Revue de presse: La tentation des urnes

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Manon Cornellier
Édition du samedi 17 et du dimanche 18 février 2007

Mots clés : Don Martin, Élection, Parti politique, Canada (Pays)

La fièvre électorale s'est emparée des acteurs politiques québécois. Ils ne sont pas les seuls. À Ottawa, le sujet est revenu sur toutes les lèvres. De plus en plus de gens pensent qu'un scrutin printanier est de nouveau une possibilité.

Don Martin, du Calgary Herald, n'en veut pas et l'avoue franchement. Il trouve même bizarre cette nouvelle poussée d'adrénaline car, à son avis, les partis ne sont pas à leur meilleur. Il note que Stephen Harper aime gouverner et ne veut pas se retrouver à nouveau minoritaire, mais c'est ce que lui promettent les sondages pour l'instant. Il jure ne pas vouloir orchestrer sa défaite, mais même s'il le voulait, il faudrait que l'opposition coopère. Les libéraux de Stéphane Dion n'ont aucun intérêt à le faire, dit Martin, à moins de vouloir jouer les kamikazes. Quant au Bloc, il sera en «thérapie pour dépression» advenant une défaite péquiste. «Le premier ministre se doute bien que des élections ne lui accorderaient qu'une minorité, mais il sait aussi que ses opposants redoutent le déclenchement imminent d'un scrutin. Ceci signifie que M. Harper peut aller audacieusement de l'avant avec un programme minimalement centriste et avoir gain de cause en mettant simplement au défi le Parlement de le défaire», théorise Martin.

John Ivison, du National Post, pense au contraire que les conservateurs sont sur le pied de guerre, étant persuadés que Stéphane Dion a fait le plein d'appuis et confiants de pouvoir arracher une majorité en menant une campagne centrée, entre autres choses, sur les qualités de leader de leur chef. La chaîne Sun Media estime de son côté que les conservateurs doivent résister aux sirènes électorales si tout ce qui attend le pays est un autre gouvernement minoritaire. La performance de Stéphane Dion nourrit toutefois les conjectures.

C'était d'ailleurs le sujet de conversation d'un cocktail auquel Lawrence Martin, du Globe and Mail, a récemment assisté. Tous s'entendaient pour juger Dion hésitant. Martin lui-même relève que le chef libéral «ressemble à quelqu'un qui n'a pas vu le soleil depuis la signature du traité de Westphalie [en 1648]», qu'il est la cible de publicités négatives des conservateurs, que son message sur l'Afghanistan est confus et qu'il a ramené le scandale des commandites à la surface en parlant en bien de Marc-Yvan Côté. Martin constate que les libéraux refusent de paniquer tout en préférant des élections tardives, question de laisser à Dion le temps de prendre de l'assurance et d'améliorer son image et son anglais qui, selon Martin, «empire avec la pratique». Le journaliste ne peut pas s'empêcher de comparer le chef libéral à Michael Ignatieff qui, lui, projette une image de solidité aux Communes. Martin convient cependant qu'aucun nouveau chef libéral n'a jamais brillé dans l'opposition, y compris Jean Chrétien. «Les libéraux sont tellement habitués à gouverner qu'ils ne savent pas vraiment ce qu'il faut faire de l'autre côté de la Chambre.»

L'univers parallèle

Pour sa part, James Travers, du Toronto Star, met en garde les conservateurs contre leur arrogance. «Un gouvernement minoritaire qui agit comme s'il était majoritaire crée un univers parallèle où le faible est fort et où la volonté du Parlement se réduit à une simple suggestion.» Il en veut pour preuve la désinvolture avec laquelle le gouvernement Harper traite le projet de loi sur Kyoto adopté cette semaine, voire sa détermination à mêler idéologie et sélection des juges. Selon Travers, c'est le respect du processus démocratique et de l'indépendance judiciaire qui s'en trouve affecté. À son avis, il s'agit de décisions hors de l'ordinaire de la part d'un gouvernement qui pourrait être défait à tout moment. Il attribue cette attitude aux froids calculs stratégiques de Harper, à sa conviction qu'il peut l'emporter en faisant campagne sur l'enjeu du leadership devant une opposition désorganisée et que cette dernière lui permet entre-temps de gouverner comme il l'entend. Mais en matière d'environnement et de nomination des juges, le gouvernement Harper n'a pas adopté une attitude à la hauteur de sa fonction, juge Travers. «[Les premiers ministres] doivent défendre l'intégrité des institutions fondamentales du pays avec la férocité d'un chien de garde.» Si Harper croit avoir raison, qu'il défende ses principes devant l'électorat, poursuit Travers. Sinon, tout manque de transparence à cet égard donnera raison aux Canadiens qui craignent les effets d'une majorité conservatrice. Le journaliste se demande si les partis d'opposition sont prêts à défaire le gouvernement sur ces principes. «En l'absence d'un tel courage, la capitale glissera davantage dans cet univers parallèle que les conservateurs sont à construire.»

Vent d'ouest

Pendant que le gouvernement Harper tente de sauver les apparences en matière de lutte contre les gaz à effet de serre (GES), le gouvernement de la Colombie-Britannique a présenté cette semaine un plan destiné à faire de cette province le leader en la matière en Amérique du Nord. Plusieurs journaux ont fait écho au discours inaugural du premier ministre Gordon Campbell dans lequel il a annoncé son intention de réduire les émissions de GES de 33 % d'ici 2020, soit 10 % sous le niveau de 1990. Les projets de centrales électriques au charbon devront dès maintenant prévoir la séquestration de la totalité de leurs émissions. La province veut aussi créer un système d'échange de crédits de carbone et imposer entre 2009 et 2016 de nouvelles normes d'émissions à tous les véhicules vendus dans la province.

De quoi être jaloux

L'Alberta veut attirer les chercheurs de pointe et, dans ce but, offrira 20 millions de dollars à chaque scientifique qui décidera de mener ses travaux dans la province au cours de la prochaine décennie, nous apprend le Globe and Mail. Les premières bourses seront remises l'an prochain. La province offrira un million par année pendant dix ans et les trois universités verseront une contrepartie équivalente aux chercheurs qu'elles réussiront à attirer. Les chercheurs déjà actifs en Alberta ne seront pas admissibles.

mcornellier@ledevoir.com


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Stéphane Dion premier ministre? - par Pierre Graham
Le dimanche 18 février 2007 00:00

La tentation des urnes - par Denise Langevin
Le samedi 17 février 2007 08:00

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