George W. Bush giflé

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Alexandre Shields
Édition du samedi 17 et du dimanche 18 février 2007

Mots clés : républicains, troupes, George W. Bush, Forces armées, Irak (pays), États-Unis (pays)

17 républicains se joignent aux démocrates pour désavouer l'envoi de nouvelles troupes en Irak

«L'adoption de cette législation va indiquer un changement de direction en Irak, qui mènera à la fin des combats et au retour de nos soldats», a commenté la présidente de la Chambre, la démocrate Nancy Pelosi.

Photo: Agence France-Presse

La Chambre des représentants américaine, à majorité démocrate, a servi tout un camouflet au président George W. Bush hier en faisant adopter une résolution désapprouvant l'envoi de 21 500 GI's supplémentaires en Irak. Bien que ce geste soit avant tout symbolique, il n'en constitue pas moins un sérieux désaveu de la stratégie militaire républicaine. La Maison-Blanche s'est toutefois empressée de répliquer en affirmant que ce vote n'aura aucun effet contraignant sur sa conduite de la guerre.

La résolution de la Chambre stipule en dix lignes que «le Congrès désapprouve la décision du président George W. Bush annoncée le 10 janvier 2007» d'envoyer des renforts et que «le Congrès et le peuple américain vont continuer à soutenir et à protéger les membres des forces armées américaines qui servent ou ont servi courageusement et honorablement en Irak».

Adoptée par 246 voix contre 182, cette résolution n'est effectivement pas contraignante pour le président Bush, qui compte envoyer 21 500 militaires en renfort aux 130 000 militaires déjà présents en Irak, et ce, afin de tenter de stabiliser le pays. Un total de 17 élus républicains se sont joints aux démocrates pour faire passer cette résolution. Deux démocrates ont voté contre. Le vote a eu lieu après une minute de silence réclamée par la majorité en hommage aux combattants et a mis fin au débat le plus solennel jamais organisé sur la guerre en Irak depuis l'invasion de mars 2003. Ce débat a permis à tous les représentants qui le souhaitaient de prendre position.

«C'est un message puissant, exprimant la volonté du peuple, dont l'administration ne peut pas faire fi», a affirmé le président démocrate de la Commission des affaires étrangères, Tom Lantos, à la suite du vote. «L'escalade ne constitue pas seulement une mauvaise politique pour les États-Unis, elle constitue également une mauvaise politique pour l'Irak. Si l'Irak souhaite réussir à devenir un pays stable et prospère, il doit apprendre à prendre ses responsabilités», a aussi prévenu M. Lantos, un des trois auteurs de ce texte.

Les défenseurs de ce texte espèrent en effet que, malgré son caractère strictement symbolique, sa portée amènera le président à revoir ses projets et à amorcer le rapatriement des militaires américains déployés en Irak, près de quatre ans après le début de l'intervention. «L'adoption de cette législation va indiquer un changement de direction en Irak, qui mènera à la fin des combats et au retour de nos soldats», a d'ailleurs commenté la présidente de la Chambre, la démocrate Nancy Pelosi.

Plusieurs démocrates soutiennent que les Américains ont déjà fait tout ce qu'ils pouvaient en Irak. Le représentant de l'Oregon, David Wu, a ainsi affirmé que le risque que représentait le pays avait été éliminé. Maintenant, a-t-il dit, «nous arbitrons une guerre civile entre des citoyens irakiens, un conflit qui pourrait durer encore un millier d'années». Une opinion relayée par certains républicains. «Nos soldats ont accompli un travail magnifique [mais] ils ne peuvent pas se permettre de continuer à être des policiers au milieu d'une guerre civile. Ce n'est pas juste. Cela n'a aucun sens», a ainsi déclaré Walter Jones, élu républicain de la Caroline du Nord et co-parrain de la résolution.

Le Californien républicain Elton Gallegly a répliqué que les États-Unis doivent persévérer en Irak parce que «nous sommes en guerre contre les djihadistes islamistes». «Cette résolution envoie un message dangereux aux terroristes en Irak, a ajouté la républicaine Barbara Cubin. Ils ont réussi à nous diviser.»

Peu importe, répond Bush

Quelques minutes à peine après le vote, la Maison-Blanche a répliqué avec fermeté en défendant la stratégie de George W. Bush pour l'Irak, soulignant du même coup que la résolution démocrate ne changera rien à sa conduite de la guerre. «Cette résolution n'a pas de caractère contraignant», a affirmé son porte-parole, Tony Snow. Par voie de communiqué, celui-ci a signifié que l'administration accorde une tout autre importance à un prochain débat, dont l'issue sera, elle, contraignante, sur le financement de la guerre.

