Le Canada devrait se retirer si les choses ne changent pas

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Alec Castonguay
Édition du mardi 13 février 2007

Mots clés : OTAN, Collin Kenny, Forces armées, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)

Un comité mixte du Sénat suggère de lancer des ultimatums à l'OTAN et à l'Afghanistan

Le sénateur Collin Kenny

Photo: Agence Reuters

Le Canada doit immédiatement changer plusieurs facettes de sa mission en Afghanistan s'il ne veut pas perdre cette guerre, estime un nouveau rapport sénatorial rendu public hier. Ce document propose 11 recommandations parfois percutantes, comme envoyer plus de militaires canadiens pour former l'armée et la police afghanes; exiger une réduction de la corruption; permettre aux soldats de faire davantage d'aide humanitaire; menacer ses alliés de l'OTAN pour qu'ils envoient des renforts dans le sud du pays, etc.

Ottawa -- La mission Canadienne en Afghanistan va mal, et un coup de barre rapide s'impose. Si rien n'est fait à court terme pour combattre les problèmes qui se dressent devant les militaires canadiens, il faudra considérer un départ hâtif de ce pays instable.

C'est le constat sombre auquel est arrivé le Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la Défense. Le président du comité est un libéral, Colin Kenny, alors que le vice-président est conservateur, Michael Meighan. Le comité de neuf sénateurs s'est rendu deux fois en Afghanistan pour rédiger ce rapport de 16 pages qui contient 11 recommandations. Le document, intitulé Les troupes canadiennes en Afghanistan: il faut voir les choses en face, est écrit dans une langue franche qui va droit au but.

«Quiconque s'attend à l'instauration en Afghanistan d'une démocratie moderne capable d'assurer justice et services essentiels à la population d'ici quelques dizaines d'années rêve en couleurs», souligne le rapport. Sur le terrain, le bel optimisme du Canada et de ses alliés de l'OTAN n'a pas de sens, jugent les sénateurs. «L'OTAN se félicite de la tenue d'élections nationales, mais, dans les faits, celles-ci n'ont aucune signification pour les Afghans dans des endroits comme Kandahar.»

Les sénateurs tracent le portrait d'un Afghanistan ravagé par la corruption, dominé par les seigneurs de guerre et rongé par des talibans patients et riches d'une culture d'opium impossible à éradiquer. Selon le président du comité, Colin Kenny, le manque de stabilité dans le pays force les Afghans à choisir leur camp. «C'est comme une campagne électorale sans fin pour eux, a-t-il dit hier en conférence de presse. Les gens se demandent s'ils doivent appuyer les Occidentaux ou les talibans. Les gens se demandent si la solution ne serait pas de revenir avec les talibans, afin d'avoir plus de stabilité.»

L'un des principaux problèmes demeure la corruption généralisée. «Les fonctionnaires afghans sont notoirement corrompus à tous les niveaux, y compris au sein de la police et de nombreuses administrations régionales.» De plus, les talibans ont le temps de leur côté, disent les sénateurs. «Une armée d'invasion ne peut pas rester indéfiniment en sol étranger, car la patience et les ressources financières ne sont pas inépuisables. Les talibans ont tout le temps devant eux. Les Canadiens sont-ils vraiment prêts à s'engager à des dizaines d'années d'intervention en Afghanistan?»

Des recommandations percutantes

Pour éviter un désastre, les sénateurs recommandent plusieurs pistes de solutions, dont une augmentation de l'effort militaire canadien. «Il faut donner un coup pour stabiliser la situation», a dit Michael Meighen. Le comité demande donc au gouvernement d'envoyer 250 instructeurs militaires supplémentaires pour appuyer la formation de l'armée afghane. Les sénateurs recommandent aussi l'envoi de 60 policiers supplémentaires pour la même raison. Le Canada a déjà 2500 militaires en Afghanistan.

Mais le comité estime qu'Ottawa ne peut tout faire seul, c'est pourquoi il recommande d'exiger une plus grande participation militaire des autres pays de l'OTAN dans le sud du pays. Et si cette demande ne reçoit aucun écho favorable, le Canada devra menacer ses alliés de se retirer du pays plus rapidement que prévu, affirment les sénateurs.

Autre recommandation sous forme d'ultimatum: si le gouvernement afghan ne met pas en place une stratégie de lutte contre la corruption d'ici 12 mois, le Canada devrait reconsidérer son engagement à long terme.

Les sénateurs jugent également que l'armée doit faire davantage de reconstruction à Kandahar, puisque les ONG ne peuvent y travailler en sécurité. Un budget de 20 millions, provenant de l'ACDI, devrait lui être accordé en attendant que la sécurité soit de retour. Ce budget est actuellement autour de quatre millions de dollars et provient des fonds de l'armée. Se sachant en porte-à-faux avec la philosophie des ONG internationales qui détestent voir des militaires dans les activités de reconstruction, le comité précise qu'«en temps normal, les militaires ne sont pas les mieux placés pour assurer la prestation de l'aide, mais, en Afghanistan, la situation n'est pas normale».

Ottawa doit aussi accentuer son aide agricole pour inciter les cultivateurs à délaisser la culture du pavot et de l'opium, qui sert à enrichir les coffres des seigneurs de guerre et des talibans. De plus, une zone tampon, sorte de nouvelle frontière, devrait être créée en territoire afghan pour sécuriser la frontière très poreuse avec le Pakistan, d'où proviennent les insurgés étrangers.


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