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M. Groleau, autrefois la terre était plate

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Linda Hart (linda.hart@cgocable.ca)
Envoyé Le lundi 19 février 2007 19:00



@M. Guy Groleau
Je suis tout à fait d'accord avec vous, si un enseignant prétend que la terre est plate ou que nous descendons des Martiens, je ne peux que vous recommander d'intervenir. Toutefois, concernant les erreurs que peut parfois commettre un enseignant et qui, habituellement, ne sont pas aussi flagrantes, je vous ferai remarquer que personne ne dit qu'un enseignant est à l'abri de l'erreur. Êtes-vous à l'abri de l'erreur ? Voilà je pense ce qu'il est bon qu'un enfant comprenne, l'erreur est humaine. De plus, si ladite erreur vous est rapportée lors d'une conversation avec votre enfant sur ce qui se dit en classe, gardez toujours en mémoire que le ouï-dire n'est pas un élément de preuve valable (principe de droit) et avant de faire une tempête dans un verre d'eau, fouillez bien la question avec votre enfant. Vous découvrirez peut-être que l'enseignant a expliqué aux enfants que les scientifiques croient qu'il y a peut-être déjà eu de la vie sur Mars ou qu'autrefois les gens pensaient que la terre était plate. Ce qui est important c'est que votre enfant comprenne qu'en ce qui regarde son professeur, vous donnez la chance au coureur et refusez de prendre des déclarations citées hors contexte pour argent comptant. En ce qui touche les rapports oraux des enfants, il faut écouter attentivement, mais demeurer suffisamment sceptique pour ne pas se faire avoir.

Laisser passer des choses qui vont à l'encontre de vos valeurs me semble parfaitement admissible. L'école n'a pas pour fonction de défendre les valeurs d'un individu en particulier, elle prône les valeurs de la majorité ce qui est normal. En ce qui concerne les vôtres, rien ne vous empêche d'en faire part à votre enfant, d'en discuter avec lui en gardant l'esprit ouvert à sa possible dissidence. Ce qui est important et formateur n'est pas que votre enfant partage nécessairement votre vision, mais plutôt qu'il apprenne, en votre compagnie bienveillante, à définir la sienne et à défendre les principes qui lui tiennent à coeur de façon logique et raisonnable. Je pense que la technique socratique du "connais-toi toi-même" s'applique particulièrement bien dans le cadre de la relation parent-enfant. Un enfant, même très jeune, ne demande pas mieux que d'utiliser ce qu'il a entre les deux oreilles. Il faut apprendre à lui faire confiance dans ce domaine, guider sans imposer notre vision, le laisser faire ses choix, discuter avec lui de diverses options et aussi exprimer nos vues en expliquant ce qui les motive.

La classe c'est aussi l'école de la vie, c'est votre enfant qui est assis là. Dans la mesure du possible et du raisonnable, ne vous interposez pas entre lui et sa vie, autorisez le plutôt à développer son propre jugement, ouvrez avec lui la porte à la curiosité, à l'infinie diversité des opinions et des valeurs, suscitez son questionnement, ouvrez le dialogue, aidez-le à apprendre le plaisr de débattre. Vous constaterez très rapidement les résultats et vous aurez contribué à en faire un individu autonome, peu enclin aux préjugés, à la pensée magique et à l'étroitesse d'esprit, vous aurez aussi contribué à en faire un citoyen.

En ce qui regarde les examens mal corrigés, là aussi, l'erreur est humaine, mais cela me rappelle ma fille cadette, qui en cinquième primaire en était arrivée à la conclusion que son professeur avait fait une erreur dans la correction d'un examen ; selon elle, il lui manquait 0,1 %. Lorsque je lui ai demandé ce qu'elle entendait faire, elle m'a répondu très sérieusement qu'il n'était pas question d'accepter cette injustice. Elle a demandé une rencontre avec l'enseignante, exposé sa doléance, en a débattu avec l'intéressée qui s'est finalement inclinée devant ses arguments et lui a donné son 0,1 %. Quelques mois plus tard, j'ai rencontré cette personne, lors de la remise des bulletins. Elle m'a alors confié qu'elle n'avait jamais vu une enfant de cet âge aussi bien organisée dans son argumentation et aussi sereine dans le cadre d'un débat. Ce n'était évidemment pas une débutante, les débats autour de la table étaient réguliers et nous étions six à débattre. Celui ou celle qui énonçait un lieu commun ou une idée toute faite se retrouvait immédiatement devant la question "pourquoi ?". Cette fameuse question, les enfants la surnommaient en riant la question piège.

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