Québec 2007
Mots clés : Action démocratique du Québec, observateurs, Parti politique, Élection, Québec (province)
Chaque samedi pendant la campagne électorale, Le Devoir présentera les propos de trois observateurs chevronnés de la scène politique. Ils nous livreront leurs idées et leurs impressions sur le déroulement de ce grand débat politique.
Auteur et analyste politique
L'efficacité de la démagogie
On a vu cette semaine l'efficacité de la démagogie politique. D'abord avec Jean Charest, qui n'a jamais reculé devant une bonne réponse démagogique. C'est un homme très intelligent qui ne se trompe pas lorsqu'il choisit d'être démagogue et qui connaît l'efficacité de la démagogie. Il est très important pour lui que la campagne porte sur le projet référendaire du PQ. Il faut que le sujet tourne là-dessus et non pas sur le mont Orford, sur les listes d'attente ou, globalement, sur son bilan. Il faut qu'il dise des choses tellement fortes, même si elles sont fausses, que ça occupera l'actualité de la campagne pendant 24 ou 48 heures.
Ses réponses sur les transferts fédéraux, qu'il savait loufoques et contraires à la réalité juridique du pays, ont fait en sorte qu'on a parlé de ça pendant trois jours au lieu de parler du bilan de M. Charest. Il y a bien sûr un effet secondaire: ça tire le niveau du débat vers le bas. Mais ce n'est pas quelque chose qui gêne M. Charest.
Il y a toutefois des dangers à la démagogie. En 2003, il avait dit qu'il allait régler le problème des urgences, une chose impossible à faire. On peut gérer le mieux possible mais pas tout régler. C'est venu lui mordre la cheville cette semaine.
Sur le même thème, Mario Dumont est quelqu'un qui réussit à trouver dans le débat social des éléments très populaires. Comme il ne pense pas gouverner, il ne s'embarrasse pas de réalisme. On l'a vu sur les accommodements raisonnables ou sur les commissions scolaires. Abolir ou non les commissions scolaires, c'est un débat qui a de la valeur. Mais pourquoi en parle-t-il, lui? Parce que c'est dans l'air. Il sait que ce serait une gaffe monumentale s'il était premier ministre, mais ça colle à une certaine démagogie populaire.
Même chose pour son idée d'un protecteur de la jeunesse. C'est dans l'air. C'est efficace. Mais il y a déjà un protecteur de la jeunesse au Québec. On voit que ce n'est pas réfléchi, mais ça passe dans les sondages.
André Boisclair se retrouve ainsi en déficit de démagogie, et ça le dessert. Sur la question du hidjab, il a donné une réponse de gouvernant, très responsable, mais ce n'était pas la bonne réponse politique. Il s'est mis en retrait du courant populaire majoritaire dans la population.
Par ailleurs, les publicités péquistes m'apparaissent rigolotes, bien faites. On n'a pas envie de changer de poste lorsque ça passe. C'est plus convenu au PLQ, mais ça fait partie de la totalité de la campagne des libéraux. Sur les affiches, par exemple, les candidats s'appuient sur leur poing fermé pour nous dire qu'il ne se passera rien. Ne vous inquiétez pas, réélisez-nous, nous sommes calmes, pas menaçants. Ce sont des publicités très institutionnelles, rassurantes. Il y a de la cohérence dans le message.
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John Parisella
Professeur associé à l'université Concordia
La semaine des sondages
Autant la première semaine a été dominée par les dérapages, autant je dirais que la deuxième fut dominée par les sondages. C'est un peu malheureux, parce que ça renforce l'idée que la campagne va être dominée par l'actualité. L'électeur risque donc de faire un choix stratégique plutôt qu'idéologique.
Il faudra voir si les intentions de vote pour l'ADQ vont se maintenir et si les choix plutôt populistes de ce parti d'exploiter des tendances à court terme seront payants. Tout reste volatil. En 2003, les gens voulaient du changement. Ils ont regardé le programme de l'ADQ et, à la fin, ont abandonné ce parti parce que ses idées leur faisaient peur.
Cette année, reconnaissons-le, Dumont mène une campagne efficace, plus dans le style de George W. Bush ou de Stephen Harper: des phrases courtes, le sens du clip; il émet des critiques, mais arrive en même temps avec des solutions. Sauf que plus on va se rapprocher des élections, plus les gens vont commencer à regarder son équipe. Et autant le programme de l'ADQ avait été un boulet pour le parti en 2003, autant il est probable que ce soit l'absence d'une équipe solide qui en soit un cette fois.
