Théâtre - Goethe comme s'il était là... sur Hotmail

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Michel Bélair
Édition du samedi 17 et du dimanche 18 février 2007

Mots clés : Werther, Goethe, Culture, Théâtre, Montréal, Québec (province)

Avant de faire toute la place au festival Temps d'images, l'Usine C propose un Werther qui utilise la caméra vidéo, Internet et même, pourquoi pas, Skype...

Au tout début, il y a déjà 10 ans, Nicolas Stemann et Philipp Hochmair souhaitaient simplement trouver une façon de raconter le Werther de Goethe qui colle vraiment à la réalité d'aujourd'hui.

Pourquoi Goethe et pourquoi Werther? «Parce que Goethe a un point de vue sur la vie qui est toujours actuel, répond Hochmair au téléphone. Et parce que l'histoire de Werther est une histoire éternelle: des amoureux rejetés qui dépriment, il y en a plein autour de nous! C'est donc une histoire avec laquelle les gens d'aujourd'hui ont des liens étroits. Et nous avons choisi de la leur raconter dans une forme jeune, dynamique, très rythmée, qui met en relief l'essence du texte original de Goethe. Mais ce n'est pas le texte original: nous l'avons réduit à un spectacle qui fait une heure à peine.»

L'idée était sans doute bonne puisque, quelque 500 représentations plus tard, Werther! s'amène à l'Usine C en première nord-américaine après avoir triomphé dans la plupart des grands festivals européens.

Tarantino et Scorsese

Depuis Vienne, où il préparait sa valise en prévision de son séjour à l'Usine C du 19 au 24 février pour amorcer la deuxième édition du festival Temps d'images, Philipp Hochmair se fait volubile.

À peine le milieu de la trentaine, le comédien travaille surtout en allemand mais aussi en anglais et en français puisqu'il est passé par le Conservatoire d'art dramatique de Paris. Même au bout du fil, on sent bien dans les mots qu'il utilise que c'est un homme d'images et son accent autrichien ne vient finalement qu'amplifier l'originalité de son propos. Il insistera d'abord beaucoup sur le fait qu'il fallait absolument trouver une façon de «sauver l'énergie de Goethe» afin de «le rendre lisible aujourd'hui»...

«Goethe, ce n'est pas qu'une vieille statue de marbre, ses propos sont souvent encore pertinents et toujours extrêmement vivants; on en voit partout des traces! Mais comme la plupart des jeunes ont peur des "vieux textes", on s'est dit, mon collègue Nicolas et moi, qu'il fallait leur raconter les souffrances du jeune amoureux éconduit dans une langue qu'ils comprennent bien, qui les fascine et qui les accroche: comme si c'était du Tarantino ou du Scorsese... Notre premier réflexe a donc été de sortir la caméra vidéo et d'utiliser cette nouvelle clé pour raconter une histoire classique.»

Goethe, le romantisme qu'incarne Werther, la caméra vidéo... le lien n'est pas à première vue évident: vous faites comment?

«Je ne vous raconterai pas tout, mais j'arrive sur scène avec le livre de Goethe et peu à peu je deviens Werther devant le public. Et au lieu de raconter l'histoire à travers une série de lettres comme le fait Goethe, nous nous servons des moyens que l'on utilise aujourd'hui pour communiquer: Skype, Internet, Hotmail, la caméra vidéo... Tout cela nous permet de proposer une sorte de "video diary" qui décrit les mêmes effets que les lettres de Goethe et qui transcrit bien leur énergie.»

Hochmair dira aussi que la mise en scène de son «collègue» Nicolas Stemann «va vers les gens» et que c'est une «forme ouverte établissant un dialogue avec le public». C'est précisément ce que souligne la presse française. Dans la revue de presse qu'on pourra facilement reconstituer sur Internet, tous les critiques semblent avoir été secoués par la production et surtout par sa forme éclatée. On y parle partout de la profonde «actualité» de ce Werther!. Et l'on y a été séduit par la facilité avec laquelle Hochmair peut tout aussi bien raconter violemment le désespoir qui afflige Werther que chanter de la musique country ou donner une recette de cuisine. Caméra au poing et grand écran derrière...

Prêt pour l'hiver

Petite pause entre Vienne et Montréal. Philipp Hochmair ne s'en remettra pas vraiment puisqu'il en profite pour me demander la température qu'il fait à Montréal (-22 °C au moment de l'entrevue, mardi dernier). Étrange court silence criant d'incrédulité... Puis, après lui avoir chaudement recommandé la petite laine et alors que je lui demande si lui et son complice se sont inspirés d'un modèle, et s'ils travaillent toujours de la même façon, tout repart sur les chapeaux de roues.

Il répond d'abord qu'il y a dix ans, lors de la fondation de la compagnie Gruppe Stemann, à leur sortie presque de l'École nationale de théâtre, peu de gens travaillaient déjà de cette façon. Stemann et Hochmair sont des «fans finis» du Wooster Group (www.thewoostergroup.org) de New York, mais leur Werther! empruntait vraiment une forme toute nouvelle à l'époque. «Nous y sommes allés de façon totalement intuitive, confie le comédien. Nicolas soutenait que la télé, la caméra vidéo et Internet avaient changé la vie des gens et changé le théâtre aussi. C'est d'abord lui qui a songé à intégrer la vidéo au spectacle. Puis nous nous sommes mis à nous servir de tout cela comme autant d'outils pour raconter l'histoire de Werther, qui est celle de la souffrance et du manque d'amour de beaucoup de jeunes gens qui nous entourent... Chaque spectacle est une nouvelle exploration, mais aujourd'hui, ça fait partie de notre façon de travailler. C'est notre façon de travailler!»

Toujours? «Toujours en essayant de trouver des façons nouvelles de raconter les choses. Toujours de façon non conventionnelle. En nous rapprochant d'un langage qui est de plus en plus universel; qui est du moins parlé par la majorité des jeunes gens. Ce spectacle est un miracle! Même pour moi qui l'ai joué plus de 500 fois... Au début, j'étais plus revendicateur, plus nerveux; le spectacle était plus rythmé encore, plus rapide. Alors que maintenant j'ai mûri et le spectacle aussi. Et puis il y a le regard du public qui a changé. Le temps a changé la pièce et la pièce a changé le temps... Quand je rejoue Werther! -- je traîne toujours les accessoires du spectacle dans une valise --, ce qui m'arrive encore 30 ou 40 fois dans une année, j'y replonge avec beaucoup de plaisir. Avec le temps, la pièce est devenue une sorte d'illustration de notre travail.»

Le Gruppe Stemann promène surtout deux productions à travers l'Europe et l'Amérique: Hamlet et Das Werk d'Elfreida Jelinek, deux spectacles en nomination lors de l'équivalent germanique des Masques en 2002, puis en 2005 pour le Jelinek. À Vienne, jusqu'à ce week-end, Philipp Hochmair était sur la scène du Burgtheatre dans Untertagblues de Peter Hadke. Mais il est prêt pour l'hiver...


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wow!! - par Roxane Ouellet
Le jeudi 22 février 2007 12:00

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