M. Bush a ordonné une nouvelle stratégie «parce que, comme la plupart des Américains, il pensait que la situation en Irak était inacceptable. Le président a conclu qu'une nouvelle stratégie était nécessaire pour aider le gouvernement irakien à prendre le contrôle de Bagdad, assumer davantage de responsabilités en matière de sécurité et poursuivre la réconciliation de toutes les communautés irakiennes», a ajouté Tony Snow.

La Maison-Blanche s'attendait évidemment à l'adoption de ce texte à la Chambre des représentants, où ses adversaires démocrates sont majoritaires depuis janvier. «Le Congrès aura bientôt l'occasion de montrer son soutien aux troupes en Irak en votant le collectif budgétaire présenté par le président et sur lequel comptent nos hommes et nos femmes en uniforme», a ainsi avancé M. Snow, allusion au débat des prochaines semaines, quand il s'agira de voter le budget de la «guerre contre le terrorisme», à commencer par un collectif de plus de 93 milliards de dollars pour 2007.

«Le président croit que le Congrès doit fournir le financement et la souplesse totale dont nos forces armées ont besoin pour mener à bien leur mission, qui consiste à protéger notre pays», a soutenu Tony Snow. La Maison-Blanche a déjà laissé entendre que M. Bush était prêt à affronter le Congrès si celui-ci lui refusait les fonds. Les dirigeants démocrates se sont toutefois engagés à ne pas réduire les fonds des forces américaines à l'étranger. Ils n'en souhaitent pas moins attacher des conditions à ce financement afin de contraindre le président à renoncer à tout renforcement des effectifs.

Mais Jack Murtha, président de la sous-commission chargée des budgets militaires, a annoncé qu'il imposera des conditions telles pour le déblocage de fonds supplémentaires que les déploiements futurs seront compromis. «Il faut refuser au président la capacité d'envoyer plus de troupes en Irak et insister plutôt sur le rétablissement de nos capacités militaires», a déclaré M. Murtha.

Le débat sur l'Irak se prolonge aujourd'hui au Sénat, où il avait tourné court il y a dix jours: l'état-major démocrate a sacrifié un congé parlementaire pour organiser un vote de procédure sur le texte de la Chambre. Il risque d'échouer une nouvelle fois, mais pour l'influent démocrate Charles Schumer, peu importe: «Nous faisons peu à peu monter la pression sur le président [Bush], et nous allons continuer», a-t-il prévenu hier.

S'il juge que le résultat du vote était «prévisible», Charles-Philippe David, titulaire de la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM, estime que le résultat dénote surtout une «fracture de la base républicaine». «Il n'y a pas seulement des démocrates, il y a aussi des républicains qui ont appuyé cette résolution. C'est la première fois depuis le début de la présidence de Bush que plusieurs républicains, sur une question de politique étrangère, votent contre leur président», a-t-il expliqué hier.

Et même si ce vote «n'a pas de conséquence immédiate» sur le déploiement des 21 500 soldats supplémentaires, il témoigne aussi de l'humeur du peuple américain. «Ça annonce une campagne présidentielle [en 2008] haute en couleur», croit M. David, qui prévoit que cette nouvelle stratégie irakienne des républicains, annoncée il y a un mois, teintera fortement la campagne. Surtout que «les troupes ne seront pas retirées au début de 2008, voire possiblement pour les élections de novembre 2008», prévoit-il.

Selon M. David, plusieurs Américains sont pourtant convaincus que la situation irakienne «commence à ressembler de plus en plus au Vietnam. Plus personne ne croit à la victoire. Et à quelle victoire, d'ailleurs?». «George W. Bush croit peut-être que ce déploiement supplémentaire permettra un retrait des troupes par la suite, en pariant sur la réussite de sa nouvelle stratégie, croit-il. Sinon, qu'est-ce qu'ils vont pouvoir faire? En fait, Bush est absolument convaincu que l'histoire lui donnera raison, même si l'opinion publique et le Congrès sont contre lui. Il est convaincu qu'on se souviendra de lui un jour comme du président qui a ouvert la porte à la démocratie au Moyen-Orient.»

Le Devoir

Avec l'Agence France-Presse, le New York Times et Reuters


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