Au fond, c'est un peu comme la musique dans un ascenseur. C'est intéressant à écouter, mais personne ne va aller acheter le CD.
Jean Charest fait la campagne qu'il souhaitait faire. Je calcule que c'est prudent et bien orchestré. On sent qu'il a plus d'aplomb et d'assurance depuis huit ou neuf mois, et ça continue. Cependant, les attaques des autres partis sur son bilan le forcent à se mettre sur la défensive. Je pense qu'il devra recentrer sa campagne sur les idées et ce vers quoi il veut amener le Québec.
Pour sa part, André Boisclair fait techniquement une bonne campagne. Pas d'erreur importante, mais... on sent dans les sondages que c'est presque devenu un référendum sur M. Boisclair, que le monde écoute moins. C'est comme si on baissait le son de la télé quand il y est. Alors, c'est clair que la performance de M. Boisclair ne se reflète pas dans les sondages. Mais, ce qui s'est passé en pré-campagne, c'est une autre paire de manche.
On peut voir aussi que le PQ éprouve des problèmes avec sa base actuellement. Elle n'est pas au rendez-vous. Le programme était destiné à séduire les indécis, avec les mots «consultation populaire» notamment.
On a vu un changement de cap cette semaine: la réapparition du mot «référendum», l'idée d'en tenir un autre après une éventuelle défaite, puis la présence de M. Parizeau, tout cela est clairement destiné à la base du parti.
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Marie Grégoire
Ancienne députée adéquiste du comté de Berthier
L'heure de rendre des comptes
Il n'y a pas eu de grosse surprise pour moi cette semaine. Les partis et les chefs ont pas mal suivi leur sillon, à l'exception peut-être de M. Charest. Son bilan en santé semble le rattraper. Il avait dit: «Vous me jugerez sur mes résultats», mais les résultats ne sont pas simples à obtenir... Je pense qu'il aura à s'expliquer encore là-dessus, parce que c'est un thème qui sera très présent dans la campagne.
M. Charest a tenté cette semaine d'imputer les maux du système de santé au référendum. Mais il a quand même eu quatre ans de pouvoir pour changer les choses! On ne peut pas pelleter toutes les responsabilités sur les gouvernements précédents. M. Charest doit aussi assumer des responsabilités.
André Boisclair n'a pas eu une semaine facile avec tout ce qui est arrivé en parallèle de la campagne (les commentaires sur son homosexualité). Mais c'est aussi difficile à cause de son obsession référendaire et de sa façon de se présenter aux Québécois. C'est dans sa personnalité, dans la façon de s'y prendre; on sent qu'il n'y a pas beaucoup de «connectivité» émotionnelle avec la population. Quand on en parle aux gens, on entend souvent qu'ils changent de poste lorsqu'ils voient Boisclair. Ça ne s'explique pas, c'est juste comme ça. Et il aura de la difficulté à changer ça, même s'il fait un excellent débat. Il ne peut pas changer complètement, sinon les gens vont se poser des questions.
Mario Dumont fait une campagne énergique sur le terrain, une campagne qui lui ressemble: avec du contenu et proche des gens. Il tient le rythme et là-dessus il peut être satisfait de ses deux premières semaines. Il est plus confiant qu'en 2003 parce que le contexte est fort différent. L'ADQ est sur une pente ascendante cette fois.
Les sondages qu'on a dévoilés cette semaine montrent ainsi qu'il y aura une lutte à trois dans plusieurs régions du Québec. Mario Dumont peut être content de ses résultats. Ça va avec le tempo et le rythme qu'il donne. Les Québécois voient quelque chose là-dedans, ils choisissent l'ADQ pour son programme et ses idées. C'est intéressant de voir que la tendance se maintient.
Par rapport aux publicités, j'ai trouvé celles libérales très traditionnelles; j'ai l'impression que ce sont les mêmes qu'en 2003. Je trouve surtout qu'elles manquent d'énergie. J'ai besoin de voir de l'énergie pour les défis du Québec. Celles du PQ sont plus lumineuses, mais elles ne m'interpellent pas non plus. Je ne suis pas tentée par les publicités négatives.
Autrement, je ne crois pas que le fait que l'ADQ n'ait pas les moyens de se payer des messages publicitaires la desservira: c'est mineur, en ce sens que les gens vont apprécier que ce parti vive selon ses moyens!
Vos réactions
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