Analyse - Il n'y a pas pire aveugle...
Mots clés : élections, Culture, Parti politique, Canada (Pays), Québec (province)
Les partis politiques en lice, obsédés par les systèmes de santé et d'éducation et par l'environnement, ne promettent à peu près rien à la culture. Pourtant, ce ne sont pas les dossiers chauds qui manquent...
C'est tout? Non, mais presque. Du point de vue des arts, des lettres et du large système culturel, les propositions ambitieuses, globales et originales pèchent encore désespérément par absence dans les programmes des principales formations politiques en lice.
Rien
Il n'y a donc rien pour les principaux dossiers chauds des arts et de la culture. Rien par exemple sur les moyens de développer Montréal comme métropole culturelle. Rien sur le financement des projets d'agrandissement défendus par les grands musées. Rien sur la crise appréhendée des publics des arts de la scène. Rien de concret sur la diffusion internationale des productions québécoises ou sur leur simple rayonnement ici même, à l'intérieur des frontières. Rien sur la crise de la lecture, la culture à l'école, le corporatisme des techniciens ou les rapports inégaux aux arts des riches et des pauvres, des villes et des régions, ou même des hommes et des femmes. Rien sur les droits d'auteur, les mutations technologiques, la révolution des plateformes de diffusion...
Rien, ou si peu, alors que le monde bascule et que la culture se transforme radicalement. Les partis politiques québécois continuent de réagir à la petite semaine, en faisant comme si. Comme si la mondialisation n'existait pas. Comme si l'utilitarisme ne gangrenait pas tout le système. Comme si de nouvelles formes culturelles n'avaient pas déjà commencé à faire s'effondrer des pans entiers d'un édifice séculaire.
Certains choix ne peuvent pas s'expliquer autrement que par l'aveuglement volontaire, la surdité pratique ou l'insensibilité généralisée. Par exemple, le fait que le programme du Parti québécois ne comporte aucune proposition concernant le patrimoine dans son ensemble, que celui-ci soit religieux, bâti, paysager ou documentaire. Les balises gouvernementales sont attendues depuis trois décennies et cette formation a encore des prétentions de défendre mieux que toute autre la substantifique identité nationale.
Le Parti libéral, lui, a déjà commencé le travail pour adopter une loi-cadre du patrimoine culturel, y compris un fonds permanent de dotation. Il promet de terminer le boulot s'il reprend le pouvoir, comme il annonce la mise en réseau des bibliothèques, l'adoption d'un nouveau modèle de financement du cinéma et la mise en oeuvre de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l'Unesco.
Par contre, le PLQ n'annonce pas de bonification du budget du CALQ, une vieille revendication des associations d'artistes professionnelles. Le Conseil a été fondé au début des années 1990. Son budget a stagné à 45 millions pendant des années. La mobilisation du début de la décennie a fait gonfler l'enveloppe à quelque 72 millions, mais il en manque encore 18 pour atteindre le seuil de financement de 90 millions souhaité par le milieu il y a déjà plusieurs années.
Des déclarations de principes
Le PQ bouge sur ce dossier. La «feuille de route» promet de hausser les budgets du Conseil des arts et des lettres de dix millions par année, ce qui gonflerait le magot à quelque 110 millions en bout de mandat. Un gouvernement péquiste adopterait aussi une loi de mise en oeuvre de la convention de l'Unesco sur la diversité culturelle. Il modifierait également la Loi sur le ministère de l'Éducation pour favoriser la fréquentation des arts de la scène par les élèves. Cette faveur accordée aux «arts de la scène» plutôt qu'aux «sorties culturelles» dans un sens large, incluant les musées ou les bibliothèques, a de quoi étonner.
Pour le reste, le texte demeure dans le vague et la déclaration de principes. Il est par exemple promis de faire de la culture «une priorité dans la définition, le développement et la promotion de l'identité québécoise, ici comme à l'étranger», ou encore de soutenir «de façon spécifique la commercialisation des produits culturels québécois dans le monde». Seulement, la petite page consacrée à la culture ne dit rien de précis en ces matières. Au total, la feuille de route contient huit propositions mais ne promet aucun argent spécifique, sauf pour le CALQ. La culture ne figure même pas parmi les sept grands chantiers prioritaires énumérés par le document (éducation, environnement, économie, santé, régions, etc).
La version préliminaire du programme électoral publié par Le Devoir au début de février s'avérait autrement plus ambitieuse. Ce document promettait un train de mesures, par exemple pour doubler le budget du Conseil des arts, qui serait passé à 150 millions par année, hausser celui de la SODEC, étendre la politique d'intégration des arts à l'architecture à toutes les constructions publiques, développer un conseil du patrimoine et établir des antennes culturelles du Québec à l'étranger. Presque toutes ces propositions ont donc été abandonnées dans le dernier droit des négociations et le PQ se retrouve avec une plateforme culturelle maigrichonne.
Le programme de l'ADQ, intitulé Une vision. Un plan. Une parole, parle aussi un peu de culture, ce qui est déjà une nouveauté par rapport à la dernière campagne électorale, alors que le secteur n'intéressait aucunement la formation. Le principal engagement de la formation de Mario Dumont promet de «donner un soutien accru à la culture». L'idéologie du parti lui fait préciser qu'il s'agirait de remettre plus d'argent aux créateurs et moins à la bureaucratie culturelle. «L'ADQ s'engage à reconnaître les grandes réussites du milieu culturel, autant ici, au Québec, qu'ailleurs dans le monde, et ce, en apportant un soutien accru au secteur de la culture, dit le document. Notamment, l'ADQ entend financer directement les créateurs plutôt que la bureaucratie et reconnaître véritablement leur statut.»
Les verts demeurent monomaniaques de l'environnement et ne disent absolument rien de la culture, sinon pour envisager de soutenir les artistes amateurs et semi-professionnels «par la création d'un réseau de coops d'artistes et la reconnaissance de leur statut», et promettre de «subventionner les projets de bibliothèques multimédias en région et regarnir les bibliothèques scolaires».
Québec solidaire apparaît encore plus chiche. La seule de ses 25 propositions fondamentales traitant de culture parle d'élaborer «un projet de filet de sécurité sociale pour les artistes du Québec».
Et c'est tout? Et c'est tout.
Vos réactions
Pourquoi... ? - par François Caron
Le mercredi 07 mars 2007 15:00
La diversité culturelle - par Georges Paquet (georgespaquet@sympatico.ca)
Le dimanche 04 mars 2007 05:00
CINÉMA QUÉBÉCOIS - par Philippe Champagne
Le dimanche 04 mars 2007 00:00
Mince vernis - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le samedi 03 mars 2007 11:00
savoureux avenir - par marie-claude leclerc
Le samedi 03 mars 2007 11:00

