Les étudiants déclarent la guerre à Charest
Mots clés : frais de scolarité, étudiants, Jean Charest, Parti politique, Éducation, Québec (province)
-La plateforme du PLQ prône un dégel des droits de scolarité - Des engagements de 2,2 milliards sur cinq ans

Photo: Jacques Grenier
S'attendant à susciter de telles manifestations, le premier ministre a réclamé du respect hier. «Je pense que tout le monde, tous les citoyens du Québec, souhaitent que chacun puisse s'exprimer [pendant cette campagne], mais qu'ils le fassent en tenant compte du respect des autres», a-t-il dit. D'autant plus, selon lui, que la hausse des frais de scolarité éventuelle serait «bien équilibrée, bien raisonnable: 2 $ par semaine». Selon M. Charest, la situation de gel est devenue «intenable», comme la commission jeunesse libérale le lui a dit depuis deux ans. (Celle-ci a d'ailleurs applaudi hier.)
Dans le «document de travail» du PLQ, on explique que l'augmentation serait graduelle: 50 $ à chaque semestre (de 15 crédits) pendant la période 2007-12. Pour la première année, l'augmentation s'élèverait à 100 $, pour la deuxième, à 200 $, et ainsi de suite. Au bout de dix semestres, un étudiant aurait déboursé au total 1500 $ de plus qu'en vertu des frais exigés aujourd'hui. À l'heure actuelle, les frais de scolarité sont de 1668 $ par an et s'élèveraient à environ 2100 $ en 2012.
Au fond, les étudiants (et leurs parents ou bailleurs de fonds) se trouveraient à contribuer à un effort de réinvestissement global dans l'éducation, effort auquel un gouvernement libéral contribuerait à la hauteur d'un milliard de dollars dans les réseaux universitaire et collégial d'ici 2012. Aussi le PLQ s'engage-t-il à y verser la totalité des hausses de transferts fédéraux exigées (le Conseil de la fédération a réclamé en 2005 de ramener les transferts en éducation à leur niveau de 1994-95). La hausse des frais de scolarité drainerait 100 millions de dollars dans le système, soit 10 % de «l'effort de réinvestissement de l'État», a précisé M. Charest. Le premier ministre a fait valoir que les frais de scolarité québécois demeureraient les plus bas au Canada. Au reste, il s'est engagé à améliorer le programme de prêts et bourses.
Garderies
Par ailleurs, le projet de plate-forme du PLQ prévoit l'ouverture de 20 000 places supplémentaires dans les garderies, pour un réseau qui en compte 200 000 à l'heure actuelle. Mais le premier ministre a refusé hier de s'engager à maintenir les tarifs quotidiens à 7 $. Il a toutefois insisté pour dire qu'une hausse n'est pas «dans les cartons» du parti. «On ne l'a pas fait dans nos trois dernières années. [...] Ce n'est pas dans nos cartons et on n'a pas prévu ça. Et ce n'est pas non plus dans le cadre financier qu'on a prévu.» En 2003, M. Charest avait promis de maintenir les frais à 5 $ par jour, mais au cours de son mandat, il a changé son fusil d'épaule.
Du reste, le chef libéral a encore une fois promis des baisses d'impôt hier, cette fois-ci de 250 millions par année. En 2003, comme on le sait, il avait promis de consacrer un milliard par année aux baisses d'impôt des particuliers. Il a encore expliqué hier qu'il avait eu beau se préparer le plus sérieusement du monde à gouverner en 2003, c'est le gouvernement péquiste de Bernard Landry qui ne lui avait pas fourni toutes les informations. Il a soutenu qu'à l'automne 2002, la ministre des Finances, Pauline Marois, avait informé ses collègues du conseil des ministres d'un dépassement budgétaire. Or, a-t-il martelé, «le Parti québécois l'a caché et André Boisclair [qui faisait partie du gouvernement Landry] le savait». D'ailleurs, dans le document du PLQ, on trouve cet aveu: «Nous avons diminué les impôts des Québécois. Pas autant qu'on aurait voulu, c'est vrai, mais autant qu'on a pu.» Mais le premier ministre se console: «Nous avons réduit de plus de la moitié l'écart du fardeau fiscal séparant les Québécois de la moyenne canadienne. Nous ne sommes plus les plus taxés en Amérique du Nord.» Trois provinces «devancent» le Québec sur ce plan: la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve.
Santé
Outre l'éducation, l'aide à la famille, la création de la richesse, le développement durable et l'affirmation du Québec, les libéraux de Jean Charest, comme en 2003, feront de la santé leur «priorité absolue».
Ils promettent notamment d'étendre la garantie d'un délai maximal de six mois à toutes les opérations (à l'heure actuelle, elle l'est seulement pour les opérations à la hanche et au genou ainsi que pour les cataractes). Une garantie d'accès étendue ne signifie pas pour autant que l'autorisation actuelle de contracter une assurance privée pour la hanche, le genou ou la cataracte sera elle aussi étendue à l'ensemble des chirurgies. Mais ce n'est pas exclu. Le PLQ prévoit l'embauche de 1500 médecins supplémentaires dans le réseau hospitalier.
Enfin, le PLQ propose d'autres mesures et projets, notamment ceux-ci:
- un crédit d'impôt de 500 $ pour favoriser la pratique d'activités sportives chez les jeunes;
- un concours national d'épellation;
- des échanges d'immersion en langue seconde avec les autres provinces canadiennes;
- la création d'un ministère des aînés.
Le Devoir
Avec la Presse canadienne

