choisi d'investir beaucoup là où personne n'investissait», raconte-t-il sans donner de détails. Mais il semble bien que ce qui a été semé commence à pousser. «On a tellement de demandes, surtout dans le militaire», ajoute-t-il. Des clients américains? Oui.

Puis, il mentionne la nécessité de faire «un recrutement colossal», sans faire de maraudage ni offrir des salaires démesurés, ce qui à long terme ne serait bon pour personne, précise-t-il. En janvier dernier, Mecachrome annonçait que le Fonds de solidarité FTQ devenait son partenaire avec un investissement de 35 millions, ce qui lui donnait une participation de 13,2 % dans cette entreprise familiale fondée en France en 1937 par le grand-père de Guillaume. «Les quelque 240 PME qui composent la fibre industrielle du secteur aérospatial du Québec ont besoin d'intégrateurs tels que Mecachrome afin d'avoir accès aux retombées découlant de la reprise du secteur aérospatial. Nous avons déjà créé 147 emplois depuis notre arrivée au Québec et nous prévoyons en créer quelque 100 nouveaux au cours de la prochaine année, principalement à Mirabel pour le programme du Boeing 787», disait M. Casella au moment de cette annonce. Présentement, l'entreprise compte plus de 300 employés au Québec, dont 140 à Montréal-Nord, 47 à Mirabel, 17 au siège social et les autres affectés à des activités technologiques.

Mecachrome s'est installée au Québec en 2002 en faisant une alliance stratégique avec une petite firme de Montréal-Nord, Atelier d'usinage Aéro, qu'il devait d'ailleurs acheter quelques semaines plus tard. «Notre implantation au Québec concrétise notre stratégie d'expansion vers le marché aéronautique nord-américain pour laquelle Montréal constitue un pôle idéal», déclarait alors le jeune Casella, qui fut d'ailleurs la seule personne de sa famille et de l'entreprise européenne à venir s'installer à Montréal. Comme Mecachrome avait pour objectif de desservir 100 % du marché aéronautique, il lui fallait des installations dans «la zone dollar», en commençant par le Canada pour ouvrir une porte sur le grand marché américain. L'acquisition d'Aéro, qui avait alors 80 employés et un chiffre d'affaires de 10 millions, était une façon de comprendre comment les choses se passaient en Amérique du Nord. On a importé des machines d'Europe pour comparer leur performance à celles d'Aéro.

Pour Guillaume Casella, l'adaptation à la culture d'ici fut remarquablement rapide. Sur le plan personnel, il a épousé une Québécoise qu'il avait rencontrée au Grand Prix de Montréal. Sur le plan professionnel, il est enthousiasmé par l'ouverture d'esprit qu'il constate dans le milieu des affaires en Amérique et par la volonté de ses collègues québécois de travailler fort pour le succès de l'entreprise. En comparaison d'un clivage qui prévaut souvent dans les rapports entre patrons et employés en Europe, M. Casella ne tarit pas d'éloges sur le Fonds de solidarité FTQ, qui a fait beaucoup pour aider l'entreprise et qui est d'ailleurs le seul partenaire extérieur à son capital actions.

Depuis son arrivée à Montréal, Mecachrome a évolué très rapidement. En 2003, il ouvrait un bureau d'étude à Saint-Laurent, Mecachrome Technologies, pour participer notamment à la conception de la nouvelle famille d'appareils de Bombardier, la série C. En 2004, il inaugurait de nouvelles installations à Mirabel qui s'étendent sur 160 000 pieds carrés. En 2005, il ouvrait un bureau d'étude à Toronto avec les ex-employés de Boeing, qui avait mis fin à ses activités dans cette ville. Toutefois, la décision la plus inattendue fut d'installer à Montréal le siège social de Mecachrome International, le nouveau holding de tout le groupe. «La tête doit suivre le mouvement», lance M. Casella, en soulignant à nouveau «la grande ouverture d'esprit et la facilité qu'il y a à partir d'ici d'aller acheter au Japon, au Brésil ou ailleurs».

Alors que Guillaume dirige Mecachrome International et les activités canadiennes, son frère Arnaud prend en charge les activités en France, où il y a 1700 employés. Mecachrome a eu jusqu'à une douzaine d'employés qui ont oeuvré sur le projet de la série C de Bombardier, projet qui demeure entre parenthèses pour un temps indéterminé. M. Casella laisse une ou deux personnes aux aguets pour surveiller ce qui pourrait se produire à ce sujet, mais il affirme d'ores et déjà qu'il n'est pas question que Mecachrome devienne «un partenaire à risque» dans le programme de la série C. Il assure ne rien savoir de ce qui peut se mijoter dans ce dossier chez Bombardier, qui demeure par ailleurs un bon client pour ses appareils actuels.

Alfred Casella, né en Italie, était soudeur dans les sous-marins. Le régime fasciste l'a incité à s'installer en France, où il a d'abord travaillé pour Renault. Puis, passionné de mécanique et de pièces complexes, il a commencé à bricoler dans un atelier à l'arrière de sa résidence des pièces qu'il a vendues ensuite à Sud-Aviation. À son décès en 1971, son fils Gérard a pris la relève de cette petite entreprise artisanale et lui a donné une dimension industrielle. À la suite de la crise du pétrole en 1973, il a diversifié le marché en allant du côté des voitures sport tout en continuant à fournir l'industrie aéronautique des pièces de structure et de moteur. De 1971 à 1997, il a fait passer le nombre des employés de 80 à 1500. En 1999, Mecachrome développait et construisait son premier moteur complet pour la Formule 1. Pratiquement toutes les écuries de cette course prestigieuse ont été des clients de Mecachrome. En 2001, cette entreprise participait au programme conjoint de développement de l'Airbus A380.

L'industrie aéronautique a beaucoup changé au fil des décennies et l'évolution se poursuit toujours. Mecachrome a bien l'intention de continuer à s'y adapter. Son implantation en Amérique du Nord s'inscrit dans cette démarche. Avant, un constructeur d'avions faisait tout dans son pays. En 2007, il y a des spécialités dans divers pays. «Il faut être ouvert à toutes les cultures pour marier les compétences», souligne M. Casella. Dans cette perspective, Mecachrome a choisi de devenir un intégrateur, c'est-à-dire de fabriquer les pièces les plus complexes, d'acheter les pièces simples et de faire l'assemblage du tout. C'est la vocation donnée à son usine de Mirabel.

De plus, Mecachrome entend être non seulement un producteur de pièces mais aussi un fournisseur de solutions ou, en d'autres mots, passer du secteur secondaire au tertiaire, ce qu'il cherche à faire par exemple pour les voitures Nascar et pour les grandes firmes aéronautiques.

Présentement, le chiffre d'affaires du groupe est de 250 millions d'euros, soit plus ou moins 380 millions $CAN selon les fluctuations du taux de change; il provient à peu près également de la clientèle aéronautique et de celle des autos. Son carnet de commandes est de 1,7 milliard d'euros, soit un milliard provenant des activités en France et 700 millions d'euros (un milliard $CAN) du marché nord-américain.


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