Aires protégées: Québec reporte l'objectif de 8 % à 2010
Mots clés : protection, territoire, aires protégées, Gouvernement, Forêt, Québec (province)
L'ajout de 13 955 km2 porte à 4,79 % la portion protégée du territoire
Mais globalement, indique ce registre, les aires actuellement protégées au Québec bénéficient pour la plupart de statuts temporaires, ce qui pourrait mener à des réductions de superficie, à des changements d'affectation ou à la modification de leurs degrés de protection. Ou bien à un statut permanent.
En tout, sur les 79 891 km2 de territoire bénéficiant d'une protection quelconque au Québec, 62 965 km2, soit 79 %, ont un statut temporaire, contre 16 926 km2 qui ont un statut permanent. Mais cette situation peut être l'effet de la nouveauté de la mise en application du régime. Une fois ces territoires mis en réserve temporaire, Québec doit soumettre ses projets d'aires protégées à une audience publique et éventuellement statuer sur leur sort. C'est dans un exercice semblable que, par exemple, l'aire protégée des lacs Johannes-Vaudray, au Témiscamingue, a perdu en cours de route la moitié de la surface recommandée par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).
L'adoption officielle par Québec des normes de l'Union internationale de la conservation de la nature (UICN) a mis fin à un long contentieux avec le milieu environnemental. Mais en donnant raison aux écologistes, qui l'accusaient d'adopter des normes en deçà des standards internationaux, Québec a ramené hier le pourcentage d'aires jusqu'ici protégées de 5,8 % à 3,9 % de son territoire. Les normes internationales interdisent toute activité industrielle dans ces aires protégées, ce qui faisait dire aux écologistes que l'inclusion d'Anticosti et des hauts plateaux du fleuve George dans le Grand Nord québécois, là où les caribous vont mettre bas chaque année, gonflait artificiellement la performance du Québec.
Le gouvernement les a toutefois pris au mot et a soustrait ces immenses territoires publics du groupe des aires protégées, laissant les hauts plateaux du fleuve George susceptibles d'être exploités par les détenteurs de droits miniers et choisissant de poursuivre l'exploitation des forêts d'Anticosti pour y provoquer une régénération naturelle de feuillus et de sapins au profit des cerfs de Virginie. La diète des 150 000 chevreuils de l'île s'accommode en effet de moins en moins du monopole croissant des épinettes sur ce territoire. Certains groupes écologistes auraient préféré que Québec abandonne les cerfs à leur sort pour ne pas avoir à toucher aux arbres.
Pour compenser la diminution du pourcentage de ses aires protégées en raison des nouvelles normes, Québec a mis hier en réserve 13 955 km2 de nouveaux territoires pour éventuellement leur octroyer des statuts de protection. Avec les ajouts d'hier, le pourcentage -- cette fois-ci conforme aux normes internationales -- a immédiatement remonté de 0,82 % pour atteindre 4,79 % de l'ensemble du territoire québécois.
Parmi les nouveaux territoires mis en réserve, on note un ajout de 7541 km2 à l'actuelle réserve du parc national des lacs Guillaume-Delisle et des deux lacs à l'Eau Claire, formés par d'impressionnants impacts de météorites. On retrouve aussi dans les nouveaux territoires mis en réserve l'éventuel parc Albanel-Témiscamie-Otish, la Seigneurie du Triton, que convoitait férocement l'industrie forestière dans le territoire de la capitale nationale, et la réserve d'Opémican, au Témiscamingue.
Le ministre Béchard a aussi annoncé le prolongement pour quatre ans des statuts temporaires accordés à ce jour à 16 réserves de biodiversité et à trois réserves aquatiques, ce qui touche 19 488 km2 de territoire.
Le ministre Béchard n'est pas d'accord avec ceux qui voient dans ses annonces d'hier un aveu du peu de valeur des normes maintenues en vigueur par le gouvernement Charest et du non-respect de sa promesse de protéger 8 % du territoire québécois pendant son mandat.
Si Québec avait maintenu les normes passoires en vigueur jusqu'à hier, a dit le ministre Béchard, le Québec pourrait prétendre protéger 7 % de son territoire. Cela lui aurait donné le temps d'atteindre l'objectif de 8 % d'ici un an parce qu'un mandat gouvernemental, a-t-il ajouté, dure cinq ans.
Réactions critiques
«Avec plus de quatre ans de retard, le ministre Béchard publie finalement le registre des aires protégées qui établit à moins de 5 % la superficie du Québec réellement protégée des activités industrielles. Ce registre confirme ce que Nature Québec, le Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE) et la Société pour la nature et les parcs (SNAP) prétendent depuis des années, soit l'important retard du Québec en matière d'aires protégées, et ce, malgré les nouvelles annonces d'aujourd'hui», ont expliqué les porte-parole de ces trois groupes.
Néanmoins satisfaits de voir Québec adopter enfin les normes internationales, ces trois groupes estiment que le nouveau registre confirme le retard du Québec par rapport à la moyenne internationale (13 %) et canadienne (9 %). Si on félicite Québec d'avoir ajouté hier de nouvelles aires par leur mise en réserve, on souligne que Québec protège peu et mal la forêt boréale, actuellement soumise aux assauts des exploitants forestiers, ce qui conserve à la province son statut de cancre à l'échelle canadienne, disent-ils. Le ministre Béchard avait prévu cette attaque et a soutenu hier que si on appliquait les normes internationales au bilan des autres provinces, le Québec se retrouverait au quatrième rang sur la liste des provinces canadiennes.
Mais chez ces trois groupes, tout comme chez Greenpeace Québec, on ciblait férocement l'inaction gouvernementale en forêt boréale au sud du 52e parallèle, «qui est allouée en quasi-totalité aux activités industrielles».
Pour Mélissa Filion, de Greenpeace, le retard du Québec est d'autant plus inacceptable que le ministre Béchard reporte l'objectif de protection de 8 % à 2010 alors que la commission Coulombe estimait en toute neutralité qu'il était possible -- avec une véritable volonté politique -- d'atteindre un objectif de 12 % à cette date. Au rythme où il progresse dans ce dossier, a expliqué Mme Filion, le premier ministre Jean Charest va se faire distancer en forêt boréale par les «multifonctionnelles» qui la rasent systématiquement.
Greenpeace propose de confier à des scientifiques indépendants du gouvernement le soin de définir d'urgence ce qui doit être protégé en forêt boréale et, d'ici à ce que ce travail soit accompli, le groupe réclame un moratoire sur l'exploitation des portions vierges de cette forêt nordique, soit sur 293 000 km2.

