Dépression et mauvaise alimentation

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Fabien Deglise
Édition du samedi 17 et du dimanche 18 février 2007

Mots clés : dépression, santé, Alimentation, Consommateur, Québec (province)

Il était facile de s'en douter: la dépression, la tristesse et les idées noires tendent à guider les consommateurs vers des aliments qui ne sont pas forcément bons pour leur santé. À l'inverse, la joie, le bonheur et les papillons dans le ventre incitent à manger plus sainement.

C'est en tout cas ce qui ressort d'une amusante -- mais légère -- étude menée par un dénommé Brian Wansink, professeur de marketing à l'université Cornell, à Ithaca, dans l'État de New York. Le fruit de ses travaux, menés conjointement avec Nikita Garg, de l'université du Mississippi, et Jeffrey Inman, de l'université de Pittsburgh, a été publié dans la dernière livraison du Journal of Marketing.

Les universitaires y exposent les grandes lignes des résultats d'un test mené l'an dernier auprès de 38 assistants administratifs afin de mesurer l'effet de l'état d'esprit sur l'alimentation.

Pour mener à bien cette enquête, Wansink et ses collègues ont organisé deux séances de cinéma. Au programme: une comédie dynamique et débordante de bons sentiments, Sweet Home Alabama, qui met en vedette Reese Witherspoon, et un drame sentimental, Love Story, le classique d'Arthur Hiller. Ces escapades au coeur du septième art étaient accompagnées de deux collations proposées aux participants: du maïs soufflé salé et dégoulinant de beurre ainsi que des grappes de raisin (la couleur et le cépage n'ont pas été précisés).

Résultats? Le film relatant l'histoire d'amour entre Oliver Barrett, le riche, et Jennifer Cavalleri, l'Italo-Américaine atteinte d'une leucémie, n'a pas uniquement tiré des larmes et des sanglots chez ceux qui s'y sont frottés. L'oeuvre a aussi entraîné une consommation de 36 % de plus de maïs soufflé que chez les témoins du quotidien de Melanie Carmichael, une grande de la mode new-yorkaise qui revient dans son Alabama natal pour y retrouver un amour simple mais brûlant.

«Ceux qui ont regardé Sweet Home Alabama ont mangé du maïs soufflé, résume Brian Wansink, mais ils ont consacré plus de temps à rire et à égrapper le raisin qu'à tomber dans cet en-cas.»

La chose est d'ailleurs facile à comprendre, selon lui. Les personnes forcées de composer avec la tristesse ou la dépression ne voient pas, bien souvent, de porte de sortie pour remédier à cet état. Conséquence: elles décident plus facilement d'ingurgiter un casse-croûte riche en sucre, en sel ou en gras, ce qui, pensent-elles, va leur apporter un peu de réconfort et surtout leur donner «un coup d'euphorie» pour sortir de leur misère, résument les auteurs de cette étude.

À l'inverse, ajoutent-ils, quand le bonheur est entré dans la maison, les gens veulent qu'il y reste. Et, forcément, ils vont faire des choix alimentaires dans ce sens, estime M. Wansink. Ces choix, en toute connaissance de cause, sont naturellement meilleurs pour la santé puisque le cerveau humain n'est pas bête et sait que la digestion de la malbouffe peut parfois, après quelques heures, rendre quelque peu maussade!

Phénomène intéressant: le spécialiste du marketing et ses collègues ont aussi découvert que les informations nutritionnelles d'un produit peuvent, dans le joie comme dans la tristesse, brouiller un peu les cartes.

En effet, après le film, le même maïs soufflé et le même raisin ont été proposés aux cobayes qui devaient effectuer plusieurs tâches, par exemple lire des histoires joyeuses ou tristes. Dans ce contexte, le groupe des pleureurs affectés par Love Story qui avaient pris connaissance des détails diététiques du maïs soufflé en ont finalement mangé... deux fois moins que ceux qui n'avaient pas été en contact avec cette étiquette où on indique le nombre de calories, les teneurs en gras, en sucre et en fibre, etc.

Voilà sans doute un élément de preuve, même s'il est difficile de l'établir avec un si faible échantillon, qu'on peut être dépressif et attiré par la malbouffe mais finalement lucide devant sa condition et les moyens de retrouver le moral. Ce qui, disent les toubibs, est finalement la meilleure façon de s'en sortir.

***

La date est passée totalement inaperçue. Pourtant, depuis le 6 février dernier, les Canadiens ont désormais payé la totalité de leur épicerie pour l'année 2007.

Connue sous le nom de «journée de l'affranchissement des dépenses alimentaires», cette date est bien sûr purement théorique puisque, dans les faits, les Métro, Loblaws et IGA de ce monde vont continuer à vous vider les poches jusqu'au 31 décembre prochain. Mais ce jour est largement souligné par les regroupements d'agriculteurs qui aiment ainsi rappeler qu'ici, la bouffe est non seulement abondante mais aussi pas chère, pas chère.

La Fédération canadienne de l'agriculture n'a d'ailleurs pas dérogé à cette règle en invitant tous les consommateurs, le 6 février dernier, à «réfléchir» à leurs bonnes conditions de vie. En effet, une moyenne de 10,2 % du revenu des ménages est consacrée à l'alimentation. Or, à ce moment de l'année, les gens ont justement engrangé 10,2 % de leur revenu annuel, soit tout ce qu'il faut pour payer l'épicerie. CQFD.

Anecdotique et un peu tirée par les cheveux, cette journée est toutefois l'occasion pour les groupes d'agriculteurs de rappeler que, de cette facture, ils retirent finalement très peu et que les transformateurs et distributeurs s'en mettent davantage qu'eux dans les poches. Voilà pourquoi ils se hâtent toujours de passer le surligneur sur le calendrier en février.

Tout en avançant que, sur les 3,50 $ d'une petit boîte de Corn Flakes, ils ne touchent que 11 ¢, les groupes de pression agricoles essaient depuis des années de mettre la table, cette journée-là, pour inciter autant les transformateurs que les distributeurs à plus d'équité. Ils aimeraient aussi forcer les consommateurs à en faire autant en acceptant de payer plus cher leurs produits à l'épicerie.

Le projet est intéressant. Mais il n'est pas voué à un grand succès puisque ledit consommateur doit se concentrer, après le 6 février, pour gagner ce qu'il va donner à l'impôt, à sa banque, aux marchands de vêtements, à la garderie, aux pétrolières, aux exploitants de salles de cinéma... qui, comme les agriculteurs, en voudraient un peu plus eux aussi.

conso@ledevoir.com


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