Documentaire sur Vic Vogel aux Rendez-vous du cinéma québécois - Rendez-vous avec l'homme de cuivre

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Odile Tremblay
Édition du vendredi 16 février 2007

Mots clés : Vic Vogel, Rendez-vous du cinéma québécois, Culture, Cinéma, Montréal

Vic Vogel en compagnie du documentariste Rénald Bellemare.

Photo: Jacques Grenier

Il se décrit comme un homme à femmes. Grand buveur de scotch, grand fumeur de cigares, grand rieur aussi, carburant à l'humour, à l'amitié et au travail. Pianiste, tromboniste et chef du Jazz Big Band, qu'il a fondé en 1970 avant de former trois générations de musiciens. Vic Vogel en tient toujours la barre. À 70 ans, il s'amuse à dire qu'il se couche plus tard et se lève plus tôt que ses musiciens de 20 ans.

«Ce que je demande à mes musiciens? Être propres, ne jamais être en retard, respecter la musique et les gens.»

Une force de la nature, Vic Vogel, hâbleur avec son éternel accent hongrois, haut en couleur, dirigeant sa troupe d'une main de fer dans un gant de velours.

Vic Vogel a connu les nuits chaudes du red light de Montréal à une époque où la Main était aussi vibrante que mal famée, avec d'innombrables clubs et des orchestres réclamés partout.

Légende vivante, il avait été le sujet de quelques documents biographiques. «Mais jamais une caméra n'avait pénétré son intimité», précise Rénald Bellemare, réalisateur du documentaire L'Homme de cuivre - Vic Vogel, consacré au grand pianiste de jazz montréalais..

De fait, ce documentaire constitue la première incursion directe dans un univers privé que le musicien de jazz gardait farouchement pour lui. Rénald Bellemare a ainsi été agréé par le clan de l'exubérant Vogel.

À travers l'écran, on pénètre dans un grand party en son honneur. On le suit aussi à travers une longue tournée européenne en l'honneur de son ami, le grand pianiste Oscar Peterson, avec des musiciens de plusieurs pays d'Europe.

Rénald Bellemare est un directeur photo et un documentariste (on lui doit entre autres La Bottine souriante et Comme des démons!). Il est venu à Vic Vogel tout naturellement. Les cuivres de La Bottine avaient passé par le Jazz Big Band. Ne restait plus qu'à remonter le courant.

«La plus grande difficulté fut de se limiter, de trouver un angle au film, explique le documentariste. Vic a des milliers d'histoires passionnantes à raconter.» Plutôt que de remonter le fil biographique du fils de l'immigrant hongrois, il a choisi de se coller surtout au Vogel contemporain, de toute façon aussi actif aujourd'hui que celui d'hier.

«J'ai consacré trois ans à cette aventure-là, précise Rénald Bellemare, en recherche, en structure, en tournage, aux côtés de Vic et de ses musiciens.»

Montréal, qui a vu grandir Vogel, fut son nid chaud, un tremplin pour la gloire maison et un frein à une vraie carrière internationale. Son statut d'icône montréalaise (et d'ami du maire Drapeau) lui valut quelques grands moments, par exemple la création des arrangements pour la musique d'accueil et les chansons-thèmes des Jeux olympiques de Montréal à partir d'extraits d'oeuvres d'André Mathieu.

«Montréal, c'est le Manhattan du Canada, dit-il, un vrai pôle d'attraction musical.»

N'empêche qu'en dehors du Festival de jazz, les bands ont du mal à joindre les deux bouts. Qu'à cela ne tienne! Montréal fait partie de Vic Vogel et vice-versa. Il est marié à la métropole québécoise pour le meilleur et pour le pire.

Pour la petite histoire, rappelons que le célèbre musicien a appris très jeune à jouer sur un clavier dessiné avant d'obtenir la permission paternelle de tâter du vrai piano. L'autodidacte s'est vite imposé comme interprète et comme compositeur avant de jouer aux côtés de Dizzie Gillespie, Oliver Jones et Oscar Peterson, bien sûr, qui fut un peu son mentor. Il s'est aussi produit avec Offenbach et des orchestres symphoniques, souvent à La Havane par ailleurs, autre ville d'élection, sautant à l'occasion la clôture des genres.

Vogel désirait que le film commence sur une bande dessinée de Vittorio, racontant ce qu'il qualifie de «mythe fondateur», mais ça n'a pas marché. Le mythe fondateur, absent du film, est l'anecdote savoureuse de l'arrivée de son père au port de Montréal. «Il a vu un curé qui rentrait dans une taverne et l'a suivi, raconte-t-il. Le prêtre faisait la quête. Mon père a sorti son violon et l'a accompagné en musique dans sa tournée des tavernes. À la fin, lui qui ne parlait qu'hongrois a sorti quelques mots d'anglais: "Half and half!"» Le curé a dû lui remettre la moitié de sa cagnotte. «Un an après, mon père a eu un cheval et a transporté des barriques de vin. Je suis né rue de Bullion... »

Le documentaire L'Homme de cuivre prendra l'affiche au cinéma Ex-Centris pendant le prochain Festival de jazz. À la mi-mars, un CD doublé d'un DVD intitulé Je joue mon piano livrera Vic Vogel en musique et en images à ses admirateurs.

Le Devoir

- Samedi à 19h15 au Cinéma de l'ONF sera lancé le documentaire L'Homme de cuivre - Vic Vogel de Rénald Bellemare, consacré au grand pianiste de jazz montréalais.